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Idées & Débats

OPINION. « Le bio-manufacturing, prochain tournant stratégique : la France peut-elle se permettre d’attendre »

Xavier Dalloz

Publié le 05 juin 2026 à 10:40

Xavier Dalloz

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Le bio-manufacturing, ou bioproduction, désigne l’ensemble des procédés industriels qui utilisent des organismes vivants (cellules, bactéries, levures) ou leurs composants (enzymes) pour produire des biens et des matériaux.

Par Xavier Dalloz, Président de XD Consulting (*)

Cette approche s’inscrit au cœur de la bioéconomie, qui représente déjà plus de 2.000 milliards d’euros au niveau mondial, et constitue une alternative durable aux méthodes de fabrication traditionnelles basées sur la chimie ou les ressources fossiles.

À l’échelle internationale, le bio-manufacturing est devenu un axe stratégique majeur : il constitue le deuxième thème prioritaire dans le plan de développement technologique de la Chine, juste après la mécanique quantique, ce qui illustre son importance géopolitique et industrielle croissante. À titre de comparaison, les États-Unis ont annoncé plus de 2 milliards de dollars d’investissements fédéraux dans la bioproduction depuis 2022.

Rappelons que le bio-manufacturing repose sur la capacité des systèmes biologiques à synthétiser des molécules complexes. Grâce aux avancées en biotechnologie et en ingénierie génétique, il est possible de programmer des micro-organismes pour produire des substances spécifiques.

Domaines d’application

Le bio-manufacturing couvre de nombreux secteurs :

  • Santé : plus de 50 % des nouveaux médicaments sont aujourd’hui issus des biotechnologies (vaccins, anticorps, thérapies géniques) 
  • Agroalimentaire : la fermentation représente un marché de plus de 300 milliards d’euros, avec une forte croissance des protéines alternatives 
  • Chimie verte : les bioplastiques pourraient représenter jusqu’à 10 % du marché des plastiques d’ici 2030 
  • Énergie : les biocarburants couvrent déjà environ 3 à 4 % du transport mondial 
  • Matériaux : croissance annuelle de plus de 10 % pour les biomatériaux innovants (textiles, cuir cultivé)

Pourquoi le bio manufacturing est aussi important pour la France 

Le développement du bio-manufacturing répond à plusieurs enjeux majeurs :

  • Réduction de l’empreinte carbone (jusqu’à -50 % à -90 % d’émissions selon les procédés) 
  • Moindre dépendance aux ressources fossiles, qui représentent encore plus de 80 % de l’énergie mondiale 
  • Production plus durable et parfois 2 à 5 fois plus efficace sur certaines molécules complexes 
  • Capacité à produire des molécules difficilement accessibles par voie chimique
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Exemples concrets d’enjeux :

  • Souveraineté sanitaire : pendant la pandémie de COVID-19, plus de 70 % de la production mondiale de vaccins était concentrée dans quelques régions 
  • Sécurité alimentaire : la population mondiale devrait atteindre près de 10 milliards d’habitants d’ici 2050 
  • Réindustrialisation : une bio-usine peut représenter un investissement de 100 millions à plus d’1 milliard d’euros 
  • Compétition technologique : le marché mondial du bio-manufacturing pourrait dépasser 1 000 milliards de dollars d’ici 2040 
  • Transition écologique : les plastiques représentent plus de 400 millions de tonnes produites par an, dont une part croissante pourrait être biosourcée 
  • Optimisation des ressources : jusqu’à 30 % des déchets agricoles pourraient être valorisés en intrants industriels

Avec les progrès rapides en biologie synthétique, en intelligence artificielle et en automatisation, le bio-manufacturing est appelé à jouer un rôle central dans l’industrie du futur. D’ici 2030, jusqu’à 60 % des produits manufacturés pourraient intégrer des procédés biologiques à un stade ou un autre, traduisant une transformation profonde des modes de production. Cette dynamique repose d’abord sur la biologie synthétique, qui permet de programmer des micro-organismes comme de véritables “usines vivantes”, capables de produire des molécules complexes à la demande. On passe ainsi d’une logique fondée sur l’extraction ou la chimie lourde à une logique de conception et d’ingénierie du vivant, plus flexible et potentiellement plus durable.

L’intelligence artificielle joue un rôle clé dans cette accélération. Elle permet d’optimiser la conception des souches, de prédire leurs performances et de réduire considérablement les phases d’expérimentation. Là où le développement d’un procédé industriel pouvait prendre plusieurs années, il est désormais possible de raccourcir ces cycles à quelques mois ou quelques années, avec des gains significatifs en coût et en efficacité. En parallèle, l’automatisation transforme les infrastructures de recherche et de production. Les biofonderies, combinant robotique, capteurs et analyse de données en temps réel, permettent de tester simultanément des milliers de configurations biologiques et d’industrialiser plus rapidement les innovations.

Ces avancées ouvrent la voie à une production profondément renouvelée. Le bio-manufacturing permet d’abord une personnalisation accrue, notamment dans le domaine de la santé, avec des traitements adaptés aux caractéristiques génétiques des patients, mais aussi dans les secteurs de la nutrition, des cosmétiques ou des matériaux. La production devient également plus locale, grâce au développement de bio-usines de taille intermédiaire, implantées au plus près des besoins et capables d’exploiter des ressources disponibles localement, comme la biomasse ou les déchets agricoles. Cette relocalisation contribue à réduire la dépendance aux chaînes d’approvisionnement mondialisées, souvent fragiles.

________

(*) Xavier Dalloz dirige depuis plus de trente ans le cabinet Xavier Dalloz Consulting (XDC), spécialisé dans le conseil stratégique sur l'intégration des technologies émergentes afin d'offrir aux entreprises un véritable avantage concurrentiel. Il est directeur international de la CMAI, la plus grande association professionnelle du numérique en Inde, qui regroupe plus de 48 500 membres.

Xavier Dalloz

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