Courchevel découvre que l'argent a une odeur

Denis Lafay
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... er, commerçant, moniteur, fournisseur, élu, chacun de ceux qui ont « profité » de cette manne empoisonnée est invité à se confronter à un déchiffrage éthique. Et à faire un choix. Celui que dicte, au fond de soi, l'odeur de l'argent.
Le carpaccio de langoustines ? 72 euros. Le foie gras de canard ? Dix de plus. Le dos de saumon Balik, sur un lit de crème de ferme, salade de citron au persil, blinis minute aux graines ? 92 euros. Quant au Bœuf tigre qui pleure, c'est surtout au portefeuille qu'il arrache les larmes : 150 euros. Les clients les moins nantis peuvent toujours se rabattre sur un cheeseburger... facturé 55 euros. Voilà la carte du restaurant 1947 - Le Cheval Blanc Courchevel (propriété de LVMH), élaborée par Yannick Alleno. Les établissements concurrents - la commune d'à peine 2.400 habitants cumule quatorze étoiles Michelin - ne sont pas moins « gourmands ». Et plus bas dans la vallée, à Saint-Martin de Belleville, les chefs René et Maxime Meilleur ont concocté un menu huit plats à... 389 euros. En comparaison, l'équivalent dégustation de l'établissement d'autres célèbres « père et fils 3 étoiles Michelin », Régis et Jacques Marcon à Saint-Bonnet-le-froid, plafonne à un tarif 40% plus bas. Le coût de l'immobilier et de l'approvisionnement, communément invoqué pour justifier d'aussi abyssaux tarifs, est une explication fallacieuse.
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Les hôtels ne sont pas en reste : la station savoyarde dénombre cinq palaces (sur les trente-et-un répertoriés en France) et seize établissements 5 étoiles. Ces écrins et nombre d'autres enseignes prestigieuses sont essentiellement la propriété d'entrepreneurs : Les Airelles appartiennent à Stéphane Courbit - qui doit les débuts de sa célébrité à sa production d'émissions avec les animateurs Christophe Dechavanne et Arthur -, le K2 en partie à Philippe Capezzone, L'Apogée à Xavier Niel (Groupe Iliad), et le Cheval Blanc au groupe de son « beau-père » Bernard Arnault. Jean-Claude Lavorel, qui a investi dans l'hôtellerie de luxe sa fortune acquise lors de la vente de LVL Médical, possède même trois établissements : Les suites de la Potinière, le Grand Hôtel Courchevel 1850, et le renommé Chabichou. Pour une semaine en mars 2022 hors vacances scolaires dans un « simple » 5 étoiles, il faut pouvoir débourser au minimum 10.000 euros - la facture atteint 46.000 euros à L'Apogée. Mais il faut être honnête : dans leur grande magnanimité - LavorelHôtels n'affiche-t-il pas pour ADN d'être « bienveillant » et « tourné vers l'humain » ? -, la plupart de ces hôtels offrent le petit-déjeuner. Ouf. La générosité n'est pas un vain mot à Courchevel.
Denis Lafay