L'Afrique, continent précurseur d'un monde numérique durable

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Rima Le Coguic, directrice du département Transitions énergétique et numérique à l'Agence française de développement (AFD)
Rima Le Coguic, directrice du département Transitions énergétique et numérique à l'Agence française de développement (AFD) (Crédits : DR)
Pour relever le défi de la transition numérique en Afrique, l'AFD, BpiFrance et la French Tech ont lancé en 2016 le concours Digital Africa conçu pour identifier et promouvoir de nombreuses solutions vertes portées par des start-ups « greentech » ou « cleantech ». Par Rima Le Coguic, directrice du département Transitions énergétique et numérique à l'Agence française de développement (AFD).

Les transitions énergétique et numérique sont au cœur des transformations en cours dans notre société. Si les promesses de cette convergence sont nombreuses, les défis à relever ne doivent pas être sous-estimés.

Pour limiter le changement climatique, la transition énergétique est une impérieuse nécessité tout en permettant l'accès de tous à des services énergétiques.

Sur le front numérique, le niveau de connectivité à Internet en Afrique reste en retrait par rapport au reste du monde : 18% des ménages y utilisent internet, contre 54% en moyenne sur la planète. La couverture des territoires est donc encore à finaliser avec 35% de la population non couverte par les réseaux télécoms.

D'autant plus que cette transition numérique apporte au secteur de l'énergie des outils et des solutions innovantes qui permettent de mieux maitriser nos consommations, mieux intégrer dans les réseaux les énergies intermittentes, optimiser les ressources, réduire les pertes, et démocratiser l'accès aux ressources énergétiques. Autant d'enjeux clés au Nord comme au Sud qui contribuent à l'atteinte des Objectifs de Développement Durable.

Limitation des ressources et durabilité des consommations énergétiques

Economies d'énergie, énergies renouvelables, stockage de l'énergie et hydrogène, économie circulaire, réseaux électriques intelligents, bâtiments intelligents et sobres, nouveaux modèles de mobilité, les innovations dites « vertes » ou « propres » ont significativement amélioré le bilan énergétique de nombreux secteurs.

Néanmoins, les trajectoires de transition énergétique menant vers un modèle décarboné et durable d'un point de vue environnemental et social sont encore à définir. Car le développement des usages numériques se fait encore sans questionnement profond sur la limitation des ressources et la durabilité des consommations énergétiques.

L'AFD a consacré, depuis le début de l'année 2016, plus de trois milliards d'euros au financement de projets à dimension numérique dont plus de la moitié en Afrique.  Dans le secteur de l'énergie, plus d'un milliard d'euros ont permis la mise en œuvre d'initiatives accompagnant la transition énergétique par l'installation de projets d'énergies renouvelables.

Digital Africa pour identifier et promouvoir les solutions vertes

Si le numérique est un gros consommateur de ressources énergétiques et de métaux rares, il participe aussi à l'édification de solutions concrètes pour faciliter la réalisation d'une transition énergétique. Un enjeu crucial pour respecter les engagements pris à la COP21 de Paris. Pour relever le défi de la transition numérique en Afrique, l'AFD, BpiFrance et la French Tech ont ainsi lancé en 2016 le concours Digital Africa conçu pour identifier et promouvoir de nombreuses solutions vertes portées par des start-ups « greentech » ou « cleantech ».

Sur le continent, les services « Pay As You Go » appliqués à l'énergie solaire changent déjà la donne. La start-up kenyane M-Kopa déploie des kits solaires permettant de fournir de l'électricité achetée à la journée par le biais de SMS. Aujourd'hui, l'entreprise compte plus de 450.000 clients et reçoit un SMS par seconde. Au Cameroun, une application dénommée WaitMoi a été développée pour mettre en relation des conducteurs et des passagers souhaitant faire le même trajet. Des exemples emblématiques du « leapfrog », ce bond technologique propice aux énergies renouvelables, que connait l'Afrique.

Des datas pour développer une « agriculture zéro déforestation »

Les opérateurs du secteur énergétique produisent également des quantités importantes de données sur les modes de consommation des ménages et entreprises avec une grande richesse géographique et temporelle. Le traitement et l'usage de ces données peuvent dans un avenir proche être exploités à des fins de production d'indicateurs, de statistiques permettant notamment de mieux orienter les politiques publiques. Les données numériques sont aussi une source importante d'applications en lien avec la lutte contre le changement climatique.

En Côte d'Ivoire, l'AFD a contribué au développement de l'outil numérique mobile GeoPoppy conçu initialement par l'INRA grâce à des outils opensource. Il permet la collecte de données en matière de déforestation en vue de favoriser le développement d'une « agriculture zéro déforestation ». Un outil dont les déclinaisons sont potentiellement nombreuses.

Blockchain, IA... la révolution numérique se concrétise

A l'avenir, d'autres technologies devraient continuer à rendre concrète la révolution numérique en cours. La technologie blockchain permet d'ores et déjà d'être utilisée dans des transactions relatives à la fourniture d'énergie de manière décentralisée. L'intelligence artificielle peut également devenir un formidable outil au service de l'environnement par la mise en place, par exemple, de systèmes « intelligents » de traitement des ressources eau. L'internet des objets pourrait être utilisé dans les prochaines années pour améliorer la gestion des réseaux électriques ou la consommation des ménages.

S'il existe encore des recherches à mener pour développer notre compréhension des liens entre transition énergétique et numérique, aucune transition ne se fera sans l'autre. L'objectif est aujourd'hui connu, il reste à transformer l'essai de ce monde numérique durable.

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Commentaires
a écrit le 10/06/2018 à 11:50 :
Bonjour,

Avec une telle sommes (3 milliards d'euros), c'est dommage que les actions ne portent pas aussi sur la réduction des impacts directs, environnementaux et sociaux, négatifs du numérique.

70 % des déchets électroniques mondiaux font l'objet d'un trafic (cf : https://www.greenit.fr/2015/09/03/interpol-s-interesse-aux-dechets-electroniques/). Un bonne partie finit au Ghana et au Nigeria. C'est le cas d'une partie des DEEE des français.es !

Sans porter le jugement morale / ou de valeur sur la numérisation de l'Afrique, le minimum que l'on puisse faire, en terme de développement, c'est d'accompagner la croissance du flux d'équipements électriques et électroniques chez eux en mettant en place des infrastructures de valorisation (réemploi et recyclage) dignes de ce nom.
a écrit le 01/06/2018 à 17:38 :
l’idéologie change au fil des générations ;
1980 ... sauvons l’Afrique
2018 ... sauve qui peut en Afrique ...😂

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