Ce capitalisme miné par les excès de la ploutocratie

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, ce capitalisme miné par les excès de la ploutocratie

Le syndrome du dernier centile est devenu un incontournable. Du « rapport sur les inégalités mondiales » qui souligne le fait que les 1% les plus riches du monde ont capté 27% de la croissance mondiale entre 1980 et 2016, en passant par la fameuse la courbe de l'éléphant de Branko Milanovic, qui permet de visualiser le surplace en termes de revenus des classes populaires et moyennes des pays riches, jusqu'aux travaux impulsés par Thomas Piketty, qui surlignent la concentration de richesse entre les 10% les plus riches, il existe une conjonction de résultats concordants validés de plus en plus par les grands organismes internationaux.

L'origine des distorsions

Et même les plus incrédules finissent à se rallier au constat, lorsqu'il s'agit d'expliquer les crises sociales récentes et leur traduction dans les urnes. Sur ce constat, s'engage alors très vite un débat sur notre fiscalité et sur les leviers pour rééquilibrer le partage des revenus. Taxer davantage le patrimoine et sa transmission, augmenter la progressivité de l'impôt sur le revenu, limiter l'évasion fiscale dans les paradis fiscaux... Tous ces débats interdits ne le sont plus. Mais en déplaçant immédiatement la réflexion sur notre appareillage fiscal, est-on vraiment à la hauteur de l'enjeu ? Tout se passe comme s'il suffisait de prélever et de réallouer les revenus faramineux de quelques hyper-riches pour recréer de l'harmonie sociale.

Il y a deux choses fondamentales que l'on esquive dans ce type d'approche. 1/ Quelle est l'origine de ces formidables distorsions de revenu primaire ? 2/ Sommes-nous politiquement et techniquement armés pour y remédier ?

Concernant l'origine des distorsions, on peut avancer une multitude de causes : 1/ Il y a d'abord l'affaiblissement délibéré du pouvoir de négociation des salariés, via la dérèglementation du marché du travail, l'affaiblissement du pouvoir syndical, les modalités de gouvernance actionnariale des entreprises, etc... Paul Krugman considérait en son temps, que ces politiques libérales internes aux pays jouaient un rôle prépondérant dans le creusement des inégalités, avant même la mondialisation. 2/ Il y a des phénomènes de rente. Dans l'énergie, certes, dans le luxe, dans les monopsones du grand commerce aussi mais aussi et surtout dans la sphère digitale. Cette fameuse rente technologique, qui peut devenir phénoménale quand des colosses prennent le leadership de certaines technologies génériques 3/ Il y a enfin la captation de valeur par le secteur financier lui-même, qui a plus à gagner dans la gestion des fortunes phénoménales du sommet que dans son métier de prêteur de transformateur des risques. Il y a donc un socle politique et surtout bien réel, ancré dans l'évolution des structures productives, derrière la concentration des richesses au sommet.

Armes techniques et politiques

Seconde question alors ? Sommes-nous techniquement et politiquement armés pour y remédier ? La réponse à cette question découle de ce qui vient d'être dit précédemment. Derrière une distorsion dans la distribution primaire de revenus, il y bien plus qu'un problème de flux à réallouer. Il y a un mécanisme de concentration qui renvoie à celle du système productif, à sa modalité de gouvernance, à sa spécialisation, à l'irruption de technologies génériques. Il y a surtout tout un système de pouvoir qui passe par la codification des dogmes autorisés, et va jusqu'à la capture du législateur ou même des banques centrales, même quand ces dernières sont indépendantes. Cette capture est bien visible quand il s'agit d'armer les thèses et le pouvoir décisionnaire des climato-sceptiques par exemple. Mais cette capture peut être plus insidieuse et non nécessairement délibérée. Lorsqu'un banquier central bute sur la présence d'acteurs too big to fail, sur une hyper-valorisation des actifs qui entrave toute tentative de remontée des taux, tout indépendant qu'il soit, il doit se conformer aux intérêts dominants au risque de précipiter des catastrophes.

Remédier à la dérive ploutocratique du capitalisme contemporain, la surpondération dans la décision publique de l'intérêt des détenteurs de richesse, n'est pas seulement un enjeu fiscal. Et même si cet enjeu fiscal devait trouver un relai politique, il est fort à parier que l'ampleur des distorsions est telle aujourd'hui que leur correction n'est plus à la portée de l'outil fiscal. Face à cette dérive, il y a une multitude d'autres enjeux, qui vont du renouvellement de nos représentations et de nos dogmes préformatés qui imprègnent la décision publique, jusqu'à une refonte plus profonde de nos modalités de gouvernance privés et publics.

 >> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 12/03/2019 à 21:21 :
Vive l'anarchie !
a écrit le 12/03/2019 à 19:19 :
Ce ne sont pas les systèmes ou les outils qui causent des problèmes
Ce sont les humains
1981... élection de M. Mitterrand ...
Un socialisme qui aujourd’hui est mort...
L’humain pense , ne dit pas se qu’il passe , n’agit pas comme il dit , et meurt dans le regret de n’avoir pas pu coller la penser , la parole , l’émotion , l’acte à son noyau interne...
Bref l’humain est un problème , un danger pour lui même et pour les autres ( tous les vivants confondus )
a écrit le 12/03/2019 à 13:06 :
Le problème posé est comment faire du capitalisme sans capitaliste. Certains l'ont cru et ils ont crée la société où les capitaux appartenaient à tous c.à.d. à l'état et où l'on partageait tout. Cela s'appelait le monde communiste dont l'URSS fut le héros, jusqu'au jour où ce peuple s'est rendu compte qu'il avait pondu une machine infernale où la pauvreté était partagée par tous sauf pour la nomenclatura qui vivait sur d'autres pieds et où l'adhésion au système se faisait sous la contrainte.La Chine autre pays communiste mais plus pragmatique que l'URSS a développé un capitalisme dans un système à parti unique communiste sans liberté individuelle, créant une société aussi inégalitaire et peut être même plus qu'en occident capitaliste. Force est de reconnaître qu'en dehors du capitalisme, rien d'autre n'a tenu la route et que la ploutocratie induite n'est que le prix à payer.A nous de le négocier le moins cher possible par une régulation bien ajustée.
a écrit le 12/03/2019 à 11:56 :
BONNE ANALYSE? LA DETTE A ENGENDRE UNE RECHERCHE DE CAPITAUX POUR CONTINUEZ/ L ECNOMIE,? DU COUP CES NOUVEAUX IMPOTS QUE SONT LA TVA ET LA CSG ON A APAUVRIE LES CLASSES LES PLUS FAIBLES, ON PEUT EN SUPRIMENT CERTAIN IMPOTS COMME L IMPOT LOCAL ET LA TVA SUR LES PRINCIPALE DENRE ALIMENTAIRE ?EN REINDEXENT LES RETRAITES ET EN SUPRIMENT LA CSG SUR LES BAS REVENUE REDONNE UN PEUT POUVOIR D ACHAT AUX PLUS FAIBLES DE NOTRE SOCIETE???
a écrit le 12/03/2019 à 10:15 :
Le "capitalisme" n'est qu'un cumul de dette sans risque!
a écrit le 12/03/2019 à 9:39 :
Les dérives du capitalisme seraient supportables si nos politiciens n'appartenaient pas à ceux-ci aidant que ce sont des marchands au final qui dictent aux peuples du monde leur façon de vivre.

C'est là que cela ne va pas puisque la concentration des richesses est une dérive inséparable du principe capitaliste mais si on laissait vraiment faire le marché il semblerait qu'un équilibre pourrait être trouvé.

Maintenant les politiciens appartenant aux propriétaires de capitaux et d'outils de productions ne font qu'amplifier cette dérive capitaliste qui s'ils étaient plus forts n'auraient pas lieu d'être.

C'est donc l'absence totale de puissance politique et donc de caractère hein au final, de nos politiciens, leur compromission généralisée, qui génère cette dérive majeure.

Le problème n'étant donc pas qu'il y ai des gens toujours plus riches, c'est logique, mais que ces gens possédés par leurs possessions comme le disait Nietzsche, guide sans aucune capacité visionnaire des citoyens du monde.

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