PIB, emploi, retraite... la France peut-elle un jour rattraper l'Allemagne ?

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Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi. / DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui: la France peut-elle rattraper son retard face à l'Allemagne ?

Quand la France pourra-t-elle devenir ou redevenir la première puissance économique continentale d'Europe ? Dit autrement, quand donc l'écart de dynamique démographique pourra-t-il permettre à la France de recoller au niveau du PIB allemand. La réponse est moins simple qu'il n'y paraît.

Regardons déjà les écarts actuels. Le PIB allemand surplombe le PIB français, en euros courants, de 36% en 2014. Lorsqu'on applique le même système de prix de part et d'autre du Rhin, en raisonnant donc en parité de pouvoir d'achat, cet écart est de 42%. C'est normal, certains prix, notamment dans l'immobilier sont nettement plus faibles en Allemagne.

Égaliser les prix accroît l'écart

Qu'y a-t-il derrière cet écart ? La démographie d'abord, bien sûr. La population allemande est supérieure de 23% à celle de la France, et celle en âge de travailler, de 28%. Cela explique beaucoup, mais n'explique pas tout. Le reste est dû essentiellement à une meilleure mobilisation de la main-d'œuvre allemande.

Le volume d'heures travaillées rapporté à la population en âge de travailler est supérieur de 11% en Allemagne par rapport au niveau français. Non du fait d'une plus haute durée du travail par personne employée, mais du fait d'un plus fort taux d'emploi (système d'apprentissage pour les jeunes et âge de la retraite plus tardif essentiellement créent l'écart avec la France).

Le petit écart de productivité qui solde les comptes est lui essentiellement de nature conjoncturelle.

Jusqu'ici France et Allemagne font jeu égal en niveau comme en tendance. On ne peut du coup, pas si simplement inférer de la démographie, le moment où la France sera en mesure de recoller à l'Allemagne.

Selon ce critère, c'est vers 2045-2050 que la chose pourrait se produire, si la France parvenait à aligner son taux d'emploi sur celui le l'Allemagne. Mais, l'évolution de cet écart depuis la réunification montre que la démographie est un bien mauvais prédicteur  de nos écarts de PIB.

Certes, la France a réduit globalement la distance qui la sépare de l'économie allemande, mais cette dernière semble avoir inversé  le cours de l'histoire à partir de 2005.

Plusieurs raisons

Les migrations qui ont dopé la main d'œuvre disponible. Sa capacité à mieux mobiliser sa main d'œuvre, sur la base de mini-jobs mais avec le maintien d'un noyau dur de secteurs à forte valeur ajoutée, ce qui a préservé sa productivité.

Parce ce qu'elle a su aussi transformer l'impact déflationniste  du ralentissement programmé de la demande, notamment sur l'immobilier, en avantage compétitif.

Converger vers l'Allemagne entre 2040 et 2050 suppose donc pour la France de réussir cette montée en charge de l'emploi, sans nuire à sa productivité. Insérer les moins qualifiés sans dégrader le niveau moyen des compétences.

Je n'épilogue pas. Mais cela suppose bien plus qu'une politique de baisse du coût du travail.

Et pour l'Allemagne...

Côté allemand se pose la question de savoir si l'économie peut encore longtemps défier la loi de gravité démographique, en maintenant les facteurs qui sous-tendent sa dynamique actuelle.

Pas certain. Car elle ne peut augmenter sans cesse le taux d'utilisation de sa main d'œuvre. Le processus tend nécessairement à s'épuiser. Pas certain non plus car elle doit relever une équation de la dépendance autrement plus ardue que celle de la France, qui tendra à peser sur le revenu par tête.

Avec notamment un phénomène de montée de la pauvreté dans le travail qui risque de se transformer en ultra-pauvreté dans la retraite. Pas certain toujours, car les entreprises peinent aujourd'hui à augmenter l'investissement par tête. Et cet élément pourrait bien nuire à sa productivité à terme. Pas certain enfin, car le vieillissement de sa population, et notamment de sa population au travail, peut devenir un frein à l'innovation.

Pour revenir à la question initiale, du rattrapage de l'Allemagne par la France, on ne peut in fine répondre que très vaguement : quelque part entre 2035 et 2075, en fonction de la pertinence des politiques menées de part et d'autre du Rhin.

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a écrit le 01/04/2015 à 12:31 :
Je ne pense pas que la France puisse rattraper l' Allemagne. Pour moi, les raisons sont simples : la France est '' elitiste'' ( E.N.A. et consorts) des diplomes qui ne connaissent rien au terrain et qui gouvernent depuis 40 ans au moins. On voit le resultat ! 2 eme point important: la France est un pays JACOBIN, trop centralise ou le president est '' un monarche republicain'' qui decide de tout et surtout de rien. Les regions commencent a peine a se rendre ''libres'', mais Paris tient la bourse centrale. Une dictature republicaine sans '' valeur ajoutee''...la Veme republique qui a fait son temps.
a écrit le 28/03/2015 à 9:26 :
1// FAIRE REVENIR LES ENTREPRISES FRANCAISE D ALLEMAGNE?//2 ////FAIRE LA RETRAITE A 60ANS POUR 4OANS DE TRAVAIL ? ET TAXE LES PRODUITS FRANCAIS FABRIQUE A LETRANGE; ET REINPORTE EN FRANCE ? AIDE L APRENTISAGE POUR PREPARE L AVENIR! CE N AI PAS LES IDEES QUI MANQUENT C EST LA VOLONTE D AGIR DES POLITIQUES DE DROITE COMME DE GAUCHE???
a écrit le 28/03/2015 à 6:37 :
Il faut analyser la situation en tenant compte de la démographie, du capital humain et de l'énergie. La variable d'ajustement est l'énergie. Personne ne veut en parler.
a écrit le 27/03/2015 à 16:26 :
Nous sommes en 2015. Cet article nous parle d'un rattrapage en... 2045, c'est à dire au delà de tout horizon prévisible. Ces estimations fantaisistes ne sont que des élucubrations à la Nostradamus.
Leur seul intérêt est de poser le problème: pourquoi l'Allemagne est-elle plus performante que la France ? Réponse que tout le monde connaît: parce que les Allemands travaillent plus que les Français.
a écrit le 27/03/2015 à 9:34 :
la mentalité française: se planquer dans une administration ou entreprise publique ou....partir à l'étranger, tous mes amis sont partis, homme d'affaires, architecte, etc...
a écrit le 26/03/2015 à 21:07 :
Trop de fonctionnaires, trop d'impôts, une classe parlante marxiste sans le savoir, de la jalousie, la haine de l'argent des autres, de l'arrogance idéologique, le mépris de ceux qui veulent entreprendre et s'enrichir, nombrilisme, archaïsme....voilà ce qui met la France en situation de non-développement pour au moins 30 ans. Si on échappe à la guerre civile quand la sécu providentielle s'effondrera ce sera bien.
a écrit le 26/03/2015 à 19:41 :
Pas de fardeau de l'armée , contrairement à la France qui fait le job seule . Des retraités et futurs retraités dans la misère , 2 fois plus de travailleurs pauvres qu'en France . A quel prix ce modèle Allemand ?
Mais notre classe politique est d'une médiocrité absolue et en continuant a augmenter la depense publique et en soutenant bêtement l'immobilier , elle a immobilisé des centaines de milliards dans de l'improductif ! Tout est là . Sinon nous serions devant l'Allemagne.
a écrit le 26/03/2015 à 17:58 :
Le PIB allemand et français ne sont pas définis de la même manière. En France, si on parle retraites, il faut compter le fameux hors bilan, on publie du 160% en dettes fin 14... ne fait-on pas dans le péculat ministériel?
On paye des retraites à 55 ans, mais on laisse une bonne partie des jeunes sans accès à la vie active... c'est un non sens qui caractérise la société européenne.
a écrit le 26/03/2015 à 17:56 :
Bonjour,

Comment ne pas réagir, observons les échelons électifs en Allemagne et comparons avec la France : En France 8 niveaux aux coûts et avantages exorbitants, en Allemagne 3 seulement... Des décisions plus rapides, des actions moins coûteuses, pas d'auto protection des élus... Pas d'emploi différencié entre le Public et le Privé, des retraites réglées à 86% et nous, nos retraites amputées de 50% et de 25%. Toujours et toujours nos élus créent des cours royales pour s'assurer une éligibilité perpétuelle et multiple!
L'omerta en ce qui concerne la gestion de nos fonds privés de retraite... gérés par des syndicats employés et patronaux sans aucun contrôle efficace en regard de l'enjeu réel d'une telle manne financière... Où est passée l'argent ainsi dilapidé! Quand un Politicien Français aura t-il le courage de rétablir le bien de chacun de nous retraité et actif ?
L'impact est incommensurable sur la gestion de nos entreprises et sur la consommation nationale... Encore une fois j'observe avec effroi les résultats sur l'accroissement perpétuel négatif de nos Finances Publics et sur les charges de nos entreprises de toute taille! Sans parler de l'effondrement de la consommation et de l'accroissement perpétuel du chômage!
Quand allez-vous rendre l'argent dilapidé et surement pas perdu pour tous!

Je vous suggère de m'adresser un mail pour recevoir gratuitement ma publication et en comprendre l'enjeu!

mon adresse mail : alain-georges.drassuas@live.fr

Cordialement votre.
Alain Georges Younes O'HARE
a écrit le 26/03/2015 à 15:26 :
Pour la définition du PIB on repassera, l'Europe c'est la loose en terme d'emploi, de croissance et de niveau de vie!
On trouve des témoignages de retraités de plus de 70 ans qui doivent travailler, victimes du gel des retraites, des anciens pré-retraités à la vraie fausse retraite, salariés sortis prématurément du monde du travail, contrairement aux fonctionnaires.
Mettra-t-on les séniors jusqu'à 80 ans au goulag alors qu'on refuse l'accès à la vie active aux jeunes après l'école?
Avec le déficit et la croissance presque nulle, on est loin d'en avoir fini avec l'austérité.

La DETTE QUI PRODUIT UNE BAISSE DU NIVEAU DE VIE, VOILA QUI EST INTELLIGENT !!
a écrit le 26/03/2015 à 14:46 :
Cet essai de prédiction astrale est un peu léger sur le fond.
Pour une analyse un peu plus approfondie (2010) : http://www.humandee.org/spip.php?page=imprimer&id_article=114

Mais je n'en ai pas de plus récente ...
a écrit le 26/03/2015 à 14:10 :
Il faut que les patrons et syndicats se mettent sérieusement à bosser pour un plan de formation à long terme, pas des formations bidons, pas de l'argent qui va servir les syndicats ou les patrons, mais les citoyens et seulement et uniquement les citoyens. C'est à dire qu'ils faut pas se précipiter mais avancer vers des solutions viables sur le long, voir très long terme,....... et si ca continue dans les postures, à droite comme à gauche, utilisation du 49.3.
Il serait aussi nécessaire que le conseil constitutionnel et les sénateurs cessent aussi leurs trop fréquentes postures stériles. Souvent, une loi il faut l'appliquer, et quelques trimestres ou années plus tard, corriger ses défauts, imperfections, oublis et (ou) dérives.
Il faut avant tout avancer, ce qui est pris est pris, ce qui est nul sera corrigé, d'une manière ou d'une autre, par une majorité ou une autre.
Réponse de le 26/03/2015 à 18:14 :
Patrons et syndicats bosser ensemble ?? Allez voir ou essayez le Rapport Perruchot: adhésion syndicats = 3% des recettes totales des syndicats. Le reste me direz-vous ? les mandats de gestion des caisses de retraite, des organismes de formation, de l'assurance maladie, et de Pôle Emploi pour ne citer qu'eux. Cette analyse vaut autant pour les organisations patronales je précise. On voit que l'objectif de la gestion paritaire de ces organisme n'est pas prioritairement d'être efficace mais de financer des syndicats qui ne sont plus représentatifs (environ 5% de syndicalisation public privé cumulé). D'ACCORD AVEC VOUS L'EFFICACITE C EST COMME L INTERET GENERAL CA N'EST NI DE DROITE NI DE GAUCHE C EST UNE CAUSE NATIONALE !!!
Réponse de le 26/03/2015 à 18:45 :
Merci!
a écrit le 26/03/2015 à 14:03 :
Incroyable! C est quoi cette Idee de concurrence d un autre âge! L Allemagne et la France sont des partenaires voire des amis qui travaillent ensemble! La réaction de pleins de français au crash de l avion allemand prouve la profondeur de l amitié qui ne sera pas détruite par des gens qui voient toujours uniquement entre les deux peuples une bataille pour la suprématie en Europe.
Réponse de le 26/03/2015 à 14:31 :
D'accord avec vous Markus, d'autant que la concurrence entre l'Allemagne et la France prend souvent des tournures autres qu'économiques de ce côté du Rhin. En adoptant l'euro sans politique budgétaire commune, ce qu'à refusé la France à l'Allemagne, on a laissé se développer une forme de concurrence à l'intérieur d'une même zone monétaire (un comble). La meilleure façon de régler tout cela c'est de relancer la construction européenne dans le sens d'une plus grande intégration respectueuse des traités...mais ça c'est une autre histoire. Vive l'amité Franco Allemande elle est éternelle !!!
Réponse de le 26/03/2015 à 16:09 :
D'abord je précise que je suis germanophile, mais ce qui ne m empeche pas sur certains sujets d'être critique (comme vis à vis de la France ou tout autre pays).
L'Allemagne, comme nous, a encore ses propres intérêts. Son dumping pour digérer la réunification c'est fait à notre détriment et celui des autres européens.
Deuxio, son credo au niveau européen est d'encourager tout le monde à la concurrence, dès lors il est normal de vouloir s étalonner face au meilleur de la classe. Parler de concurrence d'un autre âge alors qu on n'en parle tous les jours, me parait inexact.
Tertio, ne soyons pas dupes, la force de l'Allemagne lui permet d'imposer largement ses vues, dès lors il est logique que nous ayons comme objectif minimal de rétablir l'équilibre. C'est encore plus vrai chez vous que chez nous, mais il n'y a pas que les droits des retraités qui doivent primer, et j'ai le sentiment que vos politiques ont quasi que ce seul intérêt qui de facto devient celui de tous les Européens.
Et effectivement avec un taux de natalité très faible, il y a en théorie un rattrapage mécanique qui doit s'effectuer; La France n a jamais repris son poids démographique en Europe d'avant les guerres napoléoniennes, cela rééquilibrera notre relation.

Ca permettra d'avoir un meilleur partenariat et ne remettra pas en cause notre amitié que j'espère également indéfectible; On en est très très loin (et il peut se passer des milliers de choses d'ici là), mais supporterez vous d'être nos égaux économiques et démographiqes? pas sur....
Nous avons nos excès, mais vous aussi, certaines unes de vos journaux à notre encontre ou contre l'italie, Grèce et autres dénotent à minima parfois,un petit complexe de supériorité ou sentiment de "suprématie" comme vous l'écrivez (et vous savez qu'en matière d'arrogance on en connaît un rayon!). Qui aime bien châtie bien, mais espérons que ça n'ait pas de méchantes conséquences à long terme.

La fédéralisation, n'est (malheureusement) pas pour demain.
Je ne veux pas apparaître cynique et c'est important que nous partagions nos douleurs communes, mais après votre soutien au moment de Charlie Hebdo, qu'attend votre pays pour s'engager militairement au Mali, en Lybie ou en Syrie ou à tout le moins, plus nous soutenir? Vous allez voir qu on va nous pondre plus vite de nouvelles normes pour l'aviation...
Réponse de le 26/03/2015 à 18:47 :
Je suis content de voir qu'il y a une bonne base entre nos deux peuples, même si des malentendues et des differences de points de vue et peut-être aussi une certaine concurrence ne manquent pas.

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