Des JO à Notre-Dame, le « soft power » exemplaire de l'exécutif
Véronique Chabourine

Photo d'illustration
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Le 7 décembre, la réouverture de Notre-Dame de Paris a marqué un moment historique pour la France et son président, Emmanuel Macron. Cinq ans après l'incendie dévastateur, la cathédrale a retrouvé sa splendeur grâce à une restauration minutieuse, mobilisant plus de 2000 artisans et 250 entreprises spécialisées. La cérémonie d'inauguration a réuni environ 1500 dignitaires, dont une quarantaine de chefs d'État et de gouvernement. Parmi eux, le président élu des États-Unis, Donald Trump, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, et le prince William du Royaume-Uni. Lors de l'événement, Donald Trump a exprimé son admiration pour la restauration sur son réseau social Truth social, déclarant « Le président Emmanuel Macron a fait un travail formidable pour que Notre-Dame retrouve toute sa splendeur, et bien plus encore ». Ces propos ont renforcé l'impact universel de cette réouverture, en une illustration de « soft power », transcendant les divisions politiques pour célébrer un symbole patrimonial majeur. Le concept de « soft power », introduit par le politologue américain Joseph Nye dans les années 1990, se définit comme la capacité d'un État à influencer et à séduire par des moyens non coercitifs, tels que la culture, les valeurs ou la diplomatie.
En marge de la réouverture de Notre-Dame, Emmanuel Macron a accueilli à l'Élysée, Donald Trump et le président ukrainien Zelensky pour des échanges bilatéraux et trilatéraux visant à renforcer l'unité transatlantique face au conflit en Ukraine. Le Prince William, également à Paris, a rencontré Donald Trump à Paris, confirmant le rôle de la France comme plateforme de dialogue multilatérale et diplomatique.
L'année 2024 s'est imposée comme une année exemplaire et décisive pour le « soft power » français, avec les Jeux Olympiques de Paris, largement salués pour leur organisation et pour leur rayonnement culturel et la réouverture de Notre-Dame de Paris, symbole universel de la résilience et du patrimoine. Selon l'index du classement de « soft power » de Brand Finance la France occupe la 6e position, respectivement derrière les États-Unis en tête, le Royaume-Uni, la Chine, le Japon et l'Allemagne. Ce classement illustre à la fois la puissance culturelle et diplomatique de la France, mais il souligne également des axes d'amélioration cruciaux pour projeter une influence durable. La France brille particulièrement sur deux piliers historiques : Culture et Héritage et Relations Internationales. Sur le premier, elle occupe le premier rang mondial en 2024 et sur le second, la France maintient une quatrième place stable, derrière les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Allemagne. Ce positionnement découle de la stratégie diplomatique impulsée par Emmanuel Macron, qui a cherché à positionner la France comme un médiateur incontournable des crises mondiales.
Si ces succès culturels et diplomatiques démontrent la puissance d'influence de la France, ils ne suffisent plus dans un monde où les rapports de force se redéfinissent. Le monde globalisé impose une redéfinition de la puissance, comme le démontrent les travaux de Sciences Po et la théorie de la chercheuse Susan Strange. Selon Joseph Nye, la puissance reposait historiquement sur le « hard power » (militaire et économique) avant de s'élargir aux moyens non coercitifs du « soft power ». Cependant, comme l'explique Susan Strange, dans un monde interdépendant, la véritable puissance et l'influence réside aujourd'hui dans la capacité à fixer les règles du jeu. Cette puissance structurelle permet d'influer sur la manière dont l'espace mondial se structure et les relations entre acteurs se nouent, notamment dans les quatre domaines stratégiques suivants : la sécurité, la production, la finance, et le savoir. Dans cette logique, l'économie et la gouvernance deviennent des leviers indispensables pour le « soft power »et la puissance d'un pays. L'index de « soft power » de Brand Finance démontre également l'importance prépondérante des piliers Business and Trade et Governance par rapport à celui de International Relations et Culture and Heritage dans le calcul de cet indice.
En 2024, sur le pilier gouvernance, la France occupe la 13e place marquant une stagnation depuis 2022. Cette faiblesse découle d'une perception d'instabilité politique et d'un climat social tendu, nuisant à la crédibilité de ses institutions. Comparée à l'Allemagne, qui occupe la première place du classement mondial en matière de gouvernance, la France souffre d'un déficit d'image d'efficacité institutionnelle. Le pays traverse une période d'instabilité politique marquée par la succession de quatre Premiers ministres en une année, une situation inédite depuis près de 90 ans. La dette publique française, qui représente une part croissante du PIB, a augmenté de 16 points depuis 2013 tandis que la moyenne de la zone euro a enregistré une baisse de 4,7 points sur la même période. Cette dynamique inquiétante, soulignée par l'OCDE, s'accompagne de prévisions de croissance économique à la baisse, avec une croissance du PIB attendu à 0,9% en 2025, traduisant un ralentissement économique structurel. La gestion des collectivités territoriales figure parmi les faiblesses structurelles, comme souligné par un rapport de 2023 de la Cour des comptes. Bien que la décentralisation soit engagée depuis les lois Defferre de 1982, le système français reste marqué par un enchevêtrement de compétences entre l'État et les collectivités. Cette complexité réduit l'efficacité des politiques publiques locales. Le rapport met en lumière un manque d'autonomie fiscale des collectivités, qui freine leur capacité d'action et leur adaptation aux besoins locaux.
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Dans son analyse Relations Internationales, l'expert Serge Sur souligne que pour être un acteur influent sur la scène internationale, un État doit non seulement mener une diplomatie active, mais aussi disposer d'une gouvernance efficace pour être perçu comme légitime. Ainsi pour renforcer sa position, il est essentiel que la France améliore l'efficacité de sa gouvernance et renforce la confiance tant au niveau national qu'international.
Si 2024 a permis à la France de renforcer son « soft power » et de briller par son héritage culturel et son leadership diplomatique, le véritable défi est de projeter cette influence dans les sphères où se jouent les rapports de force. Dans un monde multipolaire et interdépendant, les États les plus influents seront ceux capables de définir les normes et les cadres internationaux. Cela ne se limite plus à la diplomatie traditionnelle, mais inclut des enjeux comme les règles de l'économie numérique, les standards environnementaux, les récits culturels, ainsi que les cadres éthiques et scientifiques.
Pour relever ces défis, la France doit continuer à exceller dans ses atouts historiques, mais surtout investir dans trois priorités stratégiques ; utiliser ses leviers culturels et diplomatiques pour influencer les récits globaux, renforcer sa gouvernance interne afin de se poser en modèle de stabilité et s'imposer dans les débats structurels mondiaux, notamment sur le climat et les technologies. La capacité à redéfinir les règles du jeu déterminera le « soft power » de demain.
Véronique Chabourine
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