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Emmanuel Macron est-il la dernière chance pour la zone euro ?

Photo de Xerfi Canal

Olivier Passet, Xerfi

Publié le 02 mai 2017 à 14:42 - Mis à jour le 02 mai 2017 à 14:50

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, Emmanuel Macron est-il la dernière chance pour la zone euro ?

Les résultats des élections françaises ont suscité une vague de soulagement sur les marchés d'actions et obligataires. Après l'Autriche et les Pays-Bas, le spectre populiste s'éloigne en France. Autrement dit, l'hypothèse d'une dislocation immédiate de l'euro s'éloigne. Cela veut-il dire pour autant que la zone euro est tirée d'affaire ?

Faisons le pari des marchés, celle de la victoire d'Emmanuel Macron. L'attachement de la France aux traités est réaffirmé. Sans vouloir faire d'amalgame et reprendre la terminologie simpliste qui impose les pro- et anti-système, il est clair que pour les partis de gouvernement européens, fidèles à la construction européenne et à ses astreintes, le couperet n'est pas passé loin. Le club des dirigeants qui présidera aux destinées du projet européen aura sauvé son entre-soi mais fera figure de club de rescapés en sursis. Et l'on peut se dire que ce sentiment de dernière chance traversera bien des grandes capitales européennes.

Pour que l'Europe fonctionne, il faut trois conditions

Mais au-delà des bonnes intentions il faut regarder les choses telles qu'elles sont. L'idée est toujours la même. Pour que l'Europe fonctionne et stoppe le mouvement de divergence qui mine son unité, il lui faut, premièrement, un vrai budget européen, ou a minima, une instance capable, autour de grands projets, de lever de la dette, des eurobonds, et d'opérer des transferts vers les régions qui décrochent. Capable aussi d'appuyer l'action contra-cyclique de la banque centrale. C'est la seule façon pour faire en sorte que les excédents d'épargne hyper-concentrés sur l'Allemagne et les Pays-Bas soient recyclés vers la périphérie de façon efficace. C'est la condition sine qua non pour que les ajustements nécessaires des pays périphériques, autrement dit les politiques de rigueur, ne s'empilent pas au détriment de l'activité et de l'emploi de toute la zone. 
Deuxième condition, face à des gouvernements élus dont la base électorale tend à devenir minoritaire, il faut urgemment que l'Europe renforce sa légitimité démocratique.

Troisième condition, il faut faire une trêve dans la concurrence fiscale.

Emmanuel Macron est en ligne avec ces réformes

Lorsqu'Emmanuel Macron plaide en faveur d'un ministre des finances européen, d'un renforcement des pouvoirs du parlement,  de "conventions démocratiques" dans chaque Etat de l'Union européenne, destinées à faire émerger des feuilles de route sur des grands projets, à géométrie variable (partisan d'une intégration différentiée) ; lorsqu'il plaide en faveur d'une relance de toute la zone euro par des investissements ; lorsqu'il propose un contrôle des investissements étrangers sur le continent dans les secteurs stratégiques, ainsi que des mesures anti-dumping au sein de l'UE, il est bien en ligne avec les trois nécessités que j'ai énoncées plus haut. Celle des transferts, de la démocratie, de la pacification de la concurrence.

Rien d'étonnant d'ailleurs, car cela fait longtemps que ces trois éléments rallient les europhiles partisans de la méthode des petits pas.

Mais sa méthode pour les mettre en œuvre est contestable

Et c'est peut-être cela qui inquiète. Pourquoi ce qui ne s'est pas fait jusqu'ici se ferait maintenant ? Le sésame serait, selon Emmanuel Macron, le leadership retrouvé de la France grâce aux gages qu'elle offrirait en matière de réformes.

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C'est un peu mince, avouons-le. Car la réforme européenne ne peut être conçue comme les bons points que l'on octroierait aux bons élèves. La réalité est plus sombre et plus têtue. Ce qui mine aujourd'hui le projet européen, c'est la divergence des intérêts. Et elle est profonde.

La France tend à oublier souvent que pour la moitié des pays européens, l'Europe telle qu'elle fonctionne aujourd'hui constitue un jeu gagnant. Pour toute une partie du cœur de l'Europe, le fonctionnement actuel des institutions constitue un bon compromis. Et lorsque ce compromis est contesté, c'est d'abord la liberté de mouvement des hommes qui est au cœur des préoccupations. Difficile de croire, alors, que les lignes puissent bouger sans que la France ne fasse usage du principal argument dont elle dispose : sa capacité de nuire.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

Olivier Passet, Xerfi

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