L'absence assourdissante des jeunes du débat social

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, l'absence assourdissante des jeunes du débat social.

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Cela a été dit, redit. Le mouvement des gilets jaunes est protéiforme. Il agrège les insatisfactions, les colères d'une époque. Il n'a pas de tête et peu de représentation fédératrice. Cela n'interdit pas de développer des analyses transversales autour de l'identité du mouvement : la défiance à l'égard des élites, la marginalisation d'une France périphérique vis-à-vis du processus de décision démocratique, et la question bien concrète des fins de mois, qui renvoie à toutes les formes de précarisation et de fragmentation du travail et leurs effets collatéraux sur la retraite.

Coupure avec la jeunesse

Une autre façon d'identifier le mouvement, c'est de s'interroger sur ce qu'il n'est pas. Il n'est pas un mouvement anti-patronal, on l'a déjà dit. C'est l'État et l'exception parisienne qui sont interpellés au premier chef. La question du chômage, de l'insertion, est peu présente également. Comme si l'exclusion par le travail devenait une fatalité. Et autre caractéristique, il n'a pas embarqué les jeunes dans son sillage. Comme si le mouvement avait vocation à demeurer un règlement de compte rétroactif sur les mécomptes de la mondialisation, plutôt que de porter les aspirations d'un véritable projet de société tourné vers le futur.

C'est aussi ce qui marque les limites du mouvement aujourd'hui, contrairement à d'autres, il n'a pas su catalyser la jeunesse, de l'école à l'université, déclenchant la peur du politique face à un grand embrasement de type 68. Et le resserrement du mouvement aujourd'hui sur sa composante la plus activiste, peut donner le sentiment d'une fin proche ponctuée de derniers barouds.

Fracture générationnelle

À cela près que cette coupure avec la jeunesse surligne une autre faille de la société française. La fracture générationnelle, qui renvoie les plus jeunes à leur position d'outsiders, dont la voix inaudible est submergée par celle des plus matures. Les plus matures qui envahissent le débat public avec leurs problèmes légitimes de retraite, de paie, d'éloignement des administrations, de déserts médicaux, leur complainte fiscale... Leur abord inquiet des migrations, du multiculturalisme et leurs frustrations d'anciens enfants d'une société de consommation qui n'a pas tenu ses promesses.

Tout ce bruit et cette fureur a englouti ce qui est au cœur des préoccupations des plus jeunes. La question de la planète que leurs ainés leur lèguent en héritage. Les questions d'insertion, de chômage. Entre ceux qui placent au premier plan les questions du lien social, et du lien à l'environnement et ceux qui se crispent sur le partage des fruits d'une croissance fatiguée, la jonction est impossible. D'abord parce qu'aucun cadre de pensée ne parvient aujourd'hui à conjuguer ces deux dimensions. Ensuite parce que la seconde problématique est portée par le plus grand nombre et que la dynamique démographique joue à leur avantage, submergeant la première.

La grande agrégation tant crainte avec les jeunes ne s'est donc pas produite. La colère pour l'heure est chez les plus matures et les calculs d'apothicaires politiques leur sont tout entier dédiés. Mais dans ce monde business as ususal, il se pourrait bien qu'à trop durer, l'accaparement du débat finisse par faire changer la colère de camp. Et que la conflagration jeune soit la réponse et la suite à la surdité jaune.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 06/04/2019 à 13:28 :
les jeunes sont absents du débat social tout simplement à cause de leur manque d'intérêt pour "entrer" dans la vie active . les entreprises les trouvent généralement insuffisamment formés et peu motivés , et eux mêmes n'ont pas envie d'aliéner une grande liberté personnelle contre une faible rémunération .
En plus , la société française actuelle ne leur donne ni la perspective ni l'envie d'un futur meilleur , tant elle est fragmentée en communautarismes divers antagonistes .
cette situation est pourtant dangereuse car au bout du compte elle pourrait déboucher sur des situations de violence difficilement maitrisables .
les politiques doivent s'impliquer davantage à l'insertion des jeunes dans la société .
a écrit le 05/04/2019 à 11:20 :
Avec la fermeture des maternités, l'absence assourdissante des jeunes du débat social n'est pas étonnante et le seras de moins en moins, largement remplacer par l'immigration et le communautarisme! Et..., je ne suis pas hors sujet!
Réponse de le 06/04/2019 à 8:47 :
plus vous fermez de maternités moins il y a de naissances (comme les gestionnaires Sécu qui se sont dit que fermer des lits rendrait les gens moins malades car l'offre ne serait pas là (les lits appellent les malades c'est bien connu), raté, ça sur-sature).
L'ennui de tout concentrer en unités de haute efficacité, haute sureté médicale est que ça éloigne, parait que pour faciliter les choses, la chambre d’hôtel à proximité de la maternité la veille d'un accouchement peut être prise en charge par la Sécu, vu l'éloignement (2h de route par ex), sauf que ça ne s'organise pas de façon aussi "carrée". Je suggère un hôpital par département, simplification.
Réponse de le 06/04/2019 à 11:42 :
Ce n’est pas parce que les maternités ferment qu’il y a «  moins de naissance »

Ce c’est encore «  des sujets d’intox » pour augmenter la «  peur »

Comme font la majorité des «  dictatures «  dans le monde ...

Si la femme s’individualise , se dit qu’elle est égale de l’homme , pourquoi elle ne devrait pas avoir le «  droit de choisir d’enfanter ou pas «  dans un monde comme celui- ci ?

C’est vrai que là où il y a la précarité , l’obscurantisme, les femmes sont des outils à procréer «  sans avoir d’identité et de vie à elle ou même le droit de penser autrement que la pression sociale qui les étouffent depuis 4000 ans d’histoire des hommes « 

L’immigration, l’état l’a dit : c’est du cas par cas : vous savez pas lire ?

J’ai pas «  peur «  ni des sujets ni des hors sujets ...
Réponse de le 06/04/2019 à 14:45 :
Merci pour votre interprétation! Ne faites pas dire ce que l'on ne dit pas! Méfiez vous des "causes" qui deviennent des "conséquences" et vice versa au grée des arguments! Mais continuez a animer les commentaires!
a écrit le 05/04/2019 à 10:39 :
Bonjour,

Dans les formes de crise sociale programmées: les réactions des jeunes sont absents car ils ne se sentent pas «  concernés «  par cette violence et ces dialogues unilatéraux de sourds.
Le nerf de toutes les crises étant l’argent.

Bon week-end End à tous &toutes.
a écrit le 05/04/2019 à 9:49 :
A part les marchés financiers qui à intérêt à cette économie financiarisée détruisant l'humanité ?

Les médias de masse en effet et le cercle vicieux est bouclé.

Adieu.

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