Comment donner les mêmes opportunités aux femmes pour accéder aux emplois du futur ?

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Chiara Corazza, directrice générale du Women's Forum.
Chiara Corazza, directrice générale du Women's Forum. (Crédits : Marie-Amélie Journel - LA Tribune)
OPINION. La loi sur l'émancipation économique féminine qui sera présentée par Marlène Schiappa et par Bruno Le Maire en début 2020 est une loi essentielle car elle permettra de donner les mêmes atouts aux femmes et aux hommes dans les métiers d'avenir comme les datas, les sciences ou l'ingénierie. Par Chiara Corazza, directrice générale du Women's Forum.

Depuis plus de deux ans, les travaux du Women's Forum, qui s'est tenu cette semaine du 19 au 22 novembre, ont porté leurs fruits : cette plateforme d'influence globale est désormais reconnue pour sa capacité de mener des initiatives à impact positif, en France et dans le reste du monde. Preuve en est que, à l'issue du G7, j'ai été chargée, en tant que directrice générale du Women's Forum, de contribuer à enrichir la loi sur l'émancipation économique féminine qui sera présentée par Marlène Schiappa et par Bruno Le Maire en début 2020. Il s'agit d'une loi essentielle car elle permettra de donner les mêmes atouts aux femmes et aux hommes dans les métiers d'avenir comme les datas, les sciences ou l'ingénierie.

Je suis honorée et consciente de la responsabilité de cette mission qui consiste notamment à formuler des préconisations pour améliorer la place des femmes dans les formations et dans les carrières scientifiques. Car il y a urgence. Ce défi a été mis en lumière lors des travaux de nos Daring Cercles / Groupes de travail, qui cherchent des solutions innovantes non seulement en matière de STEM (science, technology, engineering, mathematics), mais aussi de climat, intelligence artificielle, Femmes&Business, accès à la santé. Pour y répondre, nous avons mobilisé notre réseau international afin de repérer toutes les bonnes pratiques qui ont été mises en place en France et dans le monde pour féminiser les sciences.

Sous-représentation des femmes

La sous-représentation des femmes dans les professions du futur est en effet un problème alarmant : aujourd'hui en France, un peu moins des 33 % de femmes travaillent dans le secteur du numérique contre 53 % dans le reste de l'économie. En Europe, la situation est également dramatique : dans 35 pays, moins de 1 sur 5 diplômés d'études scientifiques sont des femmes. La perte de compétences s'avère encore plus inquiétante si l'on considère que l'Union européenne fera face à une pénurie de 1 million d'employés dans le numérique d'ici 2020. Au niveau mondial, les femmes représentent 24 % des employées dans les secteurs technologiques et cette valeur tombe à 11 % si l'on analyse la présence des femmes dans les postes seniors. De plus, d'après une étude réalisée en 2018 par le FMI, la probabilité que les emplois des femmes, traditionnellement cantonnées à des tâches moins nobles, soient automatisés est de 70 %, ce qui représente 180 millions d'emplois à l'échelle mondiale.

Ces données sont claires : il faut agir maintenant pour que les femmes et les hommes aient les mêmes opportunités dans les métiers d'avenir et il faut que les femmes aient les compétences nécessaires pour en profiter complètement et ne pas être laissées à l'écart.

En France, les statistiques nous indiquent qu'en classe de seconde 53,6 % des filles préfèrent les filières scientifiques, contre 73,6 % des garçons, mais seulement 2,5 % des filles choisissent les enseignements des « sciences de l'ingénieur », contre 14,1 % des garçons. Cette participation se réduit à 47 % en terminale scientifique. Ensuite, les filles représentent seulement 27 % des effectifs des écoles d'ingénieurs et 29 % en classes préparatoires scientifiques. A l'université, les jeunes filles représentent presque 60 % des étudiantes, mais seulement 25% es choisissent un parcours en sciences fondamentales, contre 39 % des garçons.

Inciter les filles à s'engager dans les filières scientifiques

Il est évident que les filles perdent leur intérêt pour les matières des STEM très tôt. Aussi, au Women's Forum, nous avons décidé de nous focaliser sur trois étapes déterminantes pour la carrière des jeunes filles. Dès l'âge de 5-6 ans, il convient de sensibiliser les parents et les professeurs aux bénéfices que représente le choix pour les filles d'une filière scientifique. Il s'agit de gommer les préjugés, les stéréotypes, les biais, il s'agit de mettre en valeur le rôle qu'elles peuvent jouer dans la société, puisque l'on sait que les filles souhaitent avoir un impact positif sur la société. Les parents doivent être conscients des opportunités que leurs filles pourraient avoir dans les métiers STEM et ainsi les encourager à découvrir leurs possibles aptitudes scientifiques. En parallèle, il est fondamental de leur garantir un soutien scolaire adéquat et capable de les attirer vers les compétences STEM, avec des méthodes innovantes, des ateliers ludiques, des marathons mathématiques, des échanges concrets avec des professionnels. Tout cela leur donnera une meilleure confiance en elles-mêmes. A 12-14 ans les filles décident elles-mêmes du cursus qu'elles souhaitent choisir : nous souhaitons donc au Women's Forum les motiver avec les outils et le langage qui leur correspondent afin de mettre toutes les chances de leur côté.

À l'issue de l'école, il s'agit ensuite de susciter leur intérêt pour s'inscrire dans le cursus des Universités et des grandes écoles pour qu'elles aient tous les choix pour réussir la carrière qu'elles souhaitent. Faut-il pour cela des quotas ? La question est à l'étude. Nous savons tous que les algorithmes et le digital régissent désormais tous les domaines, et non seulement les sciences, mais aussi les métiers juridiques, l'éducation, l'énergie, le climat et sont même nécessaires... pour devenir un grand artiste. Réussir ce pari est essentiel pour faire en sorte que les femmes aient toute la place qu'elles méritent et pour qu'elles soient associées pleinement à la création d'un monde plus inclusif et plus juste pour tous.

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Commentaires
a écrit le 20/11/2019 à 21:09 :
Le seul obstacle qu’une fille ou qu’un garçon ne parviennent pas aux filières scientifiques ou d’ingénieries
C’est : «  l’argent »
a écrit le 20/11/2019 à 18:18 :
Mais enfin, que les femmes les prennent les opportunités si elles en ont envie! Aujourd'hui elles sont capables de faire leurs propres choix et n'ont pas besoin de tutrices ou de tuteurs pour leur faire des dons!
a écrit le 20/11/2019 à 13:02 :
Arrêter la discrimnation, sociale, genré et raciale qui est le modjo de ceux qui ont les clefs.

Poser les questions aux employeurs et a l'état, ceux qui ont la possibilité de faire changer, mais il faudra dans un pays monoculturel et leucocratique, c'est de l'ordre de l'impossible !
a écrit le 20/11/2019 à 12:22 :
On sera tous chômeurs en guenilles ou bien tous commandés par des robots, l'avantage du déclin c'est que cela nivelle tout le monde. Du coup par contre faut pas rêver hein, si la classe dirigeante nous fait régresser ce n'est certainement pas pour imposer l'égalité.
a écrit le 20/11/2019 à 11:24 :
Il faut déconstruire les préjugés et encourager les filles à poursuivre dans les filières scientifiques. Elles sont tout à fait aussi prédisposées à y entrer que les garçons.
Par la même occasion, on peut en profiter pour encourager les carrières techniques et scientifiques tout court, plutôt que de dénigrer ces métiers et d'orienter tout le monde vers les services, ou, pire, les pseudo-sciences qui ne produisent que du vent.

Etablir des quotas n'aurait aucun sens. Si personne ne veut y aller, vous vous retrouvez à être forcé d'intégrer le bas du panier, qui décrochera très vite et ne produira rien. C'est idiot.

La vraie révolution qui reste à accomplir, c'est l'égalité pure et simple entre tous. Y compris dans les domaines où les femmes sont sensiblement avantagées, par la même occasion. Mais ça demande une volonté, une planification, et un courage politique; le quota, lui, permet de bidouiller vite fait les stats, c'est certainement plus simple à mettre en place, je le conçois :-)
a écrit le 20/11/2019 à 10:35 :
La formation et la compétence leur permettra de sortir de la victimisation!
a écrit le 20/11/2019 à 10:00 :
Quel interet d inciter les femmes a aller dans les metiers scientifiques ? En France c est mal considéré, pas tres bien payé et vu le declin industriel de la france c est pas pret de s arranger. Qui souhaite que son enfant (garcon ou fille) aille travailler chez Alten ou Cap Gemini ? (pour ceux qui connaissent pas les SSII sont surnomme "marchand de viande" vu leur respect pour leur personnel).

Franchement faites medecine, pas une ecole d ingenieur sauf si vous pensez vous expatrier !

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