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Fake news ≠ false news

Charles Cuvelliez, Université libre de Bruxelles

Publié le 27 octobre 2018 à 06:16

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Une fake news n'est pas (forcément) une fausse information. Une fake news peut-être orientée avec certains éléments mis en avant au détriment d'autres, pour appuyer l'objectif de celui qui la diffuse, et les formes qu'elle revêt sont multiples au point, parfois, de parvenir à pénétrer les médias traditionnels. Et à l'heure où les limites du fact-checking se font cruellement sentir, la frontière entre fake news et information biaisée n'a jamais été aussi poreuse. Par Charles Cuvelliez*.

Qui a raison entre la Commission européenne, qui croit à la méthode douce pour mettre fin au fake news via l'autorégulation à travers un code de conduite que les principaux réseaux sociaux viennent de lui remettre, et des pays comme la France qui prône la méthode forte, une loi ? Ni l'un ni l'autre. La Commission perdure dans sa méthode douce car la solution forte, une directive qui impose le retrait des fake news, cela revient à établir un ministère de la vérité.

Des hébergeurs passifs

Mais l'autorégulation ne donnera pas de meilleurs résultats : le code de conduite des réseaux sociaux en question est sans approche commune, sans engagements clairs ni outils de conformité, bref, sans moyen d'en mesurer l'efficacité. C'est logique : leur demander volontairement de s'occuper du contenu qu'ils hébergent, c'est leur demander d'abandonner leur statut d'hébergeur passif, en rien responsable de ce qui se trouve sur leurs infrastructures. Cela les a bien arrangés pour toute une série d'autres contenus, comme celui soumis au droit d'auteur dont il ne pouvaient être tenus responsables pendant que leurs réseaux gagnaient forcément en intérêt.

Là aussi, la Commission a espéré une autodiscipline du secteur sans succès et elle a dégainé la directive sur le droit d'auteur qui a donné lieu à un lobby inouï des acteurs de l'Internet. Ils n'ont d'ailleurs pas été en reste pour diffuser des informations proches d'un statut de fake news. Quant au contenu incitant à la haine ou faisant l'apologie du terrorisme, là aussi facile à repérer, c'est encore une fois la voie législative dure que la Commission s'est résolue à appliquer. Alors pourquoi en serait-il autrement pour les fake news, qui complètent la trilogie des contenus problématiques, pas nets, sur Internet ?

Les fakes news sont polymorphes

Une solution légale, quant à elle, part du principe que les fake news, c'est une question de blanc ou noir. Une news est fake ou ne l'est pas. C'est là le noeud du problème : les fake news sont protéiformes. Une fake news n'est pas (forcément) une false news. Cela peut être une nouvelle présentée avec un agenda caché, dont certains caractères sont mis en avant au détriment d'autres pour appuyer un objectif de celui qui la diffuse. Une fake news peut tout simplement être trompeuse, peut être présentée dans un but de manipuler, elle peut causer un préjudice public. Les fake news ne sont pas l'apanage d'Internet. Elles existent aussi dans les médias traditionnels qui croient bien faire.

Lors de la campagne du Brexit, la très respectable BBC, pensant bien faire, a consacré 50% du temps d'antenne aux économistes pro-Brexit et 50% aux anti-Brexit sauf que 90 % des économistes s'accordaient pour être contre le Brexit. Les 10% restants, un peu charlatans, ont pu s'en donner à cœur joie. La corrélation entre les votes républicains et Fox News n'est plus à démontrer : on ne peut soupçonner pourtant Fox News de diffuser des false news, juste des news orientées comme il faut au point de mériter l'appellation "fake news" dans le sens plus général du terme. Tout le monde se souvient de l'acharnement de la presse à couvrir les emails d'Hillary Clinton lors de la campagne présidentielle américaine et le peu d'intérêt sur les affres passées de Donald Trump.

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Les fake news ne sont que la version modernisée de la propagande et ce sont curieusement un peu toujours les mêmes pays qui la cultivent, la Russie en tête, avec les mêmes motifs que du temps de l'Union Soviétique : amener le chaos, le désordre, exporter leur révolution. Ce ne sont plus les partis communistes qu'ils soutiennent dans la foulée mais d'autres extrêmes, les partis d'extrême droite. Tout comme au temps de la guerre froide, les pays occidentaux étaient démunis devant la propagande soviétique, ils le restent face aux fake news. A l'époque, on y résistait grâce à l'esprit critique, l'éducation, la vérification des sources : l'agenda caché nous apparaissait clairement.

Les limites du fact-checking

Dans ces années-là, on n'a jamais prétendu pouvoir éradiquer la propagande. Une même posture, humble, pour les fake news nous aiderait à virer notre cuti. En ce sens, les idées de la Commission ne sont pas inintéressantes. La propagande durant la guerre froide était finalement diluée dans un flux de nouvelles objectives aux mains de medias traditionnels et professionnels. C'est ce que propose la Commission : diluons les fake news en promouvant les nouvelles objectives, vraies, vérifiées. Étiquetons les news qui ont un agenda caché, qui ont un but de manipulation. Ce sont aussi des fake news au sens large du terme.

Mais aujourd'hui les médias traditionnels n'ont pas les moyens d'internet, ils n'ont plus le temps de faire du fact-checking et quand ils le font, l'impact est limité puisque à l'époque tout le monde lisait le journal. Aujourd'hui, non. Seuls les lecteurs de ces journaux auront accès à ce fact-checking. Ce ne sont pas ceux-là qui rediffusent les fake news des fermes à trolls russes. Le pire reste à venir pour les fake news si on n'y prend garde : a-t-on déjà réalisé qu'elles ne concernent que le contenu textuel. Les progrès dans la manipulation vidéo vont bientôt permettre de diffuser des clips, des interviews au cours desquels on prêtera des paroles aux hommes politiques et aux leaders de ce monde, des paroles qu'ils n'ont jamais tenues.

(*) Charles Cuvelliez, Université libre de Bruxelles (professeur visiteur), École Polytechnique de Bruxelles.

Charles Cuvelliez, Université libre de Bruxelles

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