Couples mariés, pacsés, concubins...à quand la fin des discriminations ?

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De nombreuses discriminations subsistent entre ces statuts, notamment d'un point de vue fiscal et social. Par Edwin Matutano, Avocat

Si, en France, les mœurs semblent évoluer jusqu'à avoir admis le mariage pour tous, nonobstant l'orientation sexuelle des individus concernés, la tolérance du législateur ne va pas jusqu'à mettre sur le même pied les couples, selon qu'ils sont mariés, pacsés ou concubins.
Pourtant, ce sont environ 32 millions de personnes qui, selon l'INSEE, vivent en couple dans notre pays, quel que soit le mode de conjugalité retenu. Ces personnes ont, pour la plupart d'entre elles, la certitude de vivre dans la même situation les unes par rapport aux autres. Et néanmoins, le droit qui leur est applicable varie considérablement, créant de véritables « niches » ou « abymes » selon que la loi se montre favorable ou dédaigneuse à leur égard.

Une situation difficilement explicable

Cette situation, difficilement explicable en ce siècle et source de contentieux, plonge ses racines dans l'absence de toute recherche d'harmonisation par la loi de la situation des couples, selon le type d'union qu'ils ont choisi d'adopter. La loi a reconnu le concubinage dans le code civil, a créé le pacte civil de solidarité, mais a maintenu des avantages surannés au profit des couples mariés et globalement, n'a pas aligné la situation de tous les couples sur un même standard, ce qui offre à l'examen un panorama sectionné en trois tronçons, d'inégale valeur, les couples mariés tendant à avoir l'avantage, les concubins se trouvant en queue de peloton, cependant que les pacsés sont placés dans une situation intermédiaire.

Si ces inégalités peuvent être illustrées plus précisément, elles peuvent aussi trouver une résolution dans l'œuvre du législateur, selon une méthode garante du résultat en termes de légistique.

Des exemples très parlants

Etant observé que les exemples de cet état du droit discriminant sont fort nombreux, nous nous contenterons dans ces lignes des illustrations les plus démonstratives que voici de l'absence de neutralité et de rationalité de la part de la loi, en matières fiscale, successorale, sociale et de logement :
- Sur le plan fiscal et plus précisément, de l'impôt sur le revenu, l'article 194 du code général des impôts fait bénéficier les personnes mariées et pacsées de deux parts de quotient familial, tandis que les concubins sont imposés à raison d'une part chacun. Une telle différence de traitement, outre qu'elle soit peu respectueuse du principe d'égalité devant les charges publiques, ne favorise pas pour autant l'équilibre du budget de l'État ;
- En matière successorale, l'article 732 du code civil désigne le conjoint survivant non divorcé comme héritier, à l'exclusion du partenaire à un pacs et du concubin, ces derniers étant cependant placés au regard de la disparition du défunt, dans une situation identique ;
- Dans le domaine social, l'article L.353-1 du code de la sécurité sociale réserve au conjoint survivant d'un assuré décédé le droit d'obtenir une pension de réversion et en droit de la fonction publique, l'article L. 39 du code des pensions civiles et militaires de retraite en dispose de même. Dans les deux cas, le conjoint divorcé est assimilé au conjoint survivant, alors que la personne liée au défunt par un pacs ou son concubin en sont rigoureusement exclus ;
- Toujours en matière sociale, l'article L. 434-8 du code de la sécurité sociale, pour sa part, fait bénéficier indistinctement d'une rente viagère le conjoint, le concubin ou la personne liée par un pacte civil de solidarité à la victime d'un accident de travail atteinte d'une incapacité permanente ;
- Dans un domaine sensible, celui du logement, l'article 1751 du code civil réserve le droit au bail du local servant à l'habitation du couple aux personnes mariées ou liées par un pacte civil de solidarité, excluant de ce droit les concubins.

Aucune refonte de la législation de la vie en couple

Ces disparités, vécues comme autant d'injustices et de préjudices par les intéressés, résultent de l'absence de toute refonte de la législation française relative aux conséquences de la vie en couple. Les législations se sont empilées par strates, le pacte civil de solidarité est apparu, créateur de droits, le concubinage a été consacré, mais aucun alignement n'a eu lieu, ce qui morcèle le droit applicable et le rend inéquitable au regard de l'unité économique que représentent les couples.
Toutefois, des solutions existent, qui ont été proposées aux responsables politiques.

La solution : un audit législatif préalable à toute harmonisation

A l'heure de la simplification du droit, si souvent proclamée et revendiquée, tant pas les responsables politiques de droite comme de gauche, le régime juridique tricéphale applicable aux couples apparaît comme un défi.

Pourtant, les occasions ne manquent pas. Pour s'en tenir à la présente législature, pas moins de quatre lois et de dix ordonnances contiennent le mot « simplification » dans leur titre et prétendent ainsi simplifier le droit dans tel ou tel domaine. Mais rien en ce qui concerne l'alignement entre concubins, pacsés et époux...Et parmi ces quatorze textes législatifs, l'on compte une ordonnance du 15 octobre 2015 « portant simplification et modernisation du droit de la famille » et une loi du 16 février 2015 « relative à la modernisation et à la simplification du droit et des procédures dans les domaines de la justice et des affaires intérieures » !

Étonnamment, la majorité actuelle n'a pas inscrit à son programme l'harmonisation du droit applicable à toutes les formes de conjugalité. Et pas davantage, en cours de législature, n'a-t-elle, empiriquement, décidé d'y procéder, ce qui, indéniablement, eût été, en l'occurrence, une œuvre de modernisation.
Si cette erreur manifeste d'appréciation de la part des pouvoirs publics s'explique mal, leur persistance à ne pas apporter de réponses claires en ce domaine apparaît plus ténébreuse encore, si l'on considère que j'ai moi-même proposé un axe méthodologique aux présidents respectifs des commissions des lois et des affaires sociales de l'Assemblée nationale, M. Jean-Jacques Urvoas et Mme Catherine Lemorton. J'en ai également saisi le Défenseur des droits, M. Jacques Toubon.

La méthode proposée consiste en un audit législatif, à réaliser en tous domaines (droit fiscal, droit de la sécurité sociale, droit professionnel, droit commercial, droit rural, droit de la fonction publique, droit des successions, droit du logement, etc...), afin de dresser un tableau exhaustif des situations où il existe, comme tel est le cas, un alignement entre les trois modes de conjugalité, celles où seuls le mariage et le pacs sont assimilés et celles où le mariage est exclusivement considéré par la loi.
Cet audit préalable doit être conduit par un expert en légistique et sa tenue permettra d'aboutir, sans modification des définitions respectives du mariage, du pacte civil de solidarité et du concubinage, à une solution équitable et susceptible de gagner la confiance des citoyens.

S'aligner sur un des régimes en vigueur

Après réalisation de cet inventaire législatif, des choix devront être opérés, sans préjugé, tendant à l'alignement, dans chacun des domaines concernés, sur un des régimes en vigueur. Dans telle branche, il pourra s'agir de celui applicable au mariage, dans tel autre, des règles auxquelles sont soumis les concubins et dans d'autres situations, de celles relatives au pacs. L'objectif étant de ne favoriser ni de discriminer aucune forme de conjugalité.
Curieusement, à ce jour, Madame Lemorton, n'a pas daigné répondre et le président de la commission des lois de l'Assemblée nationale s'est contenté d'une réponse d'attente, indigne de l'enjeu en question. Quant au Défenseur des droits, il s'est dit demandeur d'un travail tout fait sans manifester le souhait de rencontrer l'auteur de ces lignes...
Cette inertie des pouvoirs publics ne laisse pas de surprendre à l'heure où les distorsions entre les citoyens et le pouvoir politique ainsi qu'entre les sujets du droit et la loi ne cessent parallèlement de croître.

L'on peut déjà être interloqué par l'absence de toute initiative en ce domaine, depuis 2012, de la part d'un Gouvernement et d'une majorité « progressistes », mais la surdité manifestée par les autorités précitées, alors même qu'elles ont été alertées et qu'une proposition de collaboration leur a été faite par un praticien, est tout simplement édifiante et représentative d'un état d'esprit figé et sclérosé.
Bien sûr, il n'est pas trop tard pour agir. La présente législature n'est pas achevée et au-delà, une autre majorité peut se montrer plus opportunément lucide...

Edwin Matutano, Avocat à la cour, Docteur en droit Expert en légistique


Pour aller plus loin :
- Edwin Matutano, Les normes du couple, un droit positif fragmenté pour un concept socialement uniforme, Revue de la recherche juridique-droit prospectif, 2011-3, p.1299 ;
- Edwin Matutano, Pour l'harmonisation des effets de la conjugalité à la faveur de la nouvelle réforme législative de la famille, AJ Famille, juillet-août 2014, p.423 ;
- Edwin Matutano, Légalité et conjugalité : le législateur doit épuiser sa compétence, Revue Lamy Droit civil, n° 133, janvier 2016, p. 61.

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a écrit le 03/04/2016 à 22:32 :
Monsieur,

J’espère que vous pourriez m’aider. J’étudie présentement pour ma maîtrise en traduction à l’Université de Leeds en Angleterre. Mon projet final me demande de traduire un texte d’environ 1,500 mots en anglais et j’ai trouvé votre article, 'Couples mariés, pacsés, concubins...à quand la fin des discriminations?' sur un sujet qui m’intéresse beaucoup.

Il faut avoir la permission de l’auteur lui-même et la confirmation que le texte n’a jamais été traduit par d’autre personne. Je vous serais reconnaissante de m'aider.



En vous remerciant de votre aide, Monsieur, je vous prie de croire à mes sentiments distingués.



Alice Lockwood
a écrit le 04/03/2016 à 15:35 :
Article très intéressant très consistant et très ambitieux...pas d'avis sur la refonte de la législation concernant les époux et les autres formes de couples (reconnues ou non par la Loi)...néanmoins article très pertinents tant dans sa construction que dans sa question de société...est ce qu'il serait envisageable de raccrocher aux wagons les autres couples à la législation de la "famille" ou carrément de détruire l'institution du mariage ???
C'est sûr que nous changerons de société si l'institution du mariage est abolie mais je ne crois point que c'est l'objectif de ce brillant avocat au demeurant !
Ce qu'il serait intéressant c'est de voir comment on prendrait en compte les autres formes de couples par la Loi et quels engagements en contre partie au sein du couple et les moyens de prouver sa conjugalité !

Quant à l'inertie des pouvoirs publics, leur lenteur...et la complexité du légistique...c'est la faute à Napoléon non ???

Merci à cet avocat bel article !
a écrit le 30/01/2016 à 14:47 :
Bien étrange tribune, où toute dimension humaine s’efface devant les avantages que procurerait les droits des plus « responsables » étendus à tous??....et en occultant totalement les DEVOIRS qui sont inhérents…Comment pouvez-vous mettre en parallèle la situation d’un couple marié et un autre en concubinage sans tenir compte des engagements des individus du couple , de la protection de chacun et de leurs enfants éventuels….Des situations totalement différentes générant des motivations différentes des partenaires ne peuvent être prise pour des discriminations …ou alors c’est du chacun pour soi et la mort du couple... Même si vous êtes avocat, je vous ferais remarquer que le concubinage est une création pratique ; il est dépourvu de valeur juridique…il est utile pour une demande de prêt et de logement, il est reconnu par la Sécu sous conditions …Les concubins restent des tiers et n’ont aucune obligations réciproques. Le PACS a été conçu de manière détournée au mariage pour les homosexuels, c’est cette seule discrimination légale qui aujourd’hui est reformée, la différence de sexe n’est plus une obligation pour se marier et au droit constitutionnel à fonder une Famille…La seule différence que je vois entre PACS et mariage est lors de la séparation ou de la succession, car le PACS n’a pas prévu qu’il y ait de descendants….C’est la d’ailleurs tout l’objet du mariage pour tous…..Je ne comprends pas très bien ce que vous voulez , sinon tuer les Familles solidaires et multiples qui effectivement évoluent avec les mœurs !!! Sinon le mariage est un droit et une protection légale pourquoi vouloir le déliter, d’ailleurs le plus souvent les concubins se marient lorsque bébé arrive cela s’appelle le « projet parental » et c’est bien plus beau que tous vos petits calculs pour profiter de la solidarité sociale et familiale
Réponse de le 31/01/2016 à 11:47 :
@Taranis: descend de ton nuage et reviens aux réalités :-) 1) De nos jours, un mariage qui dure 5 ans est un mariage quasiment éternel, un marriage qui dure 10 ans est exceptionnel et un mariage de 15 ans et plus est un truc des siècles passes. 2) Quoi que l'on fasse, nous sommes aussi dans une ère où dès que tu dis quelque chose qui n'est pas politiquement correct, tu es qualifié(e) de raciste, pédophile ou terroriste. Conclusion: le mieux est donc de tout supprimer. Chacun(e) compte pour lui-même et les enfants sont un choix à assumer par ceux qui ont choisi d'en avoir. Faire simple et bien signifier aux gens que leurs choix sont personnels et non collectifs !!!
Réponse de le 31/01/2016 à 15:04 :
Pourquoi serais-je idéaliste en pensant simplement que nous sommes maitres de notre propre destin, quel est ce déterminisme que nous devrions suivre parce que nous voulons effectivement conserver une certaine morale politique, ni idéologique ni religieuse, mais raisonnée et humaniste …. D’abord qui créé vos déterminismes…..Vous savez très bien qui mène le monde [€] …Je ne défends pas une institution sacrée, mais un contrat civil autour de la famille, qui quoique vous en penser elle est comme l’économie de marché ….on ne voit pas par quoi elle pourrait être remplacer pour assurer la pérennité d’une société…..Cela n’est bien sûr pas une obligation, et je bats aussi contre l’injonction faite aux femmes d’enfanter pour se réaliser….Mais ceci étant dis il n’y a pas d’avenir sans enfant, vous êtes vous-même le fils de votre mère…Oui , les mariage sont éphémère , c’est bien pourquoi je revendique un cadre légal protecteur et juste pour tous y compris les pères qui veulent s’impliquer , il peut aussi avoir de la liberté dans la parentalité… Vous confondez aussi le fait de faire les enfants qui est bien une décision de couple et celui de les élever et de les éduquer dont la moitié revient à notre société, c’est bien ce dû que réclament les chômeurs ,voulez-vous aussi les abandonner….Le fait de ne pas vouloir participer ne vous exclus pas pour autant de vos obligations citoyennes….Il n’y a de liberté qu’au sein d’une société qui vous la garantie…Malgré tout cet avocat a aussi surement raison en dénonçant certaines incohérences et je suis restée superficielle….mais delà aller « uberiser » le mariage pour précariser surtout davantage les femmes, je suis sincèrement opposée…car comme disait Rousseau « les femmes créent les mœurs et les hommes créent les lois »….Vous avez une vision très masculine …alors n’oubliez pas sortez couvert :-)
a écrit le 30/01/2016 à 12:02 :
La discrimination plutôt que le partage des pouvoirs et des richesses, c'est ça et uniquement ça le néolibéralisme, le pendant avéré du fascisme.
Réponse de le 30/01/2016 à 14:54 :
@Zorro: et comme le marriage pour tous est un truc des socialistes, tu nous confirmes donc que les socialos sont des fachos:-)
Réponse de le 30/01/2016 à 17:54 :
Non cela veut dire que vous n'avez pas compris mon commentaire.
a écrit le 30/01/2016 à 9:11 :
De toute façon, les distinctions entre couples et célibataires n'ont plus lieu d'être.
Etre marié, n'est pas synonyme d'avoir des enfants (ex: le mariage pour tous) et donc l'avantage fiscal n'est pas justifié. Seule le fait d'avoir un ou des enfants devrait donner le droit à avoir des déductions.
De plus vivre en couple est économiquement beaucoup plus avantageux que le célibat (mutualisation des moyens), pourquoi donc avantager fiscalement les couples ?
a écrit le 30/01/2016 à 1:29 :
Rappelons que le mariage pour tous ne s'applique pas aux ressortissant de 10 pays dont le Laos (en raison de la convention judiciaire signée en 1953 lors de l'indépendance), que de discriminations.....et quelle déception pour nous deux....
a écrit le 29/01/2016 à 19:21 :
Bien compliqué son projet ! Le mieux serait de supprimer tout pour tout le monde et de fiscalement reconnaître chacun pour 1 entité sans déduction aucune. Plus de pension de reversion, tout le monde doit bosser toute sa vie et encaisser sa propre retraite. Les enfants, c'est la responsabilité de chacun d'en faire ou pas et ce n'est donc plus une excuse pour rester à la maison. Pour les héritages, à défaut de document légal, c'est l'État qui encaisse.
a écrit le 29/01/2016 à 15:49 :
Rappelez-moi déjà pourquoi le Pacs a été créé ? Pourquoi un statut de concubinage est entré dans les conventions ?
Parce qu’il y a certainement des différences dans le souhait de mettre ses moyens en communauté et notamment une certitude quant à la solidité de cette union...
Bref, plus de droits entraine plus d'obligations et inversement.
Donc soit, ces régimes continuent d'exister distinctement, soit ils sont fusionnés dans un seul.
Mais à mon avis, on devrait avoir un numerus clausus pour les avocats !

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