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Le Brésil, le CIO et Poutine au révélateur de la magie des Jeux Olympiques

Photo de Les correspondants de La Tribune

Jean-Christophe Gallien

Publié le 05 août 2016 à 12:00 - Mis à jour le 05 août 2016 à 13:20

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À quelques heures de la cérémonie d'ouverture, Jean Christophe Gallien, Professeur associé à l'Université de Paris 1 la Sorbonne, fait le point des enjeux géopolitico-économiques des JO de Rio.

L'organisation des Jeux Olympiques d'été comme celle d'une phase finale de Coupe du Monde de Football est un objet hybride : à la fois arme diplomatique et business majeure de la compétitivité contemporaine d'un pays et fête identitaire, sociétale et politique interne sans peu d'équivalent.

Avec les Jeux Olympiques d'hiver de Sochi, la cible, pour la Russie, était d'abord intérieure, identitaire et politique : celle du grand retour de la Nation Russie à qui son leader Vladimir Poutine proposait à la fois une démonstration de force, de sa force propre en tant que peuple et aussi une offre de réconciliation entre deux histoires, presque de deux pays. Pour le Brésil s'il s'agissait de porter au reste du Monde un message de puissance, de maturité et d'excellence. L'enchainement très, trop ambitieux Coupe du Monde et JO devait être "UN" marqueur de l'entrée définitive du Brésil au premier plan du concert des Nations, au cœur de l'agenda du Monde.

La crise économique rattrape les JO de Rio

Cette déclaration d'émergence équilibrée n'était déjà pas vraiment partagée par des Brésiliens qui portent aujourd'hui un message pour le moins beaucoup plus mesuré : dans un sondage réalisé pour le compte d'Estadão le 27 juillet dernier, ils estiment à 60% que les JO apporteront plus de préjudices que de bénéfices à leur pays.

Les actualités politiques, économiques et sociales entre les deux événements planétaires ont remis le pays à une place beaucoup moins flatteuse. Le Pays s'enfonce dans une triple crise politique, économique et sociale qui ne trouve pas de solution tant le mal est profond. Et les faiblesses apparentes émergent de toutes parts brouillant encore l'image et la confiance dans le pays : désorganisation, malfaçons, pollutions, risque sanitaire... État de Rio, déclaré en faillite, qui doit solliciter les aides supplémentaires de Brasilia et du Comité international olympique pour achever le financement des Jeux.

À marche forcée, le Brésil devait être au rendez-vous. Aujourd'hui, le doute habite toutes les têtes, une forme de défiance menace l'impact intérieur et extérieur recherché par un pays qui ne fait pas corps autour de cet événement. Même au cœur de la citadelle olympique carioca demeurent une pression et une colère sourde. Une grogne sociale qui s'exprime autant contre les conditions réelles de vie de Brésiliens, que contre l'utilisation dispendieuse et opaque de fonds publics pour l'organisation des 2 événements enchaînés, Coupe du Monde et Jeux olympiques, au détriment de la mise à niveau des services publics et des infrastructures. Elles viennent bousculer les écrans lisses des expressions promotionnelles nationales et internationales.

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Une Guerre froide au coeur du stade

Au-delà des crises strictement brésiliennes, l'événement planétaire a vu l'« avant-JO » et sa montée en puissance médiatique complètement pollués par les eaux troubles du scandale du dopage organisé par la Russie et la néo-realpolitik du CIO et de son président Thomas Bach. Un vent ancien a soufflé sur l'Olympie, celui des temps de la Guerre froide.

C'est la veille de l'ouverture officielle des Jeux olympiques que la liste définitive des athlètes russes autorisés à y participer a été annoncée. Menacé par une exclusion totale, Vladimir Poutine et la Russie ont su résister puisque ce sont 270 athlètes sur les 387 prévus qui défileront ce soir et défendront les couleurs de la Russie. Si le rayonnement sportif russe en a pris un coup, cette délégation sera l'une des principales attractions de la cérémonie d'ouverture ! Une victoire de la diplomatie sportive chère à Vladimir Poutine.

On le voit les Jeux ont donc totalement échappé au contrôle des Brésiliens en interne et du Brésil en externe. Attention Paris 2024 ! Ne demeurent que l'exceptionnel décor de Rio et l'énergie heureuse des Carioca, 100% brésiliens eux, pour ouvrir et soutenir la trêve olympique. Et c'est finalement là l'essentiel.

La fête aujourd'hui... et une gueule de bois demain ?

Puis entre rires et larmes sportives, rien ne remettra en cause notre appétit d'émotions et de victoires. Nous allons tous et toutes vibrer pour nos sportifs nationaux et les autres et nous passeront très largement sur le reste. Et que dire des sportifs qui même pour les plus titrés comme Novak Djokovic l'affirment tous : les JO, c'est plus grand que tout. C'est la magie et la puissance des Jeux olympiques et de la Coupe du Monde. Elle réside dans sa réponse idéale et scénarisée à notre besoin, à notre plaisir du jeu. Une magie qui s'exerce en continu via des écrans désormais omniprésents chez les supporters que nous sommes d'abord. Ce qui différencie la Coupe du Monde des Jeux olympiques. C'est qu'avec les JO, l'enjeu du résultat sportif est partagé entre de nombreuses disciplines, de nombreux sportifs. En cas de victoire sportive brésilienne, il y en aura plusieurs, une partie de la bataille interne sera gagnée. L'après JO sera plus tendue et la gueule de bois sévère. Dans les deux cas, le reste du monde, nous passerons à autre chose, très vite, comme pour la Coupe du Monde de 2014, les Jeux de Sochi, l'Afrique du Sud ou Pékin. Business as usual !

Formidables outils de diplomatie et d'audience, les Jeux olympiques et la Coupe du Monde sont aussi de dangereux révélateurs. Rien n'est définitivement joué, mais le Brésil en difficulté sur la bataille interne est encore moins certain de remporter celle de l'externe. La France d'aujourd'hui doit bien réfléchir pour le défi des Jeux olympiques d'été de 2024 !

______

* Jean-Christophe Gallien
Professeur associé à l'Université de Paris 1 la Sorbonne
CEO de ZENON7 Public Affairs et Président de j c g a
Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

Jean-Christophe Gallien

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