Primaires : un saut démocratique qui appelle d'autres progrès

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La primaire est une invitation à avancer résolument dans la voie d'une démocratisation en profondeur, non seulement de la vie politique mais aussi de la société civile et de la vie économique. Par Bernard Cherlonneix, Président de l'Institut pour le Renouveau Démocratique

Les démocrates de conviction qui ne sont pas légion peuvent se réjouir du grand progrès démocratique accompli sous nos yeux par la généralisation des primaires en amont de l'élection présidentielle, n'en déplaise à certains Cassandre[1]. Pour une fois cette victoire indiscutable de la « démocratie », ce mot et cette réalité avec lesquelles la France établie est en délicatesse, ne pourra pas être dissoute dans les « salutations  républicaines » décalées des vaincus à l'égard des vainqueurs les soirs d'élections nationales. La méfiance instinctive de la classe politique à l'égard de la souveraineté populaire, le consensus informulé autour du modèle jacobin de captation du pouvoir populaire par ses « représentants » et en fait par la bureaucratie d'Etat qui travaille à leur place et les instrumentalise, sont momentanément réduits au silence. Comme dirait Courteline, c'est un plaisir de fin gourmet de voir la tête des « dirigeants » et des « commentateurs » au soir d'un jour où le peuple élève la voix, dément tous les pronostics et n'en fait qu'à sa tête.

Non sans subir alors de grandes critiques, la gauche avait inauguré ce processus de sélection démocratique des candidats en vue des élections présidentielles de 2012 avec une participation importante de près de trois millions d'électeurs. Elle mettait ainsi fin, pour cette élection-là du moins, au secret des investitures, qui constitue une des principales faiblesses de la démocratie représentative, puisque cette intrusion du « centralisme démocratique » dans les « démocraties parlementaires » trahit sa parenté avec les « démocraties populaires » et les régimes  totalitaires ou autoritaires, dans lesquels l'échelon supérieur désigne l'échelon inférieur et ne le conçoit que servilement soumis. Un mode de fonctionnement à rebours du modèle électif et de collation du pouvoir qui nous vient à l'esprit lorsque nous parlons de démocratie. Lequel, par parenthèse, prévaut encore largement dans le fonctionnement des entreprises privées, des entreprises publiques et des administrations... même s'il est défié par de nouvelles formes d'organisation économique telle que celle de l'entreprise libérée[2].

La culture monarchique de la droite

Malgré les réticences d'une large fraction de la droite partisane, durablement marquée par une culture monarchique ou bonapartiste et surtout par une pratique autoritaire invétérée du pouvoir, la droite et le centre ont adopté cette bonne pratique. Quatre millions d'électeurs viennent de plébisciter cette formule d'investiture populaire. La « primaire » s'impose comme une conquête définitive car elle permet tout bonnement à l'électorat de se faire une meilleure idée du programme et de l'homme qui désire accéder à la magistrature suprême, de limiter les chèques en blanc des électeurs aux élus (chat échaudé craint l'eau froide) et d'éliminer les éternels revenants que le « peuple souverain » ne veut plus voir.

Les primaires françaises égalent les américaines

La bonne tenue des trois débats prévus pour cette élection primaire intra-partisane lui permet de se comparer favorablement à celle des primaires démocrates et républicaines de la grande démocratie américaine à l'école de laquelle nous avons fini par nous mettre. L'élève a facilement égalé le maître. Ce saut démocratique appelle d'autres progrès. A l'école américaine de l'organisation des contrepouvoirs, nous pourrions par exemple dépolitiser le Conseil Constitutionnel en en réservant l'accès à des juristes confirmés par une carrière de juge ou une éminence académique...

Élargir les processus à d'autres élections

Ce succès montre que les Français, adultes responsables, loin d'être indifférents à la res publica sont à l'affût de toutes les ouvertures démocratiques. Le processus devrait s'élargir aux autres élections et s'étendre au-delà du champ des partis politiques traditionnels pour permettre l'investiture et l'élection de personnalités indépendantes, de candidats nouveaux ou sans étiquette sur le modèle de Barcelone, Rome, Cologne, Montpellier ou Chartres.

Mais les leçons de la primaire vont au-delà du processus de sélection des dirigeants politiques. Les Français souhaitent contribuer à la vie de la cité et avoir « voix au chapitre » sur les évolutions et les réformes dont ils comprennent la nécessité. Ils veulent participer à leur élaboration, orienter leur mise en oeuvre au bénéfice de tous, que ce soit dans la cité, l'entreprise, les collectivités, les services publics ou les « associations lucratives sans but »[3]. La primaire est une invitation à avancer résolument dans la voie d'une démocratisation en profondeur, non seulement de la vie politique mais aussi de la société civile et de la vie économique. Un avertissement à tous les dirigeants.

 Bernard Cherlonneix Président de l'Institut pour le Renouveau Démocratique[4]

 [1] Parmi lesquels David Revault d'Allonnes Primaire, machine à fabriquer de la violence in Le Monde, 6 septembre 2016.

[2] Voir par exemple « Les employés d'abord, les clients ensuite » de Vineet Nayar, Diateino, 2013.

[3] Nous faisons ici allusion au livre de Pierre-Patrick Kaltenbach qui porte ce titre, Éditions Denoël, 1995.

[4] Voir www.iprd.fr

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Commentaires
a écrit le 02/12/2016 à 16:18 :
Ni Hollande ni Sarko ne souhaitaient des primaires, ce sont les opinions publiques et les concurrents dans les partis qui les ont obligé à en passer par le scrutin des militants.

Chez Sarko c'est assez rigolo, lui qui était contre par principe s'est retrouvé obligé d'accepter des primaires fermées (seulement ouvertes aux militants encartés), puis ouvertes (sympathisants), puis avec un grand nombre de bureaux en province (ni lui ni Juppé n'ont percuté qu'ils faisaient ainsi le lit des fans de Fillon).

On peut considérer que c'est un progrès démocratique puisque les candidats ne sont plus adoubés par, et à l'intérieur, d'un club fermé d'apparatchiks.

Pour ce qui est du nombre d'électeurs, considérer que 3 millions c'est une mascarade, c'est oublier que chaque primaire ne concerne que ses propres sympathisants. Pour Le LR qui revendique 179 000 encarté, arriver à déplacer plus de 4 millions de votant c'est un signe.
Pour comparaison, en 2012, Sarkozy avait eu 16.8 millions de voix au second tour.
a écrit le 02/12/2016 à 15:27 :
Pourquoi faire des primaires ou même une élection ,c'est un sondage de 800 personnes au téléphone qui détermine le nom du futur candidat aujourd’hui, non ?
Quand on voit qu'il y avait le frère à Philippot ou l'ex patronne du Medef Laurence Parisot à l'Ifop qui vient de refiler d'ailleurs le bébé à la famille Dentressangle cela donne une idée de l'orientation des questions posées pour influer sur le choix futur de la population.
a écrit le 02/12/2016 à 15:03 :
Primaires : un saut démocratique ...!

Les primaires françaises sont de vrai fausses primaires ;

car en effet, 3 ou 4 millions de fanatiques votants, c'est moins de 10 % du corps électoral français,

à l'évidence, les primaires françaises ne sont qu'une tarte à la crème farcie de mensonges,

les fausses primaires françaises ne sont que des gesticulations ULTRA minoritaires, insignifiantes,

être élu d'une primaire c'est in finé la HONTE absolue pour celui qui n'a pas réussit à mobiliser au moins la moitié du corps électoral

être élu d'une primaire à la française c'est démontrer que plus de 90% du corps électoral rejette le piteux élu,

90% d'électeurs qui ne daignent pas se déplacer pour voter à une primaire, c'est la preuve que les candidats de ces primaires ne présentent AUCUN intérêt pour la nation ;

Fillon est fort mal élu, il n'a recueillit que 64% de 10 % d'électeurs, soit moins de 6,4% du Corps Electoral Français et ne sera pas élu en 2017 après le désastre de l'ex primairiste Hollande

CONCLUSION INCONTOURNABLE : les socialistes peuvent d'ores et déjà abandonner leur primaire vouée à l'échec total comme st y=un échec absolu le piètre cas Fillon
a écrit le 02/12/2016 à 13:29 :
La démocratie ce serait autoriser n'importe quel citoyen à se présenter à n'importe quelle élection à laquelle le territoire dans lequel il habite est sollicité. Certaines personnes de la famille LR (et affiliés) ayant été empêchées de se présenter à ces primaires faute de réseau d'influence suffisant, alors ces primaires sont anti démocratiques.
Réponse de le 02/12/2016 à 15:56 :
Mais c'est le cas.
Tout le monde peut se présenter à une élection présidentielle. Il suffit de convaincre 500 grands électeurs de son sérieux (sur 42 000) et de faire parvenir dans les temps et dans les formes au Conseil Constitutionnel pour validation.
Pour votre info, dès que la liste des parrainages est validée, le candidat reçoit même 153 000€ en avance de frais.

Pour les scrutins de liste, c'est moins ouvert, mais pas insurmontable.
a écrit le 02/12/2016 à 13:11 :
N'importe quoi, les primaires ne sont que 'l'expression de la fin de vie d'un système électorale de plus en plus englué dans son illégitimité. Vous êtes en train de légitimer le fait que c'est 3 millions d'électeurs sur 44 qui choisissent le futur serviteur de l'oligarchie et tout cela sans rire. Au secours.

Les élections c'est la pensée binaire, prenons par exemple un pays sans parti polituque professionnelle, il n'y en a pas étant donné que du coup on ne peut pas acheter les politiciens et donc la politique appliquée mais faisons comme ci, que se passerait il ?

Chacun aurait intérêt à coopérer avec l'autre afin de proposer le maximum d'idées et de sélectionner les meilleures tout en tenant compte des idées des autres, on élimine radicalement la pensée binaire stérile et du coup on gouvernerait réellement efficacement.

Nous sommes 7 milliards sur cette planète avec 7 milliards d'expériences différentes et donc d'opinions différentes, remplacer cette richesse plurielle par les dogmes de deux partis politiques ou trois cela ne vous gène aucunement ?

On parle de la montée des populismes mais personne n'est capable d'expliquer pourquoi cela se produit étant donné qu'aucun personnage "spectaculaire" médiatique n'est en mesure de sortir de la pensée binaire aliénante.

Il serait temps de prendre du recul parce que ça fait 30 ans que nous ne faisons que l'économie mondiale, possédée par quelques milliers de personnes trop gâtées pour être compétentes, ne fait que couler.

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