POLITISCOPE. Après bientôt vingt années de règne sans partage de Gérard Collomb, ils sont nombreux parmi les transfuges du PS à La République en marche (LREM) à vouloir prendre leur revanche face au « duc du Rhône ». Par Marc Endeweld, journaliste (*).À quelques mois des municipales, c'est peu dire que les esprits s'échauffent à Lyon. Il y a une dizaine de jours, juste avant la tenue d'un conseil municipal qui s'annonçait déjà tendu, deux élus se sont fortement embrouillés dans la cour de l'hôtel de ville : « Traître ! », « Tu crois que tu me fais peur ? Minable ! », a lancé Roland Bernard, fidèle parmi les fidèles de Gérard Collomb, à l'encontre de Thomas Rudigoz.
Son tort ? Avoir affiché son soutien au président de la métropole, David Kimelfeld, et à Georges Képénékian, l'ancien maire de Lyon, qui sont bien décidés à tourner la page Collomb. Élu député en juin 2017, Thomas Rudigoz fait partie des douze conseillers qui ont rallié Kimelfeld en créant un groupe de soutien. Roland Bernard, qui les a surnommés « les douze salopards », n'a pas hésité à s'attaquer à l'homme derrière l'élu : « Tu n'as jamais rien fait de ta vie. », « Tu ne sais même pas ce que c'est que de produire de la richesse. »
Avant d'être député, le quadragénaire Thomas Rudigoz fut d'abord un collaborateur d'élus... Pas vraiment le pedigree de Roland Bernard : depuis quarante ans, cet homme de gauche, ami de Gérard Collomb, est un entrepreneur reconnu dans la capitale des Gaules. À force de ténacité, il y a construit un petit empire hôtelier - il est ainsi propriétaire de trois hôtels, notamment le Charlemagne. Bref, Roland Bernard est l'une des discrètes success stories à la lyonnaise.
Tensions au cœur du pouvoir
Cette altercation entre élus illustre les tensions qui existent actuellement au cœur du pouvoir à Lyon. Après bientôt vingt années de règne sans partage de Gérard Collomb, ils sont nombreux parmi les transfuges du PS à La République en marche (LREM) à vouloir prendre leur revanche face au « duc du Rhône ». Parmi ceux-là, on trouve le député LREM Yves Blein, ex-premier fédéral du PS, et président de l'association d'éducation populaire Léo Lagrange, un des piliers historiques des réseaux de Pierre Mauroy au PS. Les règlements de compte actuels sont donc une affaire de famille. D'où leur violence...