Le CDI ne saurait être un totem

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Le CDI n'est pas le ticket qui permettra à la France de prendre le train de la croissance. Par Christian Person, PDG du groupe coté Umalis et Président du Club des Entrepreneurs de Croissance.

Patronat, syndicats et gouvernement ont eu rendez-vous vendredi 3 avril pour amorcer un bilan de la dernière réforme du marché du travail de 2013, l'exécutif ayant d'ores et déjà prévenu qu'il comptait aller plus loin. La question qui se pose est assez simple. Combien de Français piétinent frustrés au seuil du marché de l'emploi ? En cause ? Les rigidités excessives de ce dernier.

Au quotidien, entrepreneurs et salariés mesurent la désuétude du contrat de travail. Le contrat de demain c'est un contrat qui n'excède pas deux ans ou qui correspond à la réalisation d'un projet ou d'une mission. Il ne s'agit évidemment pas de précariser les salariés. Il ne s'agit pas non plus d'allonger l'atypisme de certaines formes de travail qui se sont multipliées ces dernières années. Il s'agit seulement de mettre en adéquation notre réalité économique à nos outils juridiques. Il s'agit surtout de veiller aux conditions d'embauche des entreprises, seules à mêmes de créer de l'emploi, de lutter contre le chômage.

Un CDI qui bride l'emploi

Comment imaginer qu'un entrepreneur qui ne peut pas licencier puisse embaucher sans peur ou réticences ? Pour paraphraser Camus, j'ai tendance à penser qu'à ne pas nommer les rigidités de notre marché du travail on ajoute au malheur des chômeurs.

Le CDI tel qu'il est aujourd'hui conçu bride l'emploi. Il constitue à lui seul une véritable rigidité de notre marché du travail en plus d'être particulièrement inadapté aux nouvelles formes d'emploi plébiscitées par les Français, à l'image du portage salarial en plein développement.

Le CDI pris en ses dispositions actuelles étouffe l'emploi. Il ne permet pas ni aux plus jeunes ni aux seniors d'entrer ou de rester sur le marché du travail. C'est en raison de ce double constat que j'assimile à un gâchis inepte de compétences et qui a fait perdre l'espoir et la motivation à tant de salariés français, que je suis favorable à la création d'un contrat unique.

Pour un contrat unique

Ce contrat serait caractérisé par un licenciement simplifié, ce qui ne signifie pas qu'il doive être simple, parce qu'évidemment j'ai conscience de la nécessité de limiter les abus toujours possibles, et surtout, les salariés n'ont pas à devenir "jetables". Au contraire, il s'agit de protéger le salarié proportionnellement à son ancienneté dans l'entreprise.

Comparer avec l'Allemagne

La conjoncture économique actuelle appelle cette modernisation de notre contrat de travail. La comparaison avec l'Allemagne fait sens. Le fait que le licenciement soit plus facile, moins risqué, moins long et aléatoire que chez nous, a conduit les entreprises à avoir une souplesse qui s'est transformé en avantage comparatif au détriment des entreprises hexagonales. En s'adaptant plus vite, elles sont plus agiles et la reprise est plus rapide. Les entreprises sont moins mises en danger lorsque le contexte leur est défavorable.

Cette mesure doit s'accompagner d'une meilleure formation pour les salariés français parce qu'il n'est plus acceptable que la formation profite d'abord aux salariés les plus privilégiés. Ensuite, parce que notre place dans l'économie de la connaissance se joue d'abord dans la formation de nos salariés.

Un chômage mieux indemnisé, mais moins longtemps

La période de chômage doit ensuite être mieux indemnisée, mais moins longtemps. Trouvons le moyen que les entrepreneurs qui ont le courage d'embaucher ne soient plus les premiers pénalisés par une croissance qui cale. Simplifions les procédures de licenciement et limitons les obligations de motivation. Ce n'est malheureusement pas demain que notre pays ouvrira ce débat.

Les syndicats viennent de refuser en bloc de parler du CDI. Ainsi, vogue la France, de mots en maux.

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Commentaires
a écrit le 05/06/2015 à 13:04 :
Hypocrisie sans nom... L'embauche en CDI se fait désormais après plusieurs mois d'intérim, voire un ou deux ans dans de nombreux cas, le truc de la flexibilité gagnant-gagnant est un miroir aux alouettes qui permettra juste de faire accepter n'importe quoi aux salariés. Allez voir dans les PME, chez les artisans et les commerçants quel est leur problème principal, le carnet de commande!
Si je suis PDG d'une boîte et que mon carnet de commande est vide je ne vois pas pourquoi j'embaucherai.
La seule raison qui pourrait éventuellement permettre d'accepter de tels reculs serait une conférence sur les salaires afin de les augmenter de façon significative, sans cela je vois mal comment de telles mesures pourraient avoir un effet.
Quant à l'export, ne mettons pas la charrue avant les boeufs, je ne connais pas beaucoup d'entreprises capables de se situer sur l'export si elle connaît des difficultés sur son marché intérieur.
Quant à la comparaison avec l'Allemagne, le jour où le patronat français acceptera de partager la gestion des entreprises avec les syndicats on pourra peut-être envisager des réformes intelligentes, là-bas des augmentations de salaires conséquentes ont lieu depuis au moins deux ans, en France tout le monde sait que le patronat français qui est un des moins fiables au monde ne lachera de telles augementation que s'ils ont affaire à un mouvement de grève très dur et très long.
Parfois on oublie un peu facilement que la principale cause des blocages syndicaux sont les blocages patronaux.
a écrit le 11/04/2015 à 13:25 :
Cette position venant du pdg d'une société de portage me parait bien étrange voire irresponsable ! En effet, si le CDI venait à être flexibilisé sous la forme d'un "contrat unique" ou d'un "contrat de chantier", ça serait évidemment une concurrence totalement déloyale faite au portage salarial qui perdrait alors tout son intérêt...
(voir la position pertinente de cette association d'informaticiens sur le sujet : http://munci.org/Le-contrat-de-chantier-dans-l-informatique-Pas-question)
a écrit le 10/04/2015 à 15:10 :
Au Luxembourg la règle c'est le CDI.
Préavis de 2 semaines, le marché de l'emploi est dynamique.
Ce n'est pas le CDI le problème : Contrat à Durée Indéterminée, c'est le licenciement qui pose soucis.
Ce qu'il faut c'est réduire d'un côté les préavis (3 mois pour un cadre est une éternité !), et réduire de l'autre les processus d'embauche.. je reçois des réponses à mes demandes françaises au bout de 3/4 mois pour seulement enclencher le process d'entretient...
En sus, il faudrait que l'employeur fasse automatiquement les démarches pour enregistrer son futur ex-employé au chômage; ainsi moins d'anxiété pour l'employé à bouger/se faire licencier.
a écrit le 10/04/2015 à 15:07 :
Je suis d'accord pour flexibiliser le CDI en contrepartie d'une indemnité de précarité versée à la rupture du contrat (plus le contrat est court, plus l'indemnité est élevée) d'au moins 30% du salaire brut annuel et si on réforme profondément le système de formation français, qui coûte 30 Milliards à l'état mais profite peu aux chômeurs et ne sert en gros qu'à financer les organisations patronales et les syndicats par l'intermédiaire de formations dont le contenu est très très discutable.

Le patronat est-il prêt à rémunérer à son juste prix la flexibilité ?
Au moins ça permettrait que cet argent aille dans la poche des salariés au lieu de celles des agences d'intérim, sociétés de "conseil" qui sont justes de l'intérim pour cadres et autres portage salariales.
a écrit le 10/04/2015 à 13:12 :
Toujours les mêmes sornettes depuis 30 ans.
Toujours la sempiternelle comparaison avec l'Allemagne.
De la médiocrité intellectuelle.
Et ça veut nous donner des leçons sur l'innovation

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