Panama Papers : ce que ce scandale dit de l'information 3.0 et des médias

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(Crédits : DR)
La recherche de l'audience, via l'émotion, est aujourd'hui le principal moteur des grands medias. Par Florian Silnicki, expert en communication de crise et Fondateur de l'agence LaFrenchCom (www.lafrenchcom.fr)

C'est la fuite de données la plus massive de l'histoire du journalisme. C'est aussi la percée la plus spectaculaire jamais effectuée dans le monde obscur de la finance offshore, annonce le prestigieux quotidien Le Monde. Au-delà des images abîmées, des réputations défaites, la question posée ici est : qu'est ce que ce "scandale" mondial d'évasion fiscale, dit de la nature de l'information et des médias qui la diffusent? Petite plongée dans un scandale qui n'a pas finit de secouer le monde des VIP qu'ils soient des dirigeants, des sportifs ou des milliardaires.

L'ampleur des secousses médiatiques s'annonce majeur

 Il faut déjà garder en tête une chose essentielle. Les Français ne le savent pas toujours mais, plus que jamais, ce genre d'annonce est une véritable source de revenus pour tous les médias qui sont aujourd'hui devenus des "vendeurs d'audience".

Le sujet fiscal est très complexe, les médias ont en l'espèce besoin de se protéger contre les risques de poursuites, les patrons de rédaction feront appel aux avocats fiscalistes, aux consultants en optimisation fiscale et universitaires en droit fiscal les plus respectés sur le sujet pour commenter la situation qui est la votre. Les médias recruteront des personnes connaissant la situation ou l'organisation de l'intérieur en tant que consultants pour garantir la qualité des questions posées et bien expliquer le contexte. On voit à ce titre le site d'infos de FranceTV mettre en avant comme un bouclier juridique la mention suivante:  "nous ne suggérons pas qu'ils ont enfreint la loi ou agi de manière inappropriée, car il existe des utilisations légitimes des sociétés offshore, des fondations ou des trusts."

La recherche de l'audience

 Cette idée d'enquête a été évaluée en fonction de l'audience qu'elle génèrera. Les sources de ces révélations ne sont pas les mêmes que celles des informations en général. La plupart des informations utilisées aux journaux télévisés proviennent des registres de police et autres sources d'information publiques comme l'AFP, Reuters, Bloomberg, et des sources des journalistes chargés de couvrir certains sujets. Or, le sujet de l'évasion fiscale qu'abordent ces Panama leks est intéressant en termes d'audience pour les médias car :

- ce sujet propose un grand contraste à l'opinion publique. C'est un sujet très clair, tranché, manichéen, où le public peut facilement identifier les « bons » et les « méchants », ceux qui fraudent ou pas, ceux qui sont riches ou moins, etc...

-Cette enquête propose ensuite un choix au public. Le public peut faire le choix d'un parti clair, compréhensible et auquel il pourra facilement s'identifier. Cela signifie que tous les articles pourront offrir une conclusion évidente et logique de l'enquête menée.

-les journalistes n'auront aucun mal à étayer et justifier cette conclusion: les personnes figurant dans la liste des noms sont des salauds de fraudeurs fiscaux qui se sont réfugiés dans un paradis fiscal. Pourtant la réalité peut être toute autre...

 Des personnages sulfureux ou auxquels le public est attaché

Cette enquête met en scène des personnages sulfureux ou auxquels le public est attaché : ici on trouve des personnalités comme Michel Platini, le patron du foot européen, Lionel Messi, le footballeur star du FC Barcelone, mais aussi le Premier ministre en exercice d'Islande ainsi que celui du Pakistan. Ou encore Serguei Roldugin, l'homme de confiance de Poutine, mais aussi parrain de sa fille.

 Plus que jamais, ce genre de révélations ouvre les possibilités d'entretien en embuscade - le mélodrame, ou du moins la probabilité que quelqu'un puisse être mis en difficulté devant les caméras, victime aussi des questions pièges, vous savez ces questions qui provoquent la gêne des personnes à qui elles sont posées et les mettent mal à l'aise devant les caméras. La peur est un élément important de ce genre d'enquête. Les médias savent mettre en scène efficacement ce genre d'image à votre détriment.

 Haut niveau de tension émotionnelle

Enfin, ces scandales se caractérisent par un haut niveau de tension émotionnelle. Or, c'est cette tension doit être entretenue par les journalistes en montrant des conflits, en alimentant des polémiques, ou faisant naitre de la confrontation, de la colère ou de la frustration, qui gagne alors le téléspectateur. Vous savez désormais ce qui dicte l'information : l'audience potentielle.

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Commentaires
a écrit le 04/04/2016 à 23:56 :
Pourquoi dénigrer ce "coup" ? Pour une fois, la presse agit en 4e pouvoir. Les critiques émises dans cette article dépeignent l'état de la presse et son goût pour le sensationnalisme et l'émotion à vitesse grand V, sous le diktat du call to action et du référencement. Hors, cette affaire, bien qu'organisée en feuilleton, va et ira beaucoup plus loin.
a écrit le 04/04/2016 à 19:51 :
On attend des journaux la liste complete des noms ,il doit bien y avoir des patrons de presse ......De plus ce que la majorité des français ignorent c'est que les journalistes beneficient d'une enorme niche fiscale qui n'a pas été remise en cause par la crise de 2008 alors que les impots augmentaient pour tous les autres contribuables !Et que dire des 450 millions de subventions publiques que touche tous les ans la presse alors que des entreprises disparaissent et des chomeurs se suicident ils pourraient eux aussi demander des subventions publiques !De tout cela chuut.... vous ne verrez jamais la moindre enquete d'un journal .......
a écrit le 04/04/2016 à 18:03 :
Prendre du recul par rapport au sensationnalisme affiché par bon nombre de médias, d'accord... mais vous n'allez tout de même pas prendre des gants pour qualifier la conduite de ceux qui, à longueur d'année, nous assènent qu'il faut se faire des sacrifices alors qu'ils se comportent eux-mêmes comme des prédateurs sans scrupules ! Comment se résigner à devoir payer, à leur place, l'impôt auquel ils se soustraient ? Cet impôt, contre lequel il est de bon ton de se dresser, c'est la contribution indispensable pour maintenir un reliquat d'accès aux soins, à l'éducation, bref, à l'égalité de traitement pour les citoyens que nous sommes, contributeurs et bénéficiaires. Personnellement, je tire mon chapeau à ces journalistes d'investigation contrairement aux journalistes de salon qui les critiquent.

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