Brexit : trouver enfin un pilote pour temps de crise

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(Crédits : DR)
Il faut annoncer très vite notre plan B, qui doit être dévoilé rapidement pour rassurer les marchés, les acteurs économiques... Par Vincent Balouet, consultant spécialisé en gestion des grands risques d'entreprise

Les chaînes tout-info ouvrent sur le Brexit et tentent d'éclairer notre lendemain commun, et l'avenir de l'édifice européen qui vacille. Deux voix émergent dans la matinale : Florian Philippot pour le Front National et Laurent Bigorgne et Yves Bertoncini, respectivement délégué général de l'institut Montaigne et Directeur de l'institut Jacques Delors qui ouvrent les sujets et tiennent, seuls et avec talent, la maison. Silence radio de tout le reste de la classe dirigeante française. Certes, une réunion est prévue à l'Elysée vers 9h00, mais pour l'instant, la passerelle du paquebot Français, qui passe bien près des côtes et des récifs avec peu d'eau sous la quille, est déserte, le pilote automatique est toujours engagé.

Besoin d'un pilote

Nous avons plus que jamais un besoin impérieux d'avoir un très bon pilote de crise dans notre bateau, qui ne prend les manettes et passe plus de temps à donner sa vision et son éclairage de notre avenir qu'à commenter le passé et l'organisation de notre administration.

Il faut annoncer très vite notre plan B, qui doit être dévoilé rapidement pour rassurer les marchés, les acteurs économiques, les étudiants, les gens... Retour sur le continent de la plaque tournante financière sur l'Euro, ajustements de la gouvernance Européenne, coopération économique sur les secteurs clé, les sujets ne manquent pas...

Dans moins d'un an, les Français vont choisir un nouveau président et un nouveau projet. Indépendamment de la couleur politique et idéologique propre au débat traditionnel, la question européenne sera placée au centre des exposés. Il est largement temps aussi de choisir un style de gouvernance, une capacité à rendre les arguments de fond plus convaincants que leurs opposants. Les futurs dirigeants-candidats doivent démontrer leur capacité à gérer les crises avec méthode et maîtrise. Cet univers est plus technique qu'on ne le pense. Les marins et les aviateurs, les montagnards et les spéléologues, parce que leur vie en dépend, ont tous fini par mettre au point des bonnes pratiques qui sont efficaces et qui rassurent. Nous voici au pied du mur.

Une technique de gestion de crise

La (bonne) gestion de crise n'est pas idéologique, elle est technique et fait appel à des ressorts physiologiques et moraux, qui s'entraînent et se bonifient à condition d'y penser à froid pour être prêt, à chaud. Une des règles essentielles est qu'il doit toujours y avoir un pilote dans le cockpit. En 2003, l'épisode caniculaire et ses 18 000 morts a débuté par une désertion quasi complète des équipes dirigeantes de la maison France.

Pourtant, jamais l'opinion ne s'est rebellée, jamais les français n'ont défilé pour une meilleure gestion de crise. Notre relation au risque est schizophrénique au point d'exiger de bons chefs mais de désintéresser des échecs. Le Brexit, vu de France ouvre aussi ce sujet, celui de notre capacité à barrer le bateau par forte tempête, de rassurer l'équipage et faire taire, par une véritable force de conviction, ceux qui, comme le Front National, font la tournée des plateaux TV pour demander un referendum, c'est-à-dire de sauter par-dessus bord et de continuer à la nage. Le pilote de crise est invité à se faire connaître. Rapidement.

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Commentaires
a écrit le 24/06/2016 à 10:31 :
Nos dirigeants ne 'embarrassent même plus de la réalité, seulement de leurs jeux d'appareil et tractations de coulisses.

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