France-Allemagne : le match démographique

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, le match démographique France-Allemagne

Elu à 39 ans, Emmanuel Macron est devenu le plus jeune président de la République. Dans l'histoire française, Louis Napoléon Bonaparte, désigné en 1848 à l'âge de 40 ans, le talonne. Et sous la Vème République, Valéry Giscard d'Estaing était jusque-là le benjamin.

La France, une démographie plus dynamique que l'Allemagne

Le nouveau président devient aussi l'un des plus jeunes chefs d'Etat du monde. En Europe, parmi les dirigeants de nos plus proches voisins (Royaume-Uni, Espagne, Italie Allemagne), tous ont 60 ans ou plus, Angela Merkel fermant la marche. Un gap générationnel à la tête de l'Etat, qui surligne incidemment l'écart démographique entre les deux principales puissances de l'UE.

Ce qui est plutôt de bon augure : avec un taux de fécondité de 2 en moyenne sur les 5 dernières années, la France renouvelle en effet peu ou prou ses générations. Ce n'est pas le cas de l'Allemagne qui reste bloquée à 1,44.

L'avancée de l'âge médian, cet indicateur qui divise la population en deux groupes égaux (la moitié plus jeune, l'autre moitié plus âgée), a progressé de 3,5 ans entre 2006 et 2016 en Allemagne pour monter à près de 46 ans. La hausse a été bien moins marquée en France où l'âge médian dépasse à peine les 41 ans, soit un écart de plus de 4 ans et demi entre les deux pays.

Enfin, la part des jeunes de moins de 15 ans dans le total de la population est de 18,5% en France contre 13,2 en Allemagne, soit une différence de 5,3 points. Si avec tout ça la France ne dispose pas d'un sérieux atout alors c'est à n'y rien comprendre.

La retraite des baby-boomers, une bombe sociale

Et c'est tout le paradoxe. Car cette réalité - la France est l'un des pays les plus jeunes dans une vielle Europe - en cache une autre totalement occultée dans le débat public : la France souffre d'un problème de dépendance globalement plus intense que l'Allemagne.

Il y a d'abord l'explosion du nombre de baby-boomers en âge de prendre leur retraite. On compte aujourd'hui à peine trois cotisants potentiels (les personnes en âge de travailler, plus précisément les 20-64 ans) pour un retraité potentiel (les personnes âgées de 65 ans ou plus) aujourd'hui, contre 3,6 il y a à peine 10 ans. Outre l'augmentation rapide du nombre de retraités, la population en âge de travailler recule depuis 2011, sous l'impact surtout du net fléchissement des 55-64 ans, conséquence de la chute de la natalité dans les années 50.

C'est l'Allemagne qui tire actuellement avantage de sa démographie

Bien entendu, l'équation des retraites est aussi redoutable à résoudre de l'autre côté du Rhin. Mais le choc est intervenu plus tôt et l'écart entre les deux pays n'a finalement jamais été aussi faible. Si on regarde les jeunes dépendants maintenant, le problème apparaît en réalité bien plus aigu de en France : on compte 2,3 personnes en âge de travailler pour 1 jeune de moins de 20 ans en France, au lieu de 3,3 en Allemagne.

Ce qui a bien sûr des répercussions sur les équilibres budgétaires : la politique familiale, de la petite enfance, l'éducation, sont des postes plus difficiles à ajuster en France. Au total, on se retrouve donc avec un ratio de dépendance des inactifs potentiels (les moins de 20 ans et les plus de 65 ans) sur la population en âge de les subventionner, plus faible en France : 1,4 contre 1,6 en Allemagne. Pour être très clair, c'est l'Allemagne qui tire actuellement avantage de sa démographie, pas nous !

Bien entendu ce n'est qu'une photo à l'instant T, et d'après les projections d'Eurostat, dans un peu moins de 40 ans, la France reprendra l'avantage. Emmanuel Macron aura alors... 79 ans.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 05/06/2017 à 7:35 :
Les économistes français commettent deux erreurs fondamentales; d'abord en négligeant le role des gains de productivité qui permettent de produire plus pour le même temps de travail; ensuite, de s'obstiner à financer le chomage et les retraites par des prélèvements sur les salaires des entreprises. Il faut mettre en place une taxe sur l'énergie pour financer les charges sociales, comme le prévoit la note n°6 du CAE. Qui le comprendra?
Réponse de le 05/06/2017 à 14:28 :
Attention; le principe de la "répartition" des retraites concerne la répartition des ressources alimentant les caisses de retraites suivant le temps de travail. Mais ces ressources doivent correspondre à l'ensemble des richesses "produites". C'est compliqué à exprimer, mais nous faisons une erreur dans notre conception du principe de la répartition. C'est la cause de tous nos ennuis en matière d'économie. Qui pourra le comprendre?
a écrit le 31/05/2017 à 14:34 :
en décembre 2014, Olaf Gersemann disait (Biblios.nouvelobs.com) : "En 2035, nos derniers baby-boomers auront arrêté de travailler ; tous ceux qui devront financer leur retraite sont déjà nés, et ils sont trop peu nombreux. Il y a quinze ans, nous aurions encore pu infléchir la tendance. Aujourd’hui, c’est trop tard: ceux qui peuvent encore avoir des enfants appartiennent déjà à des générations moins nombreuses que les précédentes".
et en mars 2015 (Constructif.fr) : "En fait, la démographie allemande bénéficie actuellement d'une sorte d'anticyclone car la population jeune a déjà amorcé son déclin, alors que celle des seniors n'a pas encore augmenté. Le coût de la protection sociale allemande est donc plus bas aujourd'hui qu'il y a dix ou vingt ans. Autrement dit, les budgets publics allemands actuels semblent plus sains qu'ils ne le sont réellement. L'anticyclone sera bientôt suivi d'une dépression, qui va s'installer".

son analyse sur la situation allemande est intéressante : http://bibliobs.nouvelobs.com/en-partenariat-avec-books/20141205.OBS7147/l-allemagne-est-un-geant-de-pacotille.html
a écrit le 31/05/2017 à 14:19 :
Plusieurs chiffres de l'INSEE ne sont pas sans posés de questions.
En 2015, le solde migratoire des immigrés (ceux qui arrivent moins ceux qui repartent) s'est élevé à 174 000. 3/4 des nouveaux venus étaient non-européens

La même année, en France, il y a eu 239 000 naissances où au moins un des parents n'est pas né en France parmi lesquelles on comptait 209 000 naissances où au moins un des parents n'est pas né en Europe.
Réponse de le 31/05/2017 à 15:05 :
étude INSEE, 11/2014 : flux annuel d'immigrés représente 0,3% de la population contre 0,6% de moyenne pour l'OCDE ; une immigration de plus en plus européenne (près de 50% ; portugais/britanniques/espagnols/italiens/allemands représentent la majorité des immigrés européens) et des arrivants de plus en plus diplômés.
Eurostat : 36% des personnes arrivées en France en 2015 étaient françaises, 25% nées en France (http://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php/Migration_and_migrant_population_statistics). chiffres assez supérieurs aux stats similaires pour UK/Germanie/Pays-Bas/Suède ou Suisse.
Réponse de le 31/05/2017 à 16:56 :
@ gfx

A bout de plusieurs années, cela donne un total de 13,5 millions de personnes comme l'explique la démographe Michèle Tribalat.

Michèle Tribalat : "Si l’on ajoute les deux générations (immigrés et enfants d’immigés), cela donne un total de 13,5 millions, soit 20,4 % de la population. On a donc un peu plus d’un habitant sur cinq d’origine étrangère sur deux générations en 2015. "

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