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Plus que jamais, la transition énergétique doit être géopolitique… et pacifique !

Aurélie Gaudillère (*)

Publié le 15 mars 2022 à 07:02 - Mis à jour le 15 mars 2022 à 12:04

Aurélie Gaudillère, Enerlis

Aurélie Gaudillère, présidente d'Enerlis

Enerlis

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Photo d'illustration de l'article
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OPINION. Depuis le 22 février, l'Histoire est redevenue tragique sur le sol d'Europe. Une grande puissance, dotée de l'arme atomique et de l'une des plus puissantes armées du monde, a envahi un pays voisin démocratique, selon une sinistre dramaturgie impérialiste dont l'Europe se pensait délivrée depuis des décennies. (*) Par Aurélie Gaudillère, présidente d'Enerlis.

Face au terrible drame subi par la population ukrainienne, face aux risques d'embrasement régional, face aux catastrophiques impacts potentiels que fait courir un conflit militaire sur un territoire « doté » de multiples réacteurs nucléaires et des toujours menaçantes séquelles de Tchernobyl, nos démocraties semblent malheureusement démunies, affaiblies par leur vassalisation énergétique.

Plus que jamais, cette crise met en effet en évidence la dépendance, et donc la vulnérabilité, de l'Union Européenne face à son grand voisin pourvoyeur de matières premières essentielles et notamment énergétiques, au point de redouter que certaines éventuelles sanctions puissent se retourner contre nos propres économies. Déjà, depuis plusieurs mois, la réduction d'approvisionnement du gaz russe a entraîné une explosion historique des prix de l'énergie en Europe, comme un message préventif adressé aux opinions publiques pour les préparer psychologiquement à ne pas s'élever contre leur puissant voisin.

Mais notre responsabilité ne s'arrête pas là. L'Union Européenne n'est pas seulement dépendante. Force est de constater qu'elle finance l'effort de guerre impérialiste russe et cela jour après jour, et depuis des décennies. Comme le rappelait récemment l'analyste réputé du marché des matières premières Javier Blas[1], chaque jour l'Occident alimente la machine de guerre russe en achetant pour plus de 700 millions de dollars de pétrole, produits raffinés, gaz dit naturel, charbon, aluminium, nickel, titane, or et autres matières premières !

Au moment où l'Union Européenne s'interroge sur les meilleures sanctions économiques à imposer à l'agresseur - et sans que cela ne concurrence en rien les mesures d'urgence prises ces jours-ci par les amis de l'Ukraine - permettez nous de suggérer que la pire sanction économique qui puisse frapper la Russie serait une transition énergétique européenne conçue comme une arme de souveraineté.

Imaginons que celle-ci soit dorénavant traitée avec le même niveau de priorité que les politiques de défense militaire. Et qu'on y applique une volonté qui s'apparente à un véritable effort de guerre... puisque de guerre (à prévenir) il s'agit hélas.

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Imaginons demain une Europe qui déciderait enfin de produire la plus grande part possible de son énergie, et notamment 100% de son électricité, à partir de ses propres ressources renouvelables en déployant notamment solaire, éolien, hydroélectricité. Imaginons que l'isolation thermique des bâtiments (logements, bureaux, bâtiments publics) soit érigée en priorité stratégique et que les outils financiers et industriels nécessaires soient déployés en conséquence. Imaginons que notre industrie automobile soit reconvertie pour produire des véhicules non seulement décarbonés mais aussi sobres pour réduire la dépendance induite par nos mobilités. Imaginons que pour nos appareils électroménagers, notre éclairage public, etc. les modèles les plus sobres soient systématisés. Imaginons que nos principales industries soient aidées (et non handicapées comme aujourd'hui par des prix versatiles) pour se décarboner. Imaginons que l'équilibre de ce système énergétique soit favorisé par le développement d'interconnexions entre nos pays, production d'hydrogène vert, utilisation de gaz renouvelables, etc.

Ces milliards ne seraient-ils pas mieux utilisés s'ils étaient ainsi investis sur nos territoires, y générant dynamisme économique et emplois ?

La transition énergétique s'imposait déjà pour sauver le climat. Elle est apparue comme l'un des axes de reconquête de la souveraineté pendant la crise COVID. Son urgence s'est accrue depuis quelques mois, quand les risques pesant sur la sécurité d'approvisionnement se sont traduits par une explosion des prix des énergies. S'ajoute dorénavant à ces incomparables mérites sa capacité à stopper le financement par nos propres pays de gazo, charbono et pétromonarchies dont l'actualité nous rappelle combien nos visions du monde ont peine à s'aligner. Plus que jamais, la transition énergétique est géopolitique... et pacifique.

[1] Les produits de base ne sont pas utilisés comme armes dans la confrontation sur l'Ukraine, pour l'instant - Bloomberg

Aurélie Gaudillère (*)

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