Comment la France sauve la zone euro

Olivier Passet, Xerfi

Olivier Passet, Xerfi
La France a ses problèmes internes, on le sait. Mais pour la France, l'enfer c'est aussi les autres car notre économie n'a de cesse d'être écartelée entre les déséquilibres du Sud et du Nord. D'un côté, la terrible dépression productive et salariale du Sud. De l'autre la machine à exporter Rhénane qui recycle les faibles coûts des PECO, et diffuse la déflation au sein du marché intérieur.
D'un côté donc, l'effondrement de la demande du Sud, détruit le volume de nos débouchés. Il suffit de voir notre balance commerciale avec l'Espagne, l'Italie, la Grèce et le Portugal depuis le début de la crise : 15 milliards de dégradation. C'est à peu de chose près la dégradation de notre déficit total depuis 2008. De l'autre côté, au Nord, une stratégie implacable, qui continue de saper nos parts de marché.
On peut se demander à contrario ce que serait devenu l'Europe sans ce « dindon de la farce » en dernier recours qu'est la France depuis quelques années. Imaginons que la France ait cédé aux injonctions de consolidation budgétaire et de dévaluation salariale brutales, se ralliant à la stratégie du Sud. L'Europe déjà déflationniste aurait perdu un amortisseur salvateur entre les stratégies extrêmes du Sud et du Nord. Les pays du Sud qui se stabilisent tout juste aujourd'hui n'auraient toujours pas touché le fond. Leur équation budgétaire aurait été rendue encore plus difficile.
Et il est très probable que les risques de crise sociale et politique menaceraient très fortement l'intégrité de l'euro. Imaginons à l'opposé qu'elle ait rejoint le Nord et lancé très tôt une offensive de dévaluation fiscale musclée. Les excédents commerciaux européens seraient certes encore plus élevés. Mais là encore, sa stratégie aurait était aggravante pour la périphérie et le coût de la crise de la dette souveraine aurait été fortement accru pour tous.
La France, nous l'avons dit mainte fois, avait des problèmes de compétitivité indéniables bien avant crise. Mais sa hâte à ne pas se presser est aussi le fruit d'une impossibilité. Et par ce jeu, en devenant une sorte de trait d'union entre deux Europe, elle a aussi contribué à sa manière à sauver la zone du risque de dislocation.
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Par sa solidarité passive, qui tient à l'ambivalence de son économie, ni du Nord, ni du Sud, ou les deux tout à la fois, elle retarde des remises en cause plus profondes des institutions européennes. Elle s'est surtout octroyé un rôle qui n'aurait pas dû être le sien. La Commission sermonne aujourd'hui la France pour ne pas respecter ses engagements budgétaires.
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Et c'est vrai que la cible des 3% pour 2015 paraît de plus en plus hors de portée. Mais elle devrait surtout, en tant que gardienne des déséquilibres excessifs s'inquiéter bien plus de la dynamique des salaires allemands. Alors que l'Allemagne semblait prendre le relais de la France dans sa mission impossible de stabilisatrice de l'économie européenne depuis 2011, la voici repartie dans ses démons. La modération salariale reprend le dessus.
Et si cette orientation devait se confirmer, ce n'est pas le déficit français qui irait dans le décor mais la zone euro toute entière.
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