Ne perdons pas l'intelligence du cœur

L'ensemble des cardiologues Français se réunit cette semaine en congrès à Paris pour discuter des dernières avancées dans le traitement des maladies cardio- vasculaires. Dans une tribune plusieurs professeurs et docteurs de la fondation Cœur et Recherche* tirent la sonnette d'alarme sur le manque de financements de la recherche.

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(Crédits : Reuters)

Mobilisons-nous contre ces morts trop nombreuses et injustes par atteinte cardiaque. L'ensemble des cardiologues Français se réunit cette semaine en congrès à Paris pour discuter des dernières avancées dans le traitement des maladies cardio- vasculaires. Elles sont la deuxième cause de mortalité en France. Chacun d'entre nous connaît un proche qu'il a vu disparaître brutalement. La mort subite ou l'arrêt cardiaque nous touchent tous : hommes et femmes à tout âge. Ces morts sont injustes car beaucoup pourraient être évitées par un accroissement de la recherche. Les dépenses de santé liées à ces maladies ont concerné plus de 5 millions de Français et leur nombre ne cesse d'augmenter : près de 500 000 en quatre ans.

L'enjeu public est donc majeur mais force est de constater que le déséquilibre entre les besoins et les moyens mis à disposition des équipes se creuse et l'investissement dans la recherche cardiologique est au plus bas.

De très nombreux projets de recherche essentiels qui permettraient de sauver des milliers de vies ne trouvent pas de financement ! Cela va de la compréhension du phénomène de la mort subite chez les enfants, les adultes jeunes et adolescents, chez les sportifs à la recherche sur l'influence de la pollution sur les maladies cardio-vasculaires. Pire, la base de données essentielles FAST-MI, projet scientifique français d'exception, de portée mondiale, qui permet d'analyser de manière exhaustive tous les 5 ans l'efficacité des traitements de l'infarctus du myocarde afin de les améliorer, n'a aujourd'hui pas les moyens de mener son enquête en 2022. Si elle ne trouve pas urgemment les 2 M€ nécessaires à sa survie, elle disparaîtra. C'est pourtant cette enquête qui avait mis à jour en 2015, l'inquiétante augmentation de femmes jeunes ayant fait un infarctus (et son lien avec la consommation de tabac). Elle avait permis également de mettre en évidence lors d'infarctus du myocarde l'efficacité de la revascularisation tardive au-delà de la 12ème heure, jusqu'alors un sujet très controversé.

La France a été au premier plan des innovations dans la prise en charge des maladies cardio-vasculaires comment expliquer alors le désintérêt actuel de la recherche cardiovasculaire ?

Notre pays a toutes les raisons d'être fier des innovations décisives pour la prise en charge des maladies cardio-vasculaires issues d'équipes Françaises : première transplantation cardiaque en Europe, premier « stent » (ressort) implanté dans une artère coronaire pour empêcher qu'elle ne se bouche, première valve artificielle biologique, première implantation d'une valve artificielle aortique par voie non chirurgicale. Ces quelques exemples illustrent l'excellence des équipes françaises et leur créativité pour découvrir des traitements originaux.

Pourtant le résultat de ces avancées est paradoxal car le public considère que l'essentiel des progrès nécessaires à une bonne prise en charge des maladies cardio-vasculaires est accompli et que la Cause de la cardiologie n'a plus de besoin et n'est donc pas une priorité. Il est vrai que la mortalité liée notamment à l'infarctus du myocarde a fortement décru grâce à une prise en charge incluant le recours précoce aux SAMU, au développement de la dilatation coronaire 24 h/24 et à la création d'unités de soins intensifs cardiologiques

Cependant, la recherche reste essentielle car le profil des patients cardiaques évolue et avec le vieillissement de la population, ont émergé des pathologies chroniques de masse telles que l'insuffisance cardiaque ou certains troubles du rythme cardiaque comme la fibrillation auriculaire qui entraînent des hospitalisations répétées et une altération importante du confort de vie, au même titre que les cancers ou les maladies neuro-dégénératives. Lors de la pandémie de covid 19 les patients porteurs d'une maladie cardiaque ont payé un lourd tribut en développant des formes sévères de cette affection virale. Cela illustre bien la gravité des maladies cardio-vasculaires.

L'urgence d'une mobilisation massive

Nous appelons à une forte mobilisation impliquant tous les acteurs concernés, pouvoirs publics, entreprises, instituts de recherche bio médicale, philanthropes, associations et fondations pour lutter efficacement contre le fléau des maladies cardio- vasculaires et coordonner les actions nécessaires.

Mobilisation publique : il est inquiétant de constater l'anormal désengagement des pouvoirs publics dans la recherche qui a entraîné un déclassement de la France par rapport à ses principaux partenaires. Il faut ajouter l'absence d'une politique de prévention des maladies cardio -vasculaires incluant une éducation dès l'école des ravages occasionnés par le tabac, le surpoids, l'hypertension artérielle ou une mauvaise alimentation ou à l'inverse des bienfaits de l'exercice physique régulier. Il est urgent que les pouvoirs publics lancent un plan cœur comme il en existe pour le cancer par exemple pour mobiliser les énergies

Mobilisation citoyenne : La France ne dispose pas de grande fondation dévolue à la recherche sur les maladies cardio- vasculaires comme la British Heart Foundation au Royaume Uni ou l'American Heart Association aux États-Unis. Le niveau de collecte de fonds issu de la générosité du public ou de philanthropes dans notre pays fait pâle figure par rapport à celui drainé par nos voisins. Cependant, en France cette Fondation existe : La Fondation Cœur et Recherche créée par la société française de cardiologie regroupant tous les cardiologues français. Elle est porteuse de projets scientifiques d'envergure et d'initiatives de recherche de grande qualité. Mais pour les mener à bien, il lui faut des moyens, et vite !

Pour de nombreuses pathologies la générosité du public a montré comment, au côté de l'État, des avancées significatives ont été réalisées. Aidons nos médecins et nos chercheurs ! Donnons- leur les moyens de travailler. La générosité de tous est indispensable et urgente pour que les cœurs continuent à battre.

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 *Fondation Cœur et Recherche : Professeur Michel Komajda, président de la FCR, Professeur Martine Gilard, Docteur Serge Kownator, Professeur Richard Isnard, Dr Alain Tedgui, Dominique Bazy, Agnès Lafaurie, Elie Cohen

Son comité de soutien : Chiara Corazza, présidente du comité de soutien, Pierre Blayau, Nicolas Bordas, Jean-Martin Cohen-Solal, Philippe Faure, Madeu Gonzalez, Guillaume Pepy

Société Française de Cardiologie : professeur Ariel Cohen, président SFC

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Commentaire 1
à écrit le 17/01/2022 à 8:31
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Cette tribune est étonnante étant donné que le coeur se soigne bien et son business également semblait bien se porter de ce fait puisque quand c'est facile en générale on retrouve les financiers. Après désolé de vous le dire hein mais pour ma part mo...

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