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« Acheter français » ou « produire français »? Et si le libre-échange était la solution

Thierry Martin

Publié le 21 novembre 2024 à 08:06

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OPINION. Et si c'était contre les taxes, les normes et les réglementations qu'il faudrait manifester, et non pour le protectionnisme contre le libre-échange ? Par Thierry Martin, écrivain, essayiste, sociologue, ancien doctorant de l'EHESS de Paris, diplômé de l'Institut Français de Gestion

Les bons conseilleurs ne sont pas les payeurs, le problème ce sont les taxes, les normes et les réglementations pas le traité de libre-échange du Mercosur, ni même le principe de libre-échange en général, pourtant voué aux gémonies à longueur d'antenne, des émissions « C dans l'air » ou ‎« C ce soir » de France 5 jusqu'aux éditorialistes de C-News. Mais ces bons conseilleurs protectionnistes opposés au libre-échange nous disent-ils qu'ils soutiennent de fait l'inflation, que les fameux circuits courts ne sont qu'une reformulation d'une tendance autarcique qui entraine la rareté et à terme la disette  ?

Paradoxalement, c'est une idéologie minoritaire - l'écologie - idéologie qui s'est d'abord développé en Allemagne - « nucléaire non-merci » - et qui avec le marché arrangé, donc faux, de l'électricité au sein de l'UE, a renchéri le coût de l'énergie en France en sabordant notre production électrique, sacrifiant la centrale nucléaire de Fessenheim sur l'autel d'un accord électoral entre le socialiste Hollande et la minorité verte.

Cela étant, il ne faut pas confondre la mondialisation, la nécessaire liberté du commerce entre nations libres, bref le commerce international qui remonte à la route de la soie, avec le globalisme, pouvoir coercitif planétaire dont rêvent les Soros ou les Klaus Schwab. L'UE étant le laboratoire de cette idéologie. D'ailleurs l'Angleterre brexiteuse ne s'y est pas trompé. Si elle a repris sa liberté, ce n'est pas pour se refermer sur elle-même, mais pour commercer avec le monde entier.

De leur côté, les dirigeants de la France et les agences surinterprètent les normes issues de Bruxelles imposant un handicap à la production française au sein même du périmètre de l'UE. « Je crois en l'oikos logos » est leur credo. Mais le vulgum pecus sait-il que le bio est avant tout le respect d'une charte essentiellement orienté vers la soi-disant régulation du climat plutôt qu'en direction d'un aspect sanitaire ou gustatif. Le comble étant que si l'agriculture bio convainquait tout le monde, la production serait insuffisante. Seule l'agriculture conventionnelle permet de nourrir la planète. Heureusement beaucoup pensent que « le bio c'est cher pour ce que c'est. » Cherté permet aux commerçants qui appliquent un coefficient, d'améliorer leur marge brute, d'où sa popularité commerciale.

Sans parler de l'hygiène douteuse de l'achat en vrac, de la fin des emballages et de l'usage unique qui ne seront pas sans conséquences sanitaires, tout comme les produits sans conservateur qu'on conserve chez soi en toute innocence.

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N'ayons crainte, les produits du Mercosur comme avant ceux du Ceta n'inonderont pas notre marché et sont tous propres à la consommation. Sur les étals du primeur ou des marchés de plein air, les produits les moins chers viennent de nos voisins européens. Quant à la viande, l'Argentine et l'Uruguay produisent l'une des meilleures viandes de bœuf élevées par les gauchos de la pampa. Quant au poulet et au porc brésilien de moindre qualité, ils sont surtout vendus aux pays du golfe arabo-persique ou en Chine. Cela étant au nom de quoi, il faudrait acheter français ? Le vieux parti communiste de Georges Marchais rappelait que le slogan « acheter français » qu'on voyait déjà fleurir dans les années 1930 était un slogan bourgeois auquel il préférait « produire français ».

L'échange est un droit naturel et le protectionnisme sa négation.

L'échange est un droit naturel et le protectionnisme sa négation. Quant à ce qu'est la valeur, c'est le service qui fait la valeur et non le travail. Si vous aviez lu Frédéric Bastiat vous le sauriez. Mais qui aujourd'hui en France lit ce grand penseur libéral du XIXe siècle, précurseur de l'école autrichienne d'économie. Mais qui lit qui que ce soit de vraiment libéral sur le plan économique ? D'autant qu'aucun homme politique n'ose désormais se réclamer du véritable libéralisme. Je dis bien du véritable libéralisme, celui que l'on trouve chez Hayek, pas du néo-libéralisme ni de l'ordo libéralisme allemand. Alain Madelin est le seul à revendiquer clairement une inspiration libérale. Quelle bouffée d'air frais quand on l'entend dans les médias !

Frédéric Bastiat - par ailleurs député, ça fait rêver ! - a d'emblée une grande influence sur la pensée économique bien qu'à rebours des théories en vogue de son temps, le protectionnisme à droite et le socialisme à gauche pour aller vite. Contre Proudhon et au grand dam de Marx, il se présente comme un fervent défenseur du libre-échange et un détracteur de tout système économique teinté d'interventionnisme.

Le jeune Bastiat lit des auteurs libéraux comme Jean-Baptiste Say, Charles Dunoyer ou Benjamin Franklin. Il réfléchit avec eux sur la société, la liberté, la politique et le parlement. Et puis il y a l'Angleterre - ah ! l'Angleterre, et les économistes anglais. Leur ferveur pour le libre-échange le passionne, et si ce mouvement pouvait se diffuser aussi en France. Et ce Premier ministre du Royaume-Uni, Robert Peel (1841 à 1846), certes conservateur, qui décide de pratiquer une politique unilatérale de libre-échange. Robert Peel propose de régler les tarifs anglais selon leurs intérêts et cela permettra de mettre les produits du monde à la portée des consommateurs anglais.

Pour Bastiat, la valeur c'est ce qu'il en coûte pour se procurer une richesse. Toute l'économie est fondée sur des échanges de services et non pas de produits. Son idée c'est que c'est le service et non le travail qui détermine la valeur. Dans un système où la liberté existe, il y a une équivalence entre les services rendus.

Bastiat c'est avant tout une pensée philosophique, juridique et politique de la libération de l'homme, un auteur plein d'humour et surtout une écriture élégante et puissante. Il y a un bonheur de lire cet auteur libéral qui n'a pas besoin de torturer la langue française pour exprimer sa pensée, mais qui au contraire la libère.

Gustave Flaubert écrivait à George Sand le 7 octobre 1871, soit plus de vingt ans après la disparition du penseur, c'était l'essor des hussards noirs de la troisième république :

« Dans trois ans tous les Français peuvent savoir lire. Croyez-vous que nous en serons plus avancés ? Imaginez au contraire que, dans chaque commune, il y ait un bourgeois, un seul, ayant lu Bastiat, et que ce bourgeois-là soit respecté, les choses changeraient ! »

En plus du plaisir de le lire, Bastiat nous offre des solutions. N'est-ce pas contre les taxes, contre les normes abusives, contre les sur-réglementations qu'il faut manifester ? N'est-ce pas contre les contrôles tatillons, contre les perquisitions manu militari des fermes, contre les satellites qui surveillent les parcelles qu'il faut se révolter ? Les Français doivent-ils se recroqueviller, pessimistes, derrière des barrières protectionnistes, ou retrouver l'optimisme vivifiant de l'océan, le grand air du libre-échange ? N'en déplaise à la gauche, mais surtout à la droite qui devrait faire un effort pour être vraiment libéral.

Thierry Martin

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