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Quatre axes de politique économique pour sortir l'Europe du marasme

Photo de Ivan Best

Propos recueillis par Ivan Best

Publié le 06 décembre 2013 à 08:43 - Mis à jour le 06 décembre 2013 à 17:06

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L'Europe n'est pas sortie de la crise, loin s'en faut. Face à la déflation, il faut notamment agir sur les salaires et réduire les écarts de taux d'intérêt, estime Xavier Timbeau, directeur du Département analyse et prévision, à l'OFCE.

L'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) présente ce vendredi la deuxième édition du projet iAGS (independant Annual Growth Survey), consacré à la situation économique en Europe, et réalisé en collaboration avec l'institut danois ECLM (Economic Council of the Labour Movement) et l'institut allemand IMK, lié au mouvement syndical.

LA TRIBUNE - Voilà un an, vous aviez déjà souligné, avec les autres instituts de conjoncture européens auxquels vous êtes associés, les difficultés de la zone euro. Vous appeliez à la fin de l'austérité budgétaire. La situation a-t-elle évolué ?

XAVIER TIMBEAU - L'austérité a été un peu relâchée, mais un nouveau risque est apparu, c'est celui de la déflation. En Espagne, au Portugal, en Grèce, les salaires baissent franchement. Nous avons aussi examiné l'évolution des inégalités sous l'effet de la crise. Même si certaines données ne sont disponibles qu'avec retard, nous pouvons estimer que les inégalités se creusent fortement. D'un côté, en bas de l'échelle, les taux de pauvreté progressent sensiblement, sous l'effet du chômage et de la baisse des dépenses sociales. A l'opposé, avec la reprise des marchés, les très hauts revenus ont au contraire recommencé à augmenter…

Quelles devraient être les priorités de politique économique, selon vous, en Europe ?

Nous avons dégagé quatre axes d'action. Premièrement, il faudrait absolument limiter les écarts de taux d'intérêt entre les pays de la zone euro. Dans certains pays du sud, les taux sont trop élevés. Un phénomène destructeur, en ce qu'il est à l'origine d'un véritable cercle vicieux : les pays concernés renforcent l'austérité pour satisfaire les marchés, mais cela accroît les difficultés économique, et provoque donc la défiance des marchés, qui réclament alors des taux plus élevés, et de la restriction budgétaire.

Des pays comme l'Espagne se réjouissent de ne pas à avoir à faire appel aux mécanismes de soutien européen, mais ce n'est pas la bonne stratégie. Ils devraient plutôt faire jouer les solidarités européennes, pour s'extraire de la discipline des marchés. On peut imaginer un soutien européen, assorti d'engagements de discipline budgétaire à moyen terme, sous le contrôle, par exemple, du parlement européen.

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Dans ce cadre, il faudrait que la BCE annonce sa volonté de limiter les écarts de taux d'intérêt entre pays. Elle peut y parvenir en rachetant notamment de la dette publique. Mais cette seule annonce pourrait suffire à diminuer les différentiels de taux.


Vous évoquez la question des inégalités. Que peut-on faire pour tenter de les réduire ?

C'est notre deuxième axe de réflexion. Il est possible de les diminuer au moyen d'une fiscalité plus juste et en investissant en faveur de la jeunesse, notamment, afin d'éviter que ne se reproduisent des phénomènes de pauvreté.

Votre troisième priorité ?

C'est la lutte contre le risque de déflation. Elle pourrait passer par une coordination des salaires minimums en Europe. L'Allemagne a heureusement décidé d'en introduire un, il faut que le mouvement se généralise, même si l'instauration d'un tel minimum salarial peut avoir lieu de façon très décentralisée, comme en Autriche, où cela dépend de négociations collectives.

L'idéal serait que les pays qui dégagent une balance extérieure courante excédentaire, comme l'Allemagne, s'engagent à augmenter plus vite leur salaire minimum que ceux qui sont en déficit.


Et s'agissant de la politique budgétaire ?

C'est notre quatrième piste. Nous défendons l'idée d'une hausse de l'investissement public. Non pas dans une optique de relance purement keynésienne. Il s'agit surtout de compenser la chute de cet investissement depuis le début de la crise, qui pourrait avoir de graves conséquences, à terme, sur les infrastructures, et pourrait coûter en fait très cher, in fine : il est beaucoup plus coûteux de reconstruire des équipements qui sont hors d'usage faute d'entretien que d'assurer leur maintien chaque année au moyen d'une dépense raisonnable. L'investissement public a baissé de 2 points en proportion du PIB européen. Revenir au niveau antérieur ne serait pas neutre du point de vue conjoncturel, puisque cela signifierait une dépense de 200 milliards d'euros supplémentaires.

Avez vous le sentiment que vous pouvez être entendus au niveau européen, par la commission ?

Nous avons été auditionnés par Olli Rehn, le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires : on ne peut pas dire qu'il partage notre diagnostic. Son analyse, c'est que les choses vont mieux, il ne faut donc pas gâcher tous les efforts faits par un changement de politique.

Propos recueillis par Ivan Best

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