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Changement climatique, un problème global d'offre et de demande

Marc Guyot et Radu Vranceanu

Publié le 11 février 2020 à 08:07 - Mis à jour le 11 février 2020 à 08:44

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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OPINION. Le désengagement annoncé des grands intermédiaires financiers des énergies fossiles n'aura qu'un effet marginal sur un secteur dont les ressources sont en majorité détenues par des pays qui veulent d'abord assurer leur propre développement. Du côté des énergies renouvelables, l'offre reste largement inférieure à la demande croissante. Pourtant des solutions existent donnant un rôle moteur à la finance comme les green bonds, la taxe carbone. Et des accords internationaux à l'exemple de l'initiative dans le transport maritime pour adopter un carburant moins polluant sont des pistes à...

... ivre. Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, Professeurs à l'ESSEC.

Lors de la réunion de Davos en janvier de cette année, les agents officiels de la moralité comme Greta Thunberg et des ONG respectables comme Greenpeace ont une fois de plus pointé la complicité des firmes financières dans le dérèglement climatique. Les intermédiaires financiers - banques et fonds d'investissement - sont accusés de persister à investir dans les énergies fossiles et ont été appelés à amender leurs conduites honteuses au plus vite. Les grandes banques ainsi que des fonds majeurs comme BlackRock semblent plus ou moins avoir reconnu leurs pêchés et ont affirmé qu'ils mettraient en œuvre des stratégies afin de se corriger. Sans vouloir remettre leur bonne fois écologique en cause, il faut tout de même reconnaître qu'il est rationnel financièrement de revoir à la baisse l'espérance de gain et à la hausse le risque associé à ces investissements, eux-mêmes issues d'une perception plus forte du risque climatique par le public. En 2016, la baisse brutale du prix du pétrole avait déjà signalé la surexposition dans les énergies fossiles des grandes banques européennes. En revanche, il est à craindre que d'autres intermédiaires financiers moins connus comme des banques publiques en Russie, Chine et Inde, s'empresseront d'occuper le vide laissé par les géants occidentaux de l'investissement.

Réallocation de portefeuille d'investissements

Si le désengagement des grands intermédiaires financiers induit un renchérissement du coût de l'investissement en énergies fossiles, des projets en perte de vitesse comme les sables bitumineux ou le forage pétrolier de l'Arctique pourraient être diminués voire abandonnés. Malheureusement cette réallocation de portefeuille d'investissements ne peut avoir qu'un faible effet sur la production totale de carbone venant des énergies fossiles pour des raisons simples et fondamentales d'offre et de demande.

Du côté de l'offre, il y a deux problèmes majeurs. Le premier est qu'il y a trop de sources abondantes d'hydrocarbures bon marché et que la majorité d'entre elles est à la fois indépendantes des marchés financiers et insensible aux réseaux sociaux. En effet, plus de 66% des réserves mondiales d'hydrocarbures sont détenues par des firmes publiques saoudiennes, iraniennes, chinoises ou russes, capables de se financer sans appel au marché. La compagnie nationale saoudienne Aramco par exemple a généré en 2019 un cash flow 3 fois supérieur à ses dépenses en capital. La Chine, l'Inde et la Russie, qui ont comme priorité absolue leur développement et se préoccupent relativement peu de l'opinion publique internationale, font partie des cinq premiers pays détenteurs de réserves de charbon, dont la combustion représente 1/3 de la génération mondiale de CO2. L'effondrement des prix du gaz naturel liquéfié, qui est passé de 20 dollars par million de BTU (British Thermal Unit) il y a 6 ans à 3 dollars en Asie en février 2020, est un vrai obstacle à l'adoption d'énergie renouvelables dans les pays émergents même s'il a l'avantage de se substituer au charbon.

Energies renouvelables, offre insuffisante pour la demande

Le second problème d'offre se situe au niveau de l'offre d'alternative en énergie renouvelable. Le problème est moins un problème de prix qu'un problème d'offre insuffisante pour la demande, déjà forte, des entreprises désireuses de diminuer leur empreinte. Une entreprise comme Microsoft s'est engagée début janvier 2020 à enlever plus de carbone dans l'atmosphère qu'elle n'en rejette dans les 10 ans. Microsoft veut signer des contrats de long terme de fourniture d'énergie exclusivement renouvelable Le prix de marché du KW est le prix du plus cher KW vendu, et il s'agit très probablement du KW vert, un luxe que le quasi-monopole du logiciel peut se permettre. Mais dans la mesure où Microsoft ne produit pas elle-même son énergie, elle est dépendante de l'offre existante qui est encore insuffisante.

En effet, moins de 2 semaines plus tard après son engagement tonitruant, indépendamment de sa bonne volonté, la firme a été contrainte de mettre en marche des générateurs diesel pendant 5 heures sur son campus de Fargo aux Etats-Unis pour fournir de l'électricité à ses 1.600 employés sur place, comme une centaine d'autres entreprises du secteur géographique, du fait d'un pic de consommation et de l'impossibilité de la compagnie locale à fournir assez d'énergie renouvelable. Selon Engie Impact, une division de Engie qui conseille les entreprises en transition vers l'énergie renouvelable, sur 1.200 entreprises ayant décidé un plan de transition et ayant communiqué sur des objectifs chiffrés, moins d'un quart ont les moyens effectifs de le réaliser du fait notamment de la faiblesse de l'offre.

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Un domaine d'action pour les banques

Cela ouvre un domaine d'action concret pour les banques et les compagnies d'assurance désireuses de contribuer positivement au changement climatique en investissant massivement dans le financement de projets de production d'énergie propre via la souscription de « green bonds ». Financièrement, le green bond apparait comme un instrument utile de diversification de portefeuille car il permet de mieux identifier la classe de risque spécifique à ces actifs. Ce segment du marché financier est déjà en forte croissance et notamment le secteur spécifique des fonds durables et des fonds portant le label ESG (Environment Social Governance). Les trakers et les fonds à capital variable d'investissement durable ont attiré plus de 20 milliards de dollars en 2019 aux Etats-Unis soit 4 fois plus que l'année précédente. En 2019, l'émission de ces bonds qui permettent de financer notamment les investissements en énergie renouvelable a augmenté de 20% mais les montants disponibles sur le second marché restent faibles car les compagnies d'assurance qui les achètent les gardent. Les transactions portant sur ce type de titres aux Etats-Unis étaient de 57 milliards ce qui reste infime par rapport à l'ensemble du marché financier. La plate-forme de trading électronique Market Access vient d'annoncer qu'elle allait proposer un système permettant à ses clients d'identifier et trouver les green bonds qui respectent les critères ESG, avec des certifications émises par des firmes comme ICE data services et Refinitiv Holding. Bloomberg propose également des fonctions de recherche de green bonds sur sa plateforme de trading.

L'autre problème majeur se situe du côté de la demande d'énergie fossile et ce problème de demande ne peut être réglé que par des décisions politiques courageuses et certainement pas par l'appel à la honte. Les seuls qui peuvent agir sont les gouvernements via la taxe carbone et/ou le marché des droits de polluer. Cependant, c'est également au niveau global et pas seulement au niveau national que se situe l'enjeu. Aucune décision des pays occidentaux ne sera suffisante par rapport à l'enjeu s'ils ne sont pas rejoints notamment par la Chine, la Russie et l'Inde.

L'exemple du transport maritime

A cet égard, l'évolution de la réglementation mondiale du transport maritime est exemplaire et montre la voie. Le transport maritime représente 3% de la pollution globale de l'air soit l'équivalent de celle d'un grand pays. Depuis le 1er Janvier 2020, 60.000 bateaux transocéaniques ont l'obligation de l'Organisation Maritime Internationale de baisser de 80% leurs émissions de soufre. Le passage à la consommation d'un fuel à faible teneur en soufre devrait augmenter le coût en carburant du secteur de 50 milliards de dollars sur les 3-4 ans à venir. A Singapour, la tonne de fuel faible en soufre coûtait en janvier 670 dollars la tonne contre 409 pour le fuel lourd soit un surcoût de 63%. Cette décision va avoir un effet bénéfique d'offre et demande. Côté demande, le carburant représentant la moitié de leurs coûts d'opération, les transporteurs n'auront pas d'autre choix que répercuter l'augmentation sur leurs clients. L'augmentation du prix des biens transportés par bateaux, amènera le pollueur, c'est-à-dire le client final, à payer le prix d'un transport propre et l'incitera, de par l'augmentation de prix, à passer éventuellement à un bien local.

Côté offre, cette augmentation de coût incite les firmes à investir dans des moteurs plus efficients, leur niveau de profit dépendant de leur efficacité en carburant. Cela ouvre la voie à la recherche sur des moyens de propulsion plus propre et renouvelable. Airbus ainsi qu'un certain nombre de start-up ont développé un système hybride avec le déploiement d'une voile géante permettant de générer jusqu'à 20% d'économie de carburant.

Souhaitons que les gouvernements, outre des taxes carbones internes appropriées, suivent cette voie et réussissent à développer d'autres accords internationaux de ce type.

Marc Guyot et Radu Vranceanu

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