Et maintenant, Emmanuel Macron est seul

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(Crédits : Reuters)
OPINION. Après le Grand Débat National, quels enseignements peut-on en tirer ? Par Jean-Christophe Gallien, professeur associé à l'Université de Paris 1-Panthéon Sorbonne, président de j c g a.

De 1,5 à 2 millions de personnes ont participé au Grand Débat National. Un vrai succès populaire pour une initiative démocratique inédite en France et ailleurs. Très au-delà du Macron Tour et de son road show qui a suscité de nombreuses accusations en communication personnelle et électorale détournée, Emmanuel Macron peut être satisfait d'un processus contradictoire et multiforme qu'il a voulu et qui s'est déroulé de manière plutôt fluide. Certains diront de manière trop policée, certains sujets « clivants » comme l'immigration furent sinon délaissés, peu discutés.

Un succès qui cache la faible attractivité du processus participatif

Premier enseignement, le nombre de participants au Grand Débat est loin des 47 millions d'électeurs inscrits en France et même des 37 millions d'entre eux qui ont voté à la présidentielle.

Réussi dans une dimension géographique sans précédent, l'exercice de la très tendance démocratie participative ne mobilise en réalité qu'une faible partie des citoyens français. La fin du désormais célèbre RIC ?

Pas de « Gilets jaunes » dans le Grand Débat

Comme on pouvait l'imaginer en amont, la très grande majorité des participants au mouvement des « Gilets jaunes », probablement aussi leurs soutiens passifs, n'ont pas rejoint la plateforme officielle et gouvernementale. Ils sont restés fidèles à leur propre dispositif, qualifié de « vrai débat » et à leurs échanges informels entamés depuis de nombreuses semaines. La France des ronds-points ne s'est pas mélangée avec celle des salles de réunions. Elle semble poursuivre sa trajectoire.

Les retraités stars des 2 plateformes

Autre grande révélation de cette incroyable période, au cœur de cette compétition populaire entre les 2 plateformes, une population est devenue incroyablement centrale dans l'exercice démocratique de notre pays : les retraités. Dans les 10 000 réunions et 16 000 cahiers citoyens du Grand Débat National, l'âge moyen était de 60 ans selon une étude du CEVIPOF. La proportion de retraités était donc forte. Des retraités plutôt plus aisés que ceux qui parmi les « Gilets jaunes », retraités modestes et pauvres étaient depuis novembre très nombreux aussi dans la rue comme sur les ronds-points.

Une France qui demeure multi-fracturée

 Et maintenant ? La séquence du Grand Débat s'achève. Place aux conclusions et aux propositions. Emmanuel Macron, qui vient de s'isoler dangereusement, mais à juste titre - lire notre analyse dans ces colonnes « Brexit : pas de report et bye-bye UK » -, sur la scène européenne, doit éviter de le faire sur le plan national. Il s'agit d'ouvrir positivement une nouvelle séquence politique qui s'annonce périlleuse et pas seulement parce qu'elle entre en collision avec la campagne des européennes.

S'il dit avec justesse, en le découvrant, le réel que tous les acteurs de l'espace public connaissent depuis longtemps : « l'individualisme des citoyens » et la difficulté voire l'impossibilité d'écrire « un projet collectif ». On attend Emmanuel Macron désormais sur sa capacité d'inventer une véritable ambition nationale collective et un projet concret à partir de la constellation des contestations et de propositions individuelles de la seule plateforme qu'il a crée. Il ne pouvait en être autrement. La France est tristement multi-fracturée. Elle l'était bien avant l'émergence de l'insurrection des « Gilets jaunes ». Bien avant l'arrivée au pouvoir du héro de la République en Marche. Emmanuel Macron le répète depuis la mi-janvier : « ni reniement ni entêtement » ! Pour que l'après-débat ne ressemble pas à l'avant-débat en pire, il va devoir proposer un acte fondateur et spectaculaire pour tenter de réconcilier une partie des Français qui sont entrés en sécession. Mission impossible ?

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Par Jean-Christophe Gallien
Politologue et communicant
Président de j c g a
Enseignant à l'Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

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Commentaires
a écrit le 15/04/2019 à 16:59 :
Il va le faire : c'est pour ça qu'il a été élu, avec une vraie majorité au Parlement.
De toutes façons, on n'a pas le choix.
Et il faudra qu'on lâche tous quelque chose pour que ça marche.
Ce n'est pas les râleurs de tous poils qui ont la solution, c'est sûr.
a écrit le 15/04/2019 à 15:00 :
Je crois que très simplement on va découvrir l'impossibilité de faire plaisir à tous (que nos politiques sont "naïfs"...), et qu'il va falloir faire ce que dicte la raison (et la simple arithmétique). A défaut, M.Macron perdra aussi le soutien de ceux qui savent compter (25% de nos concitoyens?). Nous attendons un choc salutaire et un bon coup de pied dans la fourmilière de nos amis fonctionnaires pour reconstruire, enfin, un état simplifié et efficace..
a écrit le 15/04/2019 à 8:45 :
Vraiment seul? Avec une large majorité au Parlement? Ce plumitif à une vision étrange de la démocratie.
Pourquoi ne s'interroge t il pas sur la nature des gilets jaunes? Étrange ce mouvement qui épargne dans ses revendications le Medef et la question du chômage! On vandalisent Fauchon et on épargne le siège du Medef. Pa étrange ç ça?
a écrit le 15/04/2019 à 2:55 :
Gallien, thuriferaire de son maitre bien aime.
Article affligeant.
a écrit le 14/04/2019 à 19:58 :
Macron & Co vont essayer de rebondir sur une partie des contributions, celle qui va dans le sens de leur politique, i.e. désastreuse pour le pays et la plupart de ses citoyens.
Il est en train de préparer une révolution culturelle, mais qui ne va pas finir comme celle de Mao, je pense plutôt à celle de 89 (d'il y a plus de 2 siècles).
a écrit le 14/04/2019 à 16:03 :
Non mais je rêve là... Gigi en redemande...
Quand est ce qu'on arrête tout çà
Marre de ces vendus qui ne pensent qu'à tirer ce qu'ils peuvent de la bête
Regardez ce qu'ils ont fait de la France (Les dirigeants économiques, et leurs sbires les politiciens, Macron..."encore mieux que les autres")
Ils n'en ont jamais assez
Ils ne pensent qu'à leur profit immédiat
Ils ruinent le pays
Ca suffit
Il faut sortir de tout ça, restaurer le pays, son économie, sa culture, sa solidarité (je ne parle pas là du biberonnage des parasites...)
Pour l'heure, c'est un cauchemar, et aucune issue en vue
a écrit le 14/04/2019 à 12:47 :
Vive MACRON Vive l'EUROPE et Vive laFRANCE . MERCI de nous avoir réveillés SURTOUT ses politiques endormis dans leurs conforts depuis mon 1er vote 1978 avec 28 ans de Mitterrand et Chirac!!! 28 ans où la france à oublier d'avancer dans les réformes par "trouille de perdre sa place" . Que l'EUROPE est restée trop lontemps sur ses acquis et a oublié de grandir forte au grand bonheur des Nations Unies et de l'Asie . Et on oubli HOLLANDE lui cest 'je vous plantes et je me tire". Alors excusé du peu mais quand je vois le Président de le france Mr MACRON SE BOUGER pour ecouter les français et se battre pour L'EUROPE et avec difficulté pour l'écologie en sachant derrière les politiciens bien intentionnés se feront un malin plaisir à le descendre . Alors le grand debat SUPER . PARIS ne c'est pas construit en 1 jour ! J'ai confiance en notre président et son gouvernement pour les réponses au grand débat et aux réformes sans oublier le vote pour les Européennes et qu'ils leurs restent 3 ans avant les présidentielles.
Réponse de le 14/04/2019 à 20:41 :
lol
Il n’y a rien d’autre à dire à un commentaire pareil. Ça sent même le troll à plein nez...
Réponse de le 15/04/2019 à 2:52 :
Au fou......
a écrit le 14/04/2019 à 11:22 :
Les retraités stars du grand débat?
Savez-vous que LREM a racolé toutes les maisons de retraite pour faire du chiffre, celle de Villeneuve Saint Georges par exemple a eu trois réunions (obligatoires) soit environ 300 participants d'office.
a écrit le 14/04/2019 à 9:48 :
"Et maintenant, Emmanuel Macron est seul"


Ils disent avoir quitté leurs fonctions à l’Élysée parce que leur livre (« Le progrès ne tombe pas du ciel », aux éditions Fayard) sortait et pour retrouver leur liberté de parole.
Le 27 mars dernier, les deux conseillers d’Emmanuel Macron, David Amiel et Ismaël Emelien, ont quitté le palais présidentiel pour mener tambour battant la promotion de cet ouvrage, conçu comme un « manifeste » sur le progressisme, et un « appel à l’engagement ». Mais en près de trois semaines, celui des lecteurs n’est pas au rendez-vous : l’ouvrage s’est écoulé à un peu moins de 3 700 exemplaires.
a écrit le 14/04/2019 à 8:25 :
M. Gallien se pose en héraut du macronisme. Soit. A défaut d'espérer d'un Sorbonagre qu'il respecte encore sa langue, on pourrait attendre d'un idolâtre qu'il flatte correctement son "héros".
a écrit le 14/04/2019 à 7:23 :
Vous dites vous même que les participants au grand débat n'étaient pas des gilets jaunes. Donc pourquoi en venir à la conclusion que le R.I.C ne fonctionnerait pas ?
De plus selon les sondages, il est voulut par 73 % des français.
a écrit le 13/04/2019 à 21:27 :
Les lecteurs des analyses de l’UPR comprennent parfaitement pourquoi M. Le Maire a tout de suite mis le holà et dès premier jour "en évitant de ..détricoter les acquis"!.: « grand débat » ou pas, il est hors de question de rétablir l’ISF ou de relever le taux de l’IS puisque la suppression de l’un et la baisse de l’autre ont été décidées pour satisfaire aux exigences de la Commission européenne dans le cadre des rapports des Grandes Orientations des Politiques Économiques (GOPÉ).

Le ministre s’est évidemment bien gardé d’expliquer aux auditeurs d’Europe 1 le rôle décisif de l’UE en la matière. Les journalistes aussi.

Mais alors ? Si le « grand débat » se voit interdire d’emblée le droit de proposer le rétablissement de l’ISF et la hausse de l’IS, on imagine sans peine ce qu’il va advenir de réformes bien plus importantes !

Quel que soit l’artifice de présentation employé, le « grand débat » ne conduira évidemment pas à un référendum sur le Frexit, ou à une sortie de l’euro, ou à une sortie de l’OTAN. Le « grand débat » n’aura pas davantage le droit de créer un RIC permettant de révoquer le président de la République ou les ministres, ou de conduire des réformes constitutionnelles, ou d’abolir une loi, ou de proposer une loi (sauf peut-être dans des domaines très marginaux).

En bref, le « grand débat » n’est lancé que dans le seul objectif manipulatoire de noyer le poisson, de lasser les Gilets jaunes par des parlottes sans fin, et d’esquiver le VRAI débat qui doit avoir lieu sur notre appartenance à l’UE et à l’euro lors des européennes.

Au total, le « grand débat » sera orienté pour que la montagne accouche d’une souris. Et la souris devra être parfaitement européiste et macron-compatible : par exemple, la diminution du nombre de parlementaires ou la suppression de quelques départements.
Réponse de le 14/04/2019 à 20:47 :
Tout à fait d’accord avec vous !

J’ajouterais que le « grand débat » n’était qu’une mascarade, voire davantage un monologue et ne répondait aucunement aux attentes exprimées par les GJ.
Le problème auquel nous sommes confrontés c’est l’euro, l’Europe anti-démocratique et notre vassalité atlantiste qui nous pousse à l’affrontement avec des pays qui n’ont rien demandé (Russie notamment).

Bref, retrouvons une France neutre, indépendante et ouverte sur le monde entier.
a écrit le 13/04/2019 à 17:13 :
Le seul point correct est le titre. Le reste c du blabla lavage de cerveau pour masqué la médiocrité du grand débat et de l'article, l'essentiel dans cet article le nombre de lecteurs et le pognon que latribune touche pour avoir publié cet article. Payé par macron donc des contribuables pour de fausses informations. Bien joué.!! Maintenant on sais qu'il faut plus lire les article de latribune, direct poubelle
a écrit le 13/04/2019 à 13:39 :
Premières lignes... première erreur: "Un vrai succès populaire pour une initiative démocratique inédite en France et ailleurs"
Où avez vous vu que c'était une initiative démocratique?
Tout le reste du texte découle de cette phrase et amène a de fausse conclusion!
La véritable raison en est de remettre en cause le désir de R.I.C. et donc de la démocratie... qui ne "fracture" pas!
a écrit le 13/04/2019 à 13:32 :
Curieux comme l'auteur de l'article inverse le raisonnement... Comme le RIC n'apparaît pas dans le grand débat sa déduction est que le RIC est en voie de disparition des revendications..
Alors que c est justement le contraire et que le RIC est essentiel pour les GJ et qu'il n'a pas été abordé qu'ils sont absents...
Ce mode de raisonnement totalement orienté est scandaleux lorsque fait par un universitaire ... je le sais étant universitaire moi même... Courage ne nous laissons pas abuser par cette désinformation
a écrit le 13/04/2019 à 13:31 :
Que de conneries dans ce billet...
Il n'y a pas eu 1.5 a 2 millions de participants... Ce chiffre correspond au nombre de contributions, i.e. le nombre de questions (fermées ou ouvertes) auxquelles les gens ont répondu. Sachant qu'une participation en ligne sur 1 thème mène a environ 20 question + champs d'expression libre.
En réalité les dernières analyses du Monde donnent qu'il y a à peine plus de 200 000 participants uniques... (500k recensées mais pour la plupart des doublons et copiés/collés ridicules ou encore des réponses de moins de 10 mots).

Deuxièmement, la seconde assertion sur les cahiers de doléance est forcément mensongère, et pour preuve, l'Institut chargé du référencement et de l'enregistrement (pour être pris en compte...) Des cahiers de doléances et autres participations locales n'a pu numériser que LA MOITIÉ des contributions..!! De fait on a donc aucun chiffre ni aucune information représentative sur cet échantillon dont on ne connaît que la moitié des données...

Bref, vous ne faites que servir la soupe au discours présidentiel, alors que ce qui se passe réellement, c'est que les Français ne sont pas aussi con qu'on veut leur faire croire et ce Grand Débat n'a été qu'une vaste mascarade sans aucune volonté d'aboutissement (c.f. discours du premier ministre d'un vide sidéral de propositions...) et donc les gens n'ont pas voulu être une caution au pouvoir en y participant... Ce qui n'a pas empêché a Macron et vous même de faire le glissement entre le nombre de participants et le nombre de contributions pour gonfler les chiffres...
a écrit le 13/04/2019 à 11:41 :
Bravo Macron, il faut continuer a réformer, on veut moins de 5 % de chômeurs en France !
a écrit le 13/04/2019 à 11:10 :
Bonjour,

Malgré un titre alléchant, l'article est de piètre qualité. Relayant des vérités mainstream, votre article effleure la réalité. De nombreux gilet jaune ont participé au grand débat, mes amis et moi en faisant. Nous n'avons vu aucun journaliste ou bourgeois. Le peuple se saisit des petites occasions de s'exprimer et c'est les nantis qui asphyxie notre démocratie. Si vous ne voyez pas le projet commun que beaucoup de Français inventent c'est que vous êtes ni un bon citoyen ni un bon journaliste.
Réponse de le 13/04/2019 à 13:26 :
Pas d'accord, les gj n'étaient pas assez stupides pour croire aux sornettes de macron. Les retraites bobos sans activité étaient présents, c'est la France conservatrice, aveugle et sourde qui nous mène dans le mur, la macronie bon chic bon genre
a écrit le 13/04/2019 à 10:25 :
"Mission impossible ?"

Quand on ne veut pas on ne peut pas, maintenant j'avoue que c'est pas facile avec notre président de savoir ce qu'il veut, ce qu'il ne veut pas, ce qu'il peut, ce qu'il ne peut pas, ce qu'il pense ce qu'il ne pense pas.

On aimerait le voir réfléchir un peu par lui même déjà en arrêtant de suivre à la lettre la feuille de route des marchés financiers pour savoir ce qu'il vaut vraiment car pour l'instant à part l'image d'une marionnette désarticulée... d'ailleurs il fait même un peu pitié.

Plus il va loin dans la servilité envers les financiers et plus il fait de la peine à voir, c'est particulier quand même ce cas là.
a écrit le 13/04/2019 à 10:17 :
Roxetta, roxetta,
a écrit le 13/04/2019 à 9:17 :
"Un acte fondateur" ? Qu'il prenne enfin en compte les vraies revendications des Français (pouvoir d'achat, fiscalité, 80, santé,...) et qu'il prenne aussi des mesures fortes pour les protéger de l'immigration incontrôlée, de l'insécurité croissante (voir les dernières stats des délits) et reconquérir les trop nombreuses zones de non-droit. Et qu'il cesse ses grands discours mondialistes

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