Cette morale qui nuit au redressement économique

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(Crédits : DR)
Keynes aurait-il privilégié le court terme, oubliant les effets à long terme de la politique qu'il préconisait, parce qu'il n'avait pas d'enfant? C'est la thèse aujourd'hui de certains libéraux. Une thèse qui prouve leur désarroi face à la crise

 

« Sur le long terme, nous serons tous morts » - en anglais » In the long run, we are all dead » - est une expression qui semble cautionner tous les comportements excessifs. Elle colle aussi sévèrement à la peau de Keynes qui en est l'auteur. Pour autant, celui-ci était également soucieux de l'avenir puisqu'il avait - dans son célèbre  "Economic Possibilities of Our Grandchildren" - analysé les « possibilités économiques de nos petits-enfants ». Car s'il est un grand enseignement à tirer de l'oeuvre monumentale de Keynes, c'est bien qu'une politique économique réussie se doit d'être contra-cyclique.

Voilà pourquoi il répétait inlassablement que si, dans le cadre d'une récession, les déficits doivent être creusés, ils doivent en revanche être résorbés en période de forte croissance économique. La seconde partie de ces enseignements ayant hélas trop souvent été négligée par nos dirigeants politiques d'abord soucieux de ré élection, et par trop braqués sur les sondages d'opinion...

 Une authentique répulsion chez les libéraux

Toujours est-il que Keynes provoque aujourd'hui une authentique répulsion - quasiment physique ou épidermique - chez ceux que Paul Krugman nomme les "gens très sérieux", les "very serious people", ou "VSP". Ceux-ci sont en effet horrifiés par la solution à la crise prônée par les keynésiens et qui consiste à dépenser plus afin de juguler la spirale déflationniste. Les VSP sont outrés par la simplicité d'une telle solution qui passe nécessairement soit par la création monétaire, soit par une aggravation des déficits: deux voies qu'ils condamnent sans appel, qu'ils assimilent à l'Antéchrist et qui défient leurs préceptes moraux les plus basiques.

Cette mouvance ultra-libérale n'hésite cependant pas à franchir un degré supplémentaire dans sa tentative désespérée de défendre l'épargnant contre le travailleur, car elle se sait aux abois et elle se rend compte que ses jours sont comptés.

 Keynes, une philosophie tronquée?

A l'instar de l'auteur à succès, professeur à Harvard, médiatique et très conservateur Niall Ferguson qui, interrogé à l'occasion d'une conférence, devait déclarer que la « philosophie de Keynes était tronquée (« flawed ») car il se fichait des générations futures : étant gay et sans enfant » !! « Marié avec une ballerine dont il n'avait pas eu d'enfant car il passait plus de temps à parler de poésie avec elle que de procréer », il était « logique » - selon Ferguson - que l'homosexualité de Keynes fasse de lui un membre mou (« effete ») et égoïste (« selfish ») de la société. Autrement dit, - et dans le monde selon Ferguson - il serait impossible  de s'intéresser à la société ou aux générations futures dès lors que l'on est homosexuel ou sans enfant.  

 Un dernier baroud déshonorant

Aller délibérément sur un tel terrain - pour un membre de l'élite académique et universitaire - afin de contredire les travaux de Keynes !  Tenter de décrédibiliser ses théories en prétextant de son homosexualité ! Effectuer sans sourciller le grand écart en affirmant qu'il était naturel que Keynes exhorte aux stimuli vu qu'il n'avait pas d'enfant ! Navrante réalité, sale temps pour les conservateurs qui, confrontés de nos jours à l'échec cuisant de leur politique d'économies budgétaires dans tous les pays l'ayant mise en place, tentent un dernier baroud qui les déshonore.

Le démenti des faits 

En réalité, les arguments de Ferguson et consorts : qui exigent des réductions substantielles des dépenses publiques, qui se déchaînent violemment contre les mesures sociales, qui réclament la rigueur et l'équilibre budgétaires, patinent sérieusement aujourd'hui. Ces traditionnalistes et autres ultra-orthodoxes ne pourront plus désormais - avec le même succès qu'hier - culpabiliser nos sociétés et « crier au loup » car les faits et les statistiques économiques leur opposent un démenti cinglant.  

 

 

 

Michel Santi est un macro économiste et un spécialiste des marchés financiers. Il est l'auteur de :  "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience" et "L'Europe, chronique d'un fiasco politique et économique"

 

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Commentaires
a écrit le 12/05/2014 à 12:01 :
Leur raisonnement se déroule toujours en trois phases, nous dit Sowell.
1. Ils commencent par identifier un problème qui peut être réel ou ne pas l’être, peu importe. Ce problème a toujours comme origine commune un « dysfonctionnement » du marché. Comme tout individu normal le sait, la caractéristique du marché est qu’il ne fonctionne pas.
2. Ils proposent donc une solution, qui bien entendu requiert une forte intervention de l’Etat, ce qui accroîtra leur, pouvoir à eux, puisqu’ils sont les grands Prêtres seuls autorisés à présenter les offrandes sacrificielles à l’idole « Etat ».
3. Quand  il devient évident que leurs actions ont transformé une situation normale en un vrai désastre, ils expliquent gravement que la catastrophe vient du fait que l’on a appliqué leurs idées beaucoup trop timidement, que la situation eût été bien pire si l’on n’avait rien fait et que d’ailleurs , ils ont un nouveau plan…  ce qui nous ramène à  la phase 1…Et ainsi de suite. (Voir l’Euro par exemple).
a écrit le 10/05/2014 à 14:49 :
On assiste en lisant M. Santi, à la lente agonie de la pensée dite "sociale démocrate" dont on prend conscience lentement qu'elle marie la carpe avec le lapin c'est à dire la morale communiste avec l'apologie consumériste du capitalisme honni. Cet étrange rite païen, qui prétend donc marier les contraires,sanctifie les bonnes dettes qui nourissent le peuple et diabolise les mauvaises dettes que l'on devrait rembourser. M Keynes autrefois conspué pour des raisons fallacieuses a été récemment canonisé pour des raisons identiques et toutes aussi éloignées de la réalité, mais on appellerait Lucifer en personne à la rescousse si c'était nécessaire. Les doctrinaires rendent leurs adversaires responsable de leur chute, sans s'apercevoir qu'ils se démolissent tout seuls.
a écrit le 27/04/2014 à 7:46 :
D'une façon générale, on en a marre d'avoir des politiciens et maitres a penser d'une hypocrisie incroyable. Par exemple, des présidents non-maries, ou entretenant une maitresse avec une enfant, etc, etc. Il leurs manquent beaucoup de moralité comme ce soit disant économiste... Qui se fout de l'avenir... A t'il songe seulement a adopter? Non il aura préfère la jouissance masculine... Comme peut être ce ministre de la culture Fred avec son tourisme sexuel en Thaïlande... Pauvre temps...
a écrit le 25/04/2014 à 10:07 :
Comme si l'orthodoxie monétaire, c'était défendre les riches contre les pauvres...
Les pauvres mon cher Santi, sont les premières victimes de l'inflation.
Et les gagnants sont : les riches, les banques, les états.
Et la semaine prochaine, on aura droit à un article moralisateur sur les riches qui s'enrichissent et les pauvres qui s'appauvrissent...
Réponse de le 04/05/2014 à 22:12 :
@Miloo: vous allez un peu vite en besogne. L'inflation réduit à néant toute dette souscrite même par les pauvres car le salaire suit l'inflation quand celle-ci est importante.
Concernant les riches et ceux qui ont en dépôt leurs économie, il leur faut juste espérer que la rémunération compensera le grignotage de leur capital.
Les états sont les grands gagnants, la dette, comme pour les particuliers s’amenuise d'autant que l'inflation est forte.
a écrit le 18/04/2014 à 16:48 :
Mr Santi est-il capable de nous présenter "les faits et les statistiques qui émettent un démenti cinglant" aux libéraux ? Car pour trouver des faits et des statistiques qui démentent les collectivistes (les keynésiens sont aussi des collectivistes) dans son genre, il n'y a qu'à se baisser ...
Réponse de le 30/04/2014 à 10:19 :
Et les faits et les statistiques qui démentent les collectivistes???? pourriez vous s'il vous plait nous les exposer et ne pas faire comme Mr Santi?????
a écrit le 15/04/2014 à 16:11 :
Au pays des libéraux (états unis) ne sommes nous pas en plein quantative easing ? Ne serait ce pas de la création monétaire !! Mais je dois certainement rien comprendre à l'économie
a écrit le 07/04/2014 à 16:52 :
les maquereaux économistes doivent être mis en boite.
a écrit le 07/04/2014 à 16:51 :
les idées de la gauche ont prouvé que nulle part dans le monde elle ne crée la moindre richesse et si les chinois mangent aujourd'hui à leur faim c'est bien parce que leur économie est libérale. Keynes c'est le faux nez du communisme, le refuge de ceux qui veulent manger le gâteau plutôt que le fabriquer.
Réponse de le 12/04/2014 à 2:01 :
L'économie malienne ou sénégalaise ou haitienne est libérale et pourtant ils sont super pauvres ! Donc ça n'a rien à voir ! Ceux qui créent la richesse ce sont les travailleurs, et pas les banquiers qui ne créent rien, sauf du papier qui ne vaut rien.
Réponse de le 18/04/2014 à 16:51 :
@ richesse : depuis quand le mali, le sénégal ou haiti sont des économies libérales ? les droits fondamentaux des individus y sont-ils respectés un minimum ? manifestement pas, voilà pourquoi ils sont super pauvres... j'aimerai connaitre votre définition d'ne économie libérale, ce serait curieux....
Réponse de le 05/05/2014 à 16:58 :
Depuis quand le libéralisme est-il de droite ? Le libéralisme est neutre par rapport au système de redistribution entre personnes physiques : il demande juste qu'il soit simple et qu'il ne puisse être modifié par l'administration. On peut avoir un système de redistribution compatible avec le libéralisme et résolument de gauche...
a écrit le 07/04/2014 à 16:01 :
Vous connaissez l histoire du pont qui c est effondré parce q un ouvrier avait mal fait son travail , on avait retrouvé de la paille dans le béton. . Dans cette histoire il y avait une morale . Mais était elle morale !!!
a écrit le 07/04/2014 à 15:25 :
Le désarroi des libéraux a plus avoir avec l'aveuglement pathétique des keynesiens que la remise en cause de leurs idées. Les comprenez-vous seulement?
a écrit le 07/04/2014 à 13:56 :
Morale et économie capitaliste sont incompatible car le seul objectif c'est faire du fric et peu importe la façon. Les financiers sont sans pitié pour les personnes et les états qu'ils asservissent. La finance mondialisée est un ogre qui ignore même le concept de morale.
Réponse de le 12/04/2014 à 15:39 :
vous travaillez gratuitement? non, je pense!!! pourquoi ca? car vous ne pensez qu'a votre sale fric !!!!!!!!
a écrit le 07/04/2014 à 13:41 :
En manque d'inspiration, Mr. Santi? Cette declaration de Ferguson date d'avant mai 2013... Pourquoi la ressortir maintenant et en faire un sujet d'actualité? Pourquoi ne pas discuter sur le fond au lieu d'utiliser le même procédé que celui que vous critiquez?
a écrit le 07/04/2014 à 13:13 :
Et de 1 : il n'y a pas d'économistes en France.
Et de 2 : On accomode Keynes à n'importe quelle sauce , en oubliant Myrdal. Ce qui me donne la parfaite certitude que les français ne PEUVENT , congénitalement , raisonner en termes d'économie saine.
a écrit le 07/04/2014 à 11:50 :
Incorrigible, alors que la theorie keynesienne nous amene inexorablement dans la recession et que la relance ne fonctionne pas car on en a abusé depuis 30 ans Monsieur en redemande. Non monsieur Santi, aucune économie n'a été faite, et il va falloir s'y mettre avec 30 ans de retard! Mais les keynesien sont une église et que peut on contre une eglise?
Réponse de le 07/04/2014 à 12:11 :
@incorrigible : Le multiplicateur keynesien des déficits publics, çà ne marche que quand le budget est équilibré au départ. C'est pour çà que çà ne marche pas en France, puisque le budget est toujours déjà en déficit. Et qu'on n'arrive même pas à l'équilibrer dans les hauts de cycle économique, tellement on gère mal. Combien de fois faudra-t-il le répéter, n... de D.... ! : Keynes n'y est pour rien.
Réponse de le 25/04/2014 à 10:10 :
@aralbol
Il est vrai que les idées de Keynes sont plus nuancées.
Mais qui nous remet Keynes à toutes les sauces, sinon Santi...
Réponse de le 03/05/2014 à 12:26 :
Tôt ou tard une relance au niveau de l'Europe devra se faire, plus on attend plus elle coûtera chère malheureusement les VSP sont partout, à Bruxelles, à Berlin, à Paris, à Madrid etc.... Les libéraux pensent qu'il n'y a qu'une façon de mener l'économie, la leur !!!! Quand on a des ayatollahs pour nous diriger il ne faut pas s'étonner qu'on aille tête baissée vers le mur !!
Réponse de le 05/05/2014 à 17:03 :
D'une part en effet le déséquilibre est provoqué et d'autre part il l'est avec de l'investissement et non avec des processus administratifs récurrents improductifs
a écrit le 07/04/2014 à 10:45 :
Moi ce que j'aime bien c'est qu'on nous parle toujours des "réformes" ans les médias mais on ne dit jamais leur contenu. le contenu est la baisse des salaires pur être compétitifs mais ils ne veulent pas le dire alors ils disent il faut faire les réformes.
a écrit le 07/04/2014 à 10:01 :
quand on en arrive à recourir à des arguments tels que ceux évoqués, c'est qu'on n'en a pas d'autres et selon toute vraisemblance, que la cause est indéfendable.

Ce que ne devraient jamais oublier les législateurs comme les simples citoyens, c'est que la cupidité et le goût du pouvoir sont plus anciens que les plus anciens piliers de Rome et qu'il est indispensable de les canaliser et de ne pas les laisser prendre le dessus sur les autres valeurs, moins automatiques, mais qui caractérisent mieux la civilisation.
a écrit le 07/04/2014 à 9:43 :
Quand on parle de morale et d'économie la première chose à faire serait de ré équilibrer les salaires. Les gens d'en bas on a peine de quoi finir le mois, alors que les PDG croulent sous les millions. Et ne payent pratiquement pas d'impôt grâce aux paradis fiscaux . .
Réponse de le 07/04/2014 à 9:56 :
@Béatrice
Morale et économie...on ne peut pas avoir les 2 à la fois. C'est comme probité et banquier. Vérité et politique...Pour faire valoir vos intérêts légitimes, il n'y a qu'une solution, le combat. Le vrai, le dur. Mais pour vous a ça être difficile, vous n'avez pas l'essentiel, l'Argent.
Réponse de le 18/04/2014 à 16:54 :
@ JB38 : le comba ne mène qu'au vol de l'autre et à la misère. La croissance économique n'est possible qu'en respectant un minimum les droits fondamentaux des individus, ce qui est le fondement même d'un acte moral. Un paus capitaliste libéral a donc la morale et l'économie, voilà pourquoi il se développe. Remarquez, si pour vous on doit choisir entre morale et économie, et bien l'immense majorité de l'humanité préfèreraient l'économie, car la morale ne vaut rien dans la misère la plus noire ...
Réponse de le 25/04/2014 à 10:14 :
@Beatrice: Pouvez vous nous expliquer comment les PDG font pour ne pas payer d'impôts gràce aux paradis fiscaux?
Je suis curieux de vous lire sur ce sujet que vous maitrisez certainement.
Réponse de le 05/05/2014 à 17:09 :
@Béatrice : il n'est pas nécessaire ni même souhaitable de rééquilibrer les salaires qui suivent les lois du marché. Par contre il n'est pas interdit de construire des digues du genre : pourcentage des revenus primaires intégralement redistribué à tous à parts égales ou encore, obligation pour chaque entreprise de faire voter par les salariés une échelle des salaires en poids. Ces digues sont compatibles avec l'économie libérale.
a écrit le 07/04/2014 à 8:25 :
Keynes est éternel, parce qu'il est la mauvaise conscience des mauvais économistes. Une espèce loin d'être en voie d'extinction. Surtout en France.
Réponse de le 07/04/2014 à 9:47 :
@Asimon,
A voir le Monde aujourd'hui, ce qu'il a été, ce qu'il a produit de malheur, de misère au nom de l'"économie", des intérêts privés, il n'y a que de mauvais économistes.
L'économie tout comme la science est de plus en plus sans conscience, ruine de l'âme et ruine tout court.
Réponse de le 07/04/2014 à 12:05 :
@JB38 : voilà ce que c'est de trop lire Alternatives Economiques : on tombe dans la sinistrose, on fait de la morale, ou de la philo, à deux balles, et on se vautre dans Zola. Ce n'est pas avec ce genre de culture, qui est dominante, j'en ai peur, que la France sera bien gérée. Désolé.
Réponse de le 07/04/2014 à 22:58 :
Normal; "Alternatives économiques" est piloté par un agrégé de lettres : encore un qui a du mal avec les chiffres...

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