Pour une culture européenne de la démocratie
Collectif (*)

Photo d'illustration
Yves Herman
Collectif (*)

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Yves Herman
... diversité culturelle.
Dans L'auberge espagnole, de Cédric Klapisch, un étudiant français incarné à l'écran par Romain Duris découvre l'Europe. Le film date de 2002, soit huit ans après l'ouverture du tunnel sous la Manche et dix ans après la signature du traité de Maastricht. Dans son appartement barcelonais se croisent des jeunes de toute l'Europe : allemand, anglais, belge, italien, danois et même russe. Tous apprennent à vivre ensemble, à faire de leurs différences non pas un fossé mais une passerelle, à mettre en commun leurs aspirations. En somme, à faire démocratie !
Dans leurs moments de doute ou d'angoisses existentielles qui les font tourbillonner, surgit la figure d'Erasme. Le même qui a donné son nom au programme de mobilité étudiante Erasmus, lancé en 1987 sous l'impulsion de François Mitterrand. Le philosophe néerlandais est devenu un guide pour cette génération de jeunes Européens qui forment la « Génération Erasmus » ou la « Génération Auberge espagnole ».
Vingt ans après - comme dirait Alexandre Dumas -, changement de décor ! Les doutes sont d'autant plus inquiétants que le rêve européen a été heurté par le Brexit - que n'aurait sûrement pas voté Wendy, l'étudiante londonienne du film de Klapisch - et aujourd'hui par l'attaque russe en Ukraine - rappelons-nous que le frère de Wendy s'est marié avec une danseuse russe du théâtre Mariinski de Saint-Pétersbourg. Comme tout cela paraît loin...
L'extrême-droite propose de « défendre et promouvoir la civilisation européenne » tout en abdiquant le processus même de construction d'une Union européenne, au profit d'une prétendue « alliance des nations », où chacun restera chez soi. Les grands esprits du Rassemblement national ont choisi. Ils ont troqué le « un pour tous, tous pour un » des Trois mousquetaires pour le « un pour tous et chacun pour soi » de Louis de Funès dans La folie des grandeurs. Mais le film proposé par Jordan Bardella ne nous fait pas rire, son projet serait une tragédie : la fin de l'Europe des fondateurs.
C'est au contraire l'héritage d'Alexandre Dumas que nous revendiquons, lui qui fit le chemin depuis le cimetière de son village natal de Villers-Cotterêts, où siège la Cité internationale de la langue française, jusqu'au Panthéon, porté par six Gardes républicains, drapé d'un velours bleu marqué de la fameuse devise. Le fils du Général Dumas, premier général de l'armée française à avoir des origines afro-caribéennes, avait fait construire à Paris son propre théâtre : le Théâtre-historique. Inauguré en 1847, celui-ci accueillit des pièces du grand répertoire européen : Shakespeare, Goethe, Calderon, Schiller...
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Dumas est un modèle de cette culture européenne de la démocratie et de l'ouverture au monde. Il s'exila à Bruxelles avec Victor Hugo pour protester contre le coup d'Etat de Napoléon-III, voyagea en Russie et s'engagea corps et biens pour la République italienne aux côtés de Garibaldi. Cette même culture européenne de la démocratie garantit notre liberté d'expression et notre diversité culturelle, elle nous permet de débattre ensemble des décisions qui façonneront demain notre vie quotidienne et notre vie tout court. C'est cela que les populistes et démagogues voudraient que nous abdiquions, alors que les ombres ne cessent de s'allonger au-dessus de notre continent ?
Dans son discours à la Sorbonne, elle-même le siège d'une longue maturation d'une certaine idée de l'Europe, le 25 avril dernier, le président de la République affirmait en ces termes la place essentielle de la culture européenne de la démocratie au cœur de l'enjeu des prochaines échéances électorales : « Défendre cet humanisme européen, c'est considérer qu'au-delà de nos institutions, de cette démocratie libérale à laquelle nous tenons, que nous devons défendre et renforcer, c'est la forge des citoyens par le savoir, la culture, la science qui se joue dans notre Europe. » Il citait aussi Peter Sloterdijk, titulaire de la chaire « L'invention de l'Europe par les langues et les cultures » du Collège de France, et ces moments « où l'Europe pense son déclin, doute d'elle-même ».
Pour ceux qui veulent accéder au pouvoir par tous les moyens, ces doutes sont une aubaine. Ils s'en nourrissent et n'ont que faire d'accélérer le déclin. Ils veulent priver notre jeunesse de la chance offerte par Erasme et ses descendants. Ils réfutent cette grande idée de l'Europe qui a donné naissance à la démocratie, sur l'agora d'Athènes où se réunissait le Démos, et à la République, sur les marches du Capitole. L'écho lointain de leurs ambitions résonne aux Etats-Unis, autre grande démocratie et première République de notre histoire moderne, aujourd'hui menacées, autant que nous le sommes. L'Europe ne sera sauvée que si nous affirmons cette culture de la démocratie. C'est elle qui nous permettra de tenir face aux nombreux défis du monde de demain.
Qu'est-ce que cette culture de la démocratie, sinon une manière de faire dialoguer le patrimoine et la création contemporaine, d'ouvrir les bibliothèques et les lieux culturels pour en faire des lieux de vie citoyenne, de soutenir la création et de mettre les créateurs au contact des habitants, de permettre à la jeunesse de se former avec un horizon plus vaste que celui du mur d'en face ? D'être grands sans vouloir écraser. Depuis sa création, Le Défi Démocratique propose des solutions utiles, à l'écoute des acteurs de la République, d'universitaires, d'experts pour revivifier le lien démocratique à toutes les échelles du territoire national. Mais aujourd'hui, nous affirmons que nos efforts resteront vains si nous ne défendons pas une culture européenne de la démocratie.
Le 9 juin prochain, soyons fiers avec Dumas de clamer notre devise : le courage de rester unis !
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(*) Signataires :
Loïc Boivin, administrateur territorial, Isabelle Florennes, sénatrice des Hauts-de-Seine, Nicolas Idier, haut-fonctionnaire et écrivain, Daniel Lebègue, ancien président de Transparency International France et d'associations, Gilles Le Gendre, député de Paris, Frédéric Monlouis-Félicité, cadre en entreprise, et Sophie Roche, consultante en transformation digitale, animent le cercle de réflexion Le Défi démocratique.
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