Lait : pour une stratégie euro-méditerranéenne qui réconcilie commerce, climat et souveraineté alimentaire
Matthieu Brun

Photo d'illustration
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L'économie laitière internationale vit récemment de nombreux chocs, compte tenu des conséquences de la pandémie de Covid 19, des effets du changement climatique et de l'évolution de la consommation mondiale. Les pays d'Afrique du Nord sont particulièrement touchés et resteront fragiles. Leur consommation de produits laitiers devrait, de plus, augmenter plus vite que leur production, ce qui se traduira par une hausse de leurs importations. Cette situation appelle à redéfinir la relation euro-méditerranéenne pour des systèmes d'élevage durables. // Alors que la Fédération internationale du lait se réunit à Paris, la Fondation FARM appelle à un renouvellement de la coopération laitière entre les acteurs européens et nord-africains.
L'UE, en tant que principal exportateur mondial de produits laitiers et plus grand exportateur mondial de fromage et de lait écrémé en poudre, jouera un rôle déterminant face aux besoins croissants de ses voisins du bassin méditerranéen. Parmi eux, les trois premiers pays importateurs du continent africain que sont l'Algérie, le Maroc et l'Égypte sont des partenaires commerciaux majeurs. Des entreprises européennes y sont bien implantées, participant aux dynamiques économiques nationales et régionales.
Les filières de ces trois pays connaissent des contraintes communes en raison de leur dépendance aux importations de facteurs de production comme l'alimentation animale. La volatilité des prix sur les marchés fait peser des risques majeurs sur les économies agricoles. Pour produire du lait il faut aussi beaucoup d'eau, or ces pays ont des niveaux de stress hydrique parmi les plus élevés au monde. En outre, l'augmentation tendancielle des importations de lait, en particulier au Maroc et en Algérie, soulèvent des défis importants liés aux impacts environnementaux de l'élevage, notamment sur le plan des cycles de l'azote et des émissions de méthane. Or, un élevage conduit durablement produit aussi des externalités positives pour l'environnement et la société.
Des projets de production dans des zones steppiques et désertiques en Algérie et en Egypte soutenus par des pays du Golfe se multiplient. Ils sont basés sur l'exploitation des eaux souterraines et des modèles d'agriculture portuaire où génisses et nourriture des animaux sont importés. Face à ces stratégies d'autonomie laitière, il est urgent de proposer une solution européenne différenciante qui concilie investissement, commerce, lutte contre le changement climatique et lutte contre la pauvreté.
Cependant, le secteur laitier reste un domaine marginal dans les stratégies européennes pour la Méditerranée. Or, compte tenu de la forte interdépendance commerciale dans le secteur laitier, des pressions hydriques et climatiques sur les élevages méditerranéens, mais aussi de la dépendance commune aux importations de soja, il est urgent de redynamiser la coopération industrielle et scientifique autour d'un plan d'action en faveur du développement d'un élevage laitier familial et résilient aux chocs climatiques et économiques.
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(*) Matthieu Brun, directeur scientifique de la Fondation pour l'agriculture et la ruralité dans le monde, reconnue d'utilité publique depuis 2006. Matthieu Brun est chercheur associé au laboratoire Les Afrique dans le monde de Sciences Po Bordeaux et spécialiste des enjeux géopolitiques de l'agriculture.
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