La Commission validée, l'Union Européenne demeure dans le flou

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Jean-Christophe Gallien.
Jean-Christophe Gallien. (Crédits : Reuters)
OPINION. Mercredi, les parlementaires européens ont définitivement validé par une large majorité la composition de la nouvelle Commission européenne présidée par Ursula von der Leyen. Mais il fallait être au cœur ou spectateur de l'hémicycle pour saisir la mauvaise vibration politique qui se cache derrière des statistiques de vote rassurantes. Par Jean-Christophe Gallien, docteur en science politique, enseignant à l'Université de Paris-Sorbonne(*).

Ouf ... le soulagement est grand à Bruxelles. Même si le suspense était un poil surfait, c'est comme si tout rentrait - enfin, presque - dans l'ordre sur la planète de l'Union.

Ce mercredi, les parlementaires européens ont définitivement validé la nouvelle Commission européenne. Le feuilleton agité de la constitution de l'équipe von der Leyen s'est terminé par un vote à large majorité : 461 voix pour, 157 voix contre et 89 abstentions. Un score inférieur aux votes en faveur de la Commission Prodi (510 pour) mais qui vient dépasser le résultat obtenu par l'équipe de son prédécesseur, le luxembourgeois Jean-Claude Juncker qui avait récolté 423 votes favorables en 2014.

Une première majorité composite

On a la confirmation d'un éclatement politique du Parlement et du caractère composite de cette majorité de départ. Ursula von der Leyen peut compter sur l'engagement, entier, du PPE (Parti populaire européen). Renew Europe (RE), groupe notamment des députés macronistes, a aussi largement soutenu les 27 nouveaux commissaires avec seulement 4 abstentions. À gauche, au sein du S&D, manquent à l'appel du soutien 1 vote contre et 9 abstentions avec en particulier, les représentants français. Ursula von der Leyen a reçu les votes de 5 députés venus des Verts et de certains membres des Italiens du Mouvement Cinq Étoiles (5S). Plus surprenant encore, 30 parlementaires eurosceptiques venus de l'ECR, avec les Polonais du PiS, ont conforté cette majorité complexe.

Une opposition elle aussi très complexe

Côté abstention, la grande majorité des Verts européens a choisi un repli qualifié de « constructif ». Philippe Lamberts, le coprésident des Verts, ne veut "ni bloquer ni soutenir la Commission", mais attendra de voir ses propositions environnementales. Ils jugent les promesses du "green new deal" d'Ursula von der Leyen peu crédibles.

L'opposition, elle aussi, est multiple. Elle associe la gauche radicale, dont les Français de La France Insoumise, 9 députés Verts, le reste de l'ECR, les Britanniques europhobes de Nigel Farage, et l'ensemble de l'extrême droite.

Peu d'enthousiasme, on ne voulait ajouter de la crise aux crises

Il fallait être au cœur ou spectateur de l'hémicycle pour saisir la mauvaise vibration politique qui se cache derrière des statistiques de vote rassurantes. La réalité, c'est qu'il n'y avait guère d'enthousiasme dans cette séance qui devait être fondatrice. On sentait que les parlementaire européens ne voulaient manifestement pas ajouter encore de la crise aux crises que traversent l'Europe par pays interposés ou pas : Espagne, Italie, Grande-Bretagne, mais aussi Roumanie, Allemagne et bientôt la France... Ajoutons que l'Union à 28 et demain 27 est très nationalisée, et personne ne voulait nuire réellement à SON Commissaire.

Une fragmentation multiple du Parlement

Surtout, on a la confirmation d'une nouvelle fragmentation multiple du Parlement. D'abord, nous l'avons décrit dans ces colonnes, cette élection a mis fin à la domination historique du duopole sociaux-démocrates du S&D et démocrates-chrétiens du Parti populaire européen. Le scrutin de 2019 a engendré un rééquilibrage politique interne qui proposera une repolitisation par émiettement sans précédent des futurs travaux du Parlement. Les dossiers, les enjeux, et les géographies d'intérêts vont créer leurs propres majorités de vote. C'est une dynamique à majorité politique variable qui prévaudra.

Une nouvelle partition géographique

Cette repolitisation affranchie croise une partition géographique en blocs Est, Sud et Nord consolidée. L'enjeu de la géographie s'est affirmé et a déjà impacté les travaux du Parlement et le fera peut-être davantage encore pour ceux des autres institutions. Les représentations partisanes proposent des dominations internes à forte dimension géographique. Le PPE a bougé vers l'Est. Côté sociaux-démocrates, c'est le sud qui domine. Chez les libéraux de l'ALDE (Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe), c'est cette fois vers le nord de l'Union que se déplace le centre de gravité malgré la présence de la Macronie française. La matrice géographique, déjà très structurante des travaux du Conseil, va largement influencer les débats au sein du Parlement.

La Commission devra, elle aussi, être plus politique

Les grands dossiers de la mandature : climat, numérique, défense, migration, développement et identité vont aussi proposer leurs propres lignes de fractures elles-mêmes à géométrie variable. Il faudra beaucoup d'agilité politique et diplomatique aux membres de cette Commission et en particulier à notre représentant Thierry Breton qui sera, à coup sûr, une des stars avec un portefeuille très large et recouvrant des enjeux décisifs, pour manœuvrer dans ce contexte qui va aussi bousculer les relations au sein même de la Commission.

Le vote du budget 2020 annonce ces évolutions

C'est l'ensemble des institutions européennes qui voient leurs équilibres internes évoluer, sans oublier leurs rapports de force entre elles.

Première illustration, toujours ce mercredi, avec le vote, plus large avec 543 voix pour et 136 voix contre, du budget de l'Union européenne pour l'année 2020. Le dernier avant le prochain cadre financier pluriannuel 2021-2027, le budget à long terme de l'Union, lui toujours en cours de discussion. Les trois semaines de négociations furent très agitées. Les eurodéputés ont obtenu des États-membres une augmentation de 850 millions d'euros par rapport à la proposition de la Commission pour s'engager davantage pour la numérisation, le programme Erasmus+ en direction des jeunes et dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Et maintenant rendez-vous le 1er décembre !

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(*) Par Jean-Christophe Gallien
Politologue et communicant
Enseignant à l'Université de Paris la Sorbonne
Président de j c g a et Directeur de Zenon7 Public Affairs
Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

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Commentaires
a écrit le 29/11/2019 à 14:47 :
D'un coté, on pense que le dogme des cahiers des charges de l'UE freinent "l'adaptation" au profit de "réformes" et, de l'autre,... qu'il faut absolument construire le toit... avant les fondations... pour bien cadrer le plan par des ajustements que l'on nomme réformes!
Bref deux mondes s'affrontent pour faire une construction solide!
a écrit le 29/11/2019 à 14:33 :
Rectification :

La Commission de droite validée.
a écrit le 29/11/2019 à 13:52 :
"Peu d'enthousiasme, on ne voulait ajouter de la crise aux crises"

N'est-ce pas au final le principe fondateur de cette Union européenne ?:" Bon les gars on ne va encore une fois rien faire c'est la meilleure façon de ne déranger personne !"

Mais bon d'habitude vous allez quand même nous chercher un ou deux points positifs mais là vraiment pas en effet, vu le tableau c'est toujours aussi catastrophique.

LE déclin c'est encore plus long vers la fin.

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