Trop tard pour lutter contre les inégalités !

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La déflation est le fruit d'une politique menée contre le monde du travail, qui a engendré une explosion des inégalités. Elle risque de toucher bientôt les Etats-Unis. Par Michel Santi, économiste*

Ne soyez pas dupe de la déflation. C'est la baisse généralisée des salaires orchestrée depuis des décennies qui conduit fatalement au tassement des prix à la consommation. En définitive, les prix à la consommation ne font effectivement que s'ajuster à la dégradation de notre niveau de vie. La déflation n'est donc que la conséquence naturelle et mécanique du matraquage de nos rémunérations et de l'amputation de notre pouvoir d'achat. Car les prix à la consommation ne s'affaissent-ils que pour une raison évidente: nous n'avons plus les moyens de vivre décemment. Dit autrement: la déflation est l'aboutissement logique de l'intense pression subie par nos salaires et revenus depuis l'ère Reagan-Thatcher.

Privilégier le capital

Voilà quarante ans en effet que nos dirigeants ont choisi clairement leur camp, qui consistait à privilégier ostensiblement et massivement le capital au détriment du travail. Si ce n'est que la créature est sur le point d'échapper à ses géniteurs, voire de se retourner contre eux pour les détruire. Le grand capital se résigne en effet à réduire ses marges bénéficiaires en baissant ses prix, faute de quoi il serait dans l'impossibilité d'écouler ses produits à une armée de réserve des citoyens qui n'en a plus les moyens.

Les Etats-Unis contaminés par la déflation

Voilà également l'ultime refuge - les Etats-Unis - sur le point d'être contaminé par la déflation à la faveur de la courroie de transmission du marché des changes qui propulse sa monnaie vers des sommets. Aujourd'hui, la question n'est donc plus tant de savoir si mais plutôt quand ils en seront atteints car l'envolée du dollar - hautement nuisible à leurs exportations et donc facteur de ralentissement économique - se conjugue à un autre force dévastatrice, à savoir la chute des prix pétroliers, qui sonne le dernier acte de cette déflation globalisée. Cette industrie du pétrole de schiste - qui s'était développée et qui avait prospéré grâce à l'argent facile mis à disposition par la Fed - se révèle aujourd'hui être une arme de destruction massive pour l'économie US du fait de la spirale déflationniste généralisée qu'elle y induit, par effondrement des prix énergétiques interposé.

La hausse des inégalités provoque la baisse des prix

La boucle est aujourd'hui bien bouclée depuis l'époque des infâmes Reagan-Thatcher, et la créature se retourne bel et bien contre ses géniteurs. On ne peut - impunément - réduire le niveau de vie des citoyens et procéder à des transferts de richesses d'une telle ampleur depuis les classes moyennes en direction des plus riches et des entreprises à taille de mastodonte, sans provoquer des réajustements majeurs des prix à la baisse et sans susciter, à terme, le mal absolu de la déflation. Il fut certes possible de faire un temps illusion en anesthésiant la population avec du crédit facile, mais celle-ci est aujourd'hui de moins en moins dupe.

La déflation, en outre, ne viendra pas seule: elle sera accompagnée par la dislocation de nos économies, par des faillites en masse et par la banqueroute des créanciers, faisant du même coup passer à la trappe les apprentis-sorciers et autres parasites du système. La fin de l'Histoire approche en effet, et cette histoire ne sera elle même pas dénuée d'une certaine morale.

 Michel Santi est directeur financier et directeur des marchés financiers chez Cristal Capital S.A. à Genève. Il a conseillé plusieurs banques centrales, après avoir été trader sur les marchés financiers. Il est l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience" et "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique".

Vient de publier "Misère et opulence", préface rédigée par Romaric Godin.

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Commentaires
a écrit le 22/02/2015 à 17:27 :
Et merci pour Merkel qui fait de l'écologie et de la décroissance sans le savoir , cette g--rde.
Santi l'explique très bien. L'accumulation de capital par certains (les 1% possédaient 45% du PIB mondial en 2005 maintenant c'est plus de 50% , vive la crise !) ne pourra continuer continuellement. Ces mêmes 1% ne payent pas d'impôts ou presque sur plus de 50% du PIB et il faudrait que les 99% payent les impôts, les dettes des sublimes, et maintenant baissent leur salaires !!!

Mais c'est stupide car si les 99% baissent leurs salaires , ils baisseront leurs consommation et l'accumulation de capitale finira par se réduire , voir par devenir la cible de certains "affamés".

Bel avenir pour vos enfants (moi j'en ai pas) !!

Et encore , vive la decroissance !! Quand la bête droite arrive a faire de l'écologie sans le savoir j'adore !!
a écrit le 17/02/2015 à 8:11 :
Et oui ! le simple bon sens permet de comprendre cela. On attend donc l'implosion de la pyramide nécessaire à sa reconstruction. Les pauvres survivront mieux que les riches car ils ont appris la survie.
a écrit le 16/02/2015 à 16:13 :
Le respectable et trop peu lu Karl Marx avait prédit l'auto-prédation capitaliste par la sur-concentration des richesses. Lorsqu'on ne met pas de joug aux désirs individualistes des plus puissants, on obtient au mieux une guerre courte, au pire une destruction de civilisation et de valeur.
a écrit le 16/02/2015 à 15:36 :
Vous feriez bien de mediter ce que disait le grand Aristote " La pire des inegalites est de vouloir que des choses inegales soient egales. "
Réponse de le 16/02/2015 à 22:38 :
Comme disait le grand Socrate "les pires des gens sont les gens qui répètent les citations qui les arrangent". et il disait aussi "les riches sont les plus gros radins et ils chercheront toujours à en avoir plus." ...il était fort le grand Socrate !
a écrit le 16/02/2015 à 15:25 :
Oui, monsieur Santi, il est toujours possible d'aller plus loin, en économie, on n'atteint jamais le fond (ni le sommet d'ailleurs). Les exemples des pays qui sont restés totalitaires (Corée du Nord, Cuba) ou qui le deviennent (Venezuela, Russie) montrent que quelle que soit la richesse d’origine, il est toujours possible de descendre plus bas et de laisser le peu de richesse du pays entre les mains de moins en moins de personnes. On se dit toujours que pour les pays européens ou les USA ce n'est pas un scénario envisageable, mais l'histoire nous a prouvé le contraire. La concentration de l'argent entre de moins en moins de personnes conduit irrémédiablement vers le totalitarisme et finit dans un bain de sang. La concentration irrésistible des richesses provoque la réaction de la majorité vers une réponse forte, de droite ou de gauche, en espérant l'arrivée d'un sauveur. Si un fort sursaut démocratique n'annule pas cette concentration, la réaction de la population sera violente. La réponse n'est pas forcément de gauche, même des capitalistes peuvent être intelligents et comprendre le danger. On peut toujours rêver.
Réponse de le 16/02/2015 à 17:55 :
Il parait qu'à Cuba il n'y a pas de personne qui meurt de faim, ni d'enfants qui dorment dans la rue (plusieurs milliers en France) que la santé est gratuite ainsi que l'école malgré un embargo de plus de 40 ans.
Mais je pense que c'est de la propagande.
Savez vous qu'au Venezuela le président à été élu démocratiquement, tiens au fait voilà ce que disait ce gauchiste de Jimmy Carter « Sur les 92 élections dont nous avons surveillé le déroulement, je dirais que le processus électoral du Venezuela est le meilleur du monde ». Avez vous entendu dans les médias en France qu'un coup d'état militaire avec l'aide des USA (dénoncé d'ailleurs par d'autres militaires), a été fomenté au Venezuela le 12 février, non c'est vrai, en France on ne parle pas de ces sujets!!!
a écrit le 16/02/2015 à 12:38 :
Jeûne et abstinence sept jours par semaine, forcément ça ne dure pas longtemps...
a écrit le 16/02/2015 à 12:24 :
La déflation n'est que la resultante de la recherche d'une compétitivité par l'alignement des salaires sur le moins disant!
a écrit le 16/02/2015 à 12:10 :
bel article,en total accord avec la politique de résistance socialiste face a la finance mondialisée
Réponse de le 16/02/2015 à 12:36 :
je pense que c'est une grande naïveté de croire que le socialisme résiste a la finance qui a déjà tout emporté sur son passage , et depuis longtemps
a écrit le 16/02/2015 à 12:05 :
Dès les premiers articles de Monsieur Santi, je n'étais pas du tout d'accord avec ses analyses, et je mes commentaires étaient en opposition. Monsieur Santi comme beaucoup de commentateur financier a depuis mis de l'eau dans son vin en se rendant compte que la réalité économique n'avait rien à voir avec la pseudo-science enseignée. Depuis ses analyses sont beaucoup plus pertinentes et fondées. Merci Monsieur Santi, continuez.
a écrit le 16/02/2015 à 12:01 :
"Les infâmes Reagan-Thatcher".
J'adore ! Merci !
a écrit le 16/02/2015 à 12:01 :
Une évidence que seuls les nantis font semblant de ne pas comprendre , et il n est pas nécessaire d avoir le bac, même au rabais pour s en apercevoir . Mais soyons optimistes le sadisme égoïste devra reculer ..
a écrit le 16/02/2015 à 11:49 :
Et oui, une belle "économie" inflationiste, il n'y a que ça de vrai pour les collectivistes...
Réponse de le 16/02/2015 à 13:29 :
@Hermodore et une belle économie déflationniste pour les rentiers de tous poils!
a écrit le 16/02/2015 à 11:33 :
Article court mais lumineux.
Bonne journée

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