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Du constat à l'action pour un "secrétariat d'Etat à la Biotechnologie"

André Choulika et John Maraganore

Publié le 27 juin 2022 à 06:21 - Mis à jour le 27 juin 2022 à 07:08

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OPINION. Les dirigeants de sociétés biotechnologiques signataires du Contrat Social pour la Biotechnologie lancent un appel au futur gouvernement. Leur communauté internationale de PDG biotech demandent un secrétaire d'Etat à la Biotechnologie portant les initiatives de long terme et d'envergure nécessaires au renforcement de l'écosystème français. Par André Choulika, PDG de Cellectis, et John Maraganore, fondateur d'Alnylam Pharmaceuticals.

La crise du Covid a révélé la nécessité d'une approche stratégique de long terme dans le domaine de la santé, à même de répondre à la crise de l'hôpital, de rendre notre système de soin plus efficient, mais aussi d'encourager l'innovation thérapeutique, en faisant de la France un leader européen des biotechnologies.

Le monde connait une révolution biotechnologique d'ampleur, caractérisée par l'émergence de nouvelles classes de traitements (thérapie génique, ARN interférent ou messager, CAR-T, microbiome, etc.) et porteuse de nombreuses retombées médicales et économiques.  Cette révolution est nourrie par celles que l'on appelle désormais « biotech », des startups et entreprises d'un type nouveau, focalisées sur des plateformes technologiques de pointe.

Hautement innovantes, ces entreprises n'en restent pas moins fragiles : souvent en phase pré-commerciale, elles sont dépendantes des investisseurs institutionnels et des marchés financiers pour financer leurs activités. Et c'est ici que la France pêche. En dépit de son excellence scientifique et de son infrastructure biomédicale, l'hexagone présente d'importantes faiblesses en matière de financement et d'entreprenariat, et ne compte qu'un nombre limité de biotechs de dimension internationale.

Face à ces constats, le président Emmanuel Macron avait fixé à la fin du précédent quinquennat l'objectif de produire au moins 20 nouvelles biothérapies d'ici 2030. Plusieurs initiatives ont été lancées pour atteindre cet objectif et soutenir l'écosystème biotechnologique français, dont la stratégie Innovation Santé 2030, le plan d'investissement France 2030 et le réseau « French Care ».

Mais au lendemain des élections législatives, la France se retrouve dans une situation institutionnelle inédite sous la Ve République. L'adoption de textes législatifs d'envergure ne pourra se faire, selon toute vraisemblance, sans accord entre la majorité présidentielle et un groupe d'opposition. Le risque est grand de voir les ambitions françaises en matière de biotechnologie et d'innovation en santé passer à la trappe, quand ces enjeux sont fondamentaux et l'affaire de tous, indépendamment des étiquettes politiques.

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C'est pourquoi, nous, dirigeants de sociétés biotechnologiques, tous signataires du Contrat social pour la Biotechnologie, une communauté internationale de PDG œuvrant au développement d'écosystèmes biotech dynamiques et innovants, lançons un appel au futur gouvernement, quelle que soit son obédience : nommer un secrétaire d'État à la Biotechnologie portant les initiatives de long terme et d'envergure nécessaires au renforcement de l'écosystème français.

Pour réaliser les objectifs définis lors du précédent quinquennat, un effort financier conséquent, impliquant plusieurs dizaines de milliards d'euros de financements publics et privés, français et internationaux, sera requis. De nombreuses initiatives devront également être mises en œuvre : création de labels de type « French Biotech » et d'outils financiers dédiés, missions promotionnelles internationales, et refonte de la politique d'accès au médicament, assise sur une régulation des prix plus incitative, et encourageant des partenariats nouveaux entres autorités de santé et entreprises biotechnologiques, combinant développement, accès et investissements.

Soyons clairs : un tel programme ne pourra se faire sans un environnement stable et prédictible, doublé d'une volonté politique partagée de renforcer l'écosystème biotech français. Un secrétaire d'État à la Biotechnologie serait à même de donner l'impulsion nécessaire et de jouer ce rôle de chef d'orchestre.

D'autres pays en Europe ont établi avec succès des portefeuilles similaires au sein de leur gouvernement. En 2019, les Pays-Bas ont ainsi créé un poste d'ambassadeur des Sciences de la Vie, placé sous la cotutelle des ministères de l'Économie et de la Santé. Le pays, dont le pari sur l'innovation biotechnologique a été récompensé par l'installation de l'Agence européenne du Médicament à Amsterdam, figure aujourd'hui parmi les leaders européens des biotechnologies.

Outre-Manche, le gouvernement du Royaume-Uni compte également un ministre délégué aux Sciences de la Vie, travaillant à rendre l'écosystème local plus fécond et attractif. Et ce avec succès : au cours du premier trimestre 2022, les sociétés de biotechnologie britanniques ont levé 453 millions de livres sterling en financement de capital-risque - un record pour le pays.

Au vu des succès rencontrés par ses voisins, nous avons la conviction que la création en France d'un secrétariat d'État aux Biotechnologies jouerait un rôle déterminant dans la capacité du pays à faire éclore des champions nationaux, relocaliser des activités de recherche et de production sur son sol, et attirer les talents et fonds nécessaires à l'ambition de la stratégie Innovation Santé 2030 :

« Faire de la France la 1renation européenne innovante et souveraine en santé ».

André Choulika et John Maraganore

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