Le miracle japonais

OPINION. Il n'a pas inventé la poudre, Abe, mais il a eu le courage d'appliquer un programme fondamentalement keynésien consistant à augmenter la dépense publique. Le Japon est donc un pionnier : il a fait confiance à son peuple qui le lui a rendu, et son exemple devrait inspirer nombre de nations développées. Par Michel Santi, économiste (*).

4 mn

Michel Santi.
Michel Santi. (Crédits : DR)

Les économistes et banquiers de ma génération avaient l'habitude de plaisanter en subdivisant le monde selon quatre type d'économies : développées, en voie de développement, l'Argentine et le Japon. Il convient, cependant, de mettre à jour cette blague quelque peu simpliste et caricaturale en supprimant le Japon de la liste des aberrations économiques. Il revient pourtant de loin.

Les raisons d'une crise économique et financière sans précédent

De manière tout à fait invraisemblable, le marché immobilier japonais - dont la valeur fut multipliée par 6 en une décennie - valait à lui seul en 1990 le double de l'ensemble du marché immobilier américain !

L'indice boursier Nikkei, quant à lui, devait flamber de 40.000 % entre 1949 et 1989.
C'est simple : les capitalisations nippones valaient elles aussi le double des capitalisations US à la fin des années 1980... avant de s'effondrer de 80% pour atteindre le fond des abîmes en 2003.

L'immobilier (principalement commercial) implosa pour perdre progressivement pas moins de 90% de sa valeur, entraînant avec lui et en toute logique le secteur bancaire dont les portefeuilles hypothécaires étaient massifs. Les industries japonaises, elles aussi friandes d'investissements immobiliers, furent sévèrement affectées. Si bien que l'effet combiné de la liquéfaction immobilière, des pertes bancaires pharaoniques et substantielles du secteur industriel provoquèrent l'implosion boursière accompagnée d'une crise économique et financière sans précédent dans l'Histoire mondiale.

Shinzo Abe, l'homme qui stoppa la spirale déflationniste

Ces épisodes dramatiques appartiennent néanmoins au passé grâce à un homme, Shinzo Abe, qui se trouve être le Premier Ministre ayant le plus longtemps été en poste au Japon. Son exceptionnel volontarisme et son programme original fondé sur les « 3 flèches » a enfin permis au pays de se sortir par le haut de sa double décennie perdue, de rompre la spirale déflationniste, de renouer avec la croissance, de stabiliser le ratio dette publique / P.I.B.

Il n'a pas inventé la poudre, Abe, mais il a eu le courage d'appliquer un programme fondamentalement keynésien consistant à augmenter la dépense publique, à maintenir (par sa banque centrale interposée) une politique monétaire hyper laxiste, tout en mettant énergiquement en branle des réformes structurelles autorisant l'assainissement à long terme de son économie.

Déterminé à favoriser le travail des femmes et des seniors

Un des piliers de ces réformes de structure étant sa détermination à mettre les Japonaises au travail - qui en étaient largement exclues jusque-là - tant et si bien que la participation des femmes au marché du travail est aujourd'hui plus importante au Japon qu'aux États-Unis !

L'autre pilier ayant été le prolongement de la durée du travail des seniors allant de pair avec l'amélioration de l'espérance et de la qualité de vie. Le résultat est éloquent car le quart des plus de 65 ans est toujours actif actuellement au Japon, contre à peine 5% des plus de 65 ans ayant encore un emploi en France...

En pionnier, le Japon a fait confiance à son peuple, qui le lui a rendu

Le Japon est donc un pionnier : il a fait confiance à son peuple qui le lui a rendu, et son exemple devrait inspirer nombre de nations développées. Sa banque centrale n'a pas hésité à s'aventurer en territoire inconnu en rendant ses taux directeurs négatifs, et même à acheter des actions cotées en bourse afin de soutenir son économie et maîtriser ses taux longs.

Le pouvoir d'achat des Japonais ne cesse pas de croître, permettant du même coup de résorber les inégalités. Tandis que l'Europe ressemble de plus en plus au Japon des années 1990, il serait bon que ses dirigeants daignent seulement s'intéresser à ce qu'a accompli Shinzo Abe... en moins d'un septennat.

Lire aussi : Si seulement nous étions tous Japonais !

___

(*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d'Art Trading & Finance.

Il vient de publier «Fauteuil 37» préfacé par Edgar Morin

Sa page Facebook et son fil Twitter.

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Commentaires 11
à écrit le 17/12/2019 à 14:24
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Des conneries... le solde de natalité est négatif, les japonais n'ont donc pas confiance dans l'avenir, tout simplement.

à écrit le 17/12/2019 à 13:56
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Pour avoir vécu et travailler au japon pendant cinq ans et en être revenu récemment, je puis vous dire que le sort des seniors n'y est vraiment pas enviable, le quart des retraités est obligé de travailler dans des petits boulots mal payés, même des ...

à écrit le 17/12/2019 à 9:41
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Merci pour cet article instructif. "En pionnier, le Japon a fait confiance à son peuple, qui le lui a rendu" Ce qui est difficilement reproduisible en France, puisque celle-ci en 2005 nous a copieusement trahie alors que nous avions raison de r...

à écrit le 16/12/2019 à 18:04
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8e mois de contraction de suite de l'activité manufacturé au japon ???

à écrit le 16/12/2019 à 17:49
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Au Japon 20 % des plus de 65 ans sont dans une situation de pauvreté ce qui les oblige a travailler au lieu de percevoir leur maigre pension. Effectivement Abe n a pas inventé la poudre

à écrit le 16/12/2019 à 15:58
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Je crois que le miracle japonais, c'est surtout l'immigration zéro.

le 16/12/2019 à 16:36
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Tout à fait. L'homogénéité de son peuple et un courage hors pair aussi. Chose qui ne fonctionne pas dans une société multiculturelle où chacun tire la couverture de son côté.

le 16/12/2019 à 17:49
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Immigration des produits aussi et surtout, tu ne fais pas rentrer un grain de riz dont le japon n'a pas besoin. D'ignobles protectionnistes quoi.

le 17/12/2019 à 1:02
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Au contraire, l’ouverture de l’immigration des travailleurs peu qualifiés est un des axes de la politique de Abe. De nouveaux visas ont été mis en place pour cela.

le 17/12/2019 à 6:43
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@Boris Caf-berger : Ah bon ? Et bien, ils sont fichus alors. Ils vont finir comme la France ...

à écrit le 16/12/2019 à 15:47
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Monsieur Santi, la France n'a plus le pouvoir de décision sur ses finances et sa monnaie et vous le savez. Et il n'y a rien à attendre d l'UE ! Enfin merci de ne pas confondre l'Europe et l'UE.

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