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Qu’attendre d’une Allemagne dirigée par une coalition SPD-Verts-FDP ?

Pierre Baudry

Publié le 20 octobre 2021 à 06:55 - Mis à jour le 05 mars 2026 à 13:09

Allemagne coalition

De gauche à droite, Annalena Baerbock (Verts), Olaf Scholz (SPD) et Christian Lindner (FDP).

Reuters

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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OPINION. La coalition qui devrait gouverner l’Allemagne souhaite mettre en œuvre de nombreux projets ambitieux au niveau européen, notamment au niveau de l’environnement. Tous ne seront pas aisés à réaliser. Par Pierre Baudry, Université de Bourgogne – UBFC.

Angela Merkel a été chancelière de la République fédérale d'Allemagne de 2005 à 2021. Seuls Konrad Adenauer (1949-1963) et Helmut Kohl (1982-1998) se sont trouvés à la tête du gouvernement allemand aussi longtemps qu'elle.

Son bilan européen apparaît d'autant plus décevant aux yeux de nombreux observateurs : la crise de l'euro, les difficultés à renforcer la gouvernance de la zone euro ou les politiques de rigueur budgétaire mises en œuvre en Europe ont contribué à faire douter de l'engagement européen de l'Allemagne.

Les législatives en vue de l'élection du nouveau chancelier viennent d'avoir lieu en Allemagne, le 26 septembre dernier. Même si les tractations vont encore bon train autour de la création du futur gouvernement, il apparaît qu'un tournant pourrait survenir suite au départ d'Angela Merkel. Un tournant pour le pays mais, aussi, pour l'UE.

Des sociaux-démocrates, écologistes et libéraux victorieux

Ce 26 septembre, les démocrates-chrétiens de la CDU/CSU menés par Armin Laschet n'ont obtenu que 24,1 % des suffrages, ce qui constitue tout simplement le plus mauvais score de leur histoire.

En revanche, les sociaux-démocrates du SPD et les Verts (Bündnis 90/Grüne) peuvent se féliciter de leurs résultats. Olaf Scholz, qui a mené la campagne du SPD, a mis un terme au déclin de son parti, initié depuis les années 2000, en recueillant 25,7 % des votes. Grâce à une campagne habile donnant une large place à la question de la transition écologique, Scholz a su s'imposer de manière incontestable. Les Verts récoltent, quant à eux, le meilleur score de leur histoire avec 14,8 % des voix.

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Pour l'heure, il existe fondamentalement deux possibilités en ce qui concerne le futur gouvernement. La première option est que les démocrates-chrétiens prennent la tête du nouveau gouvernement avec l'appui des sociaux-démocrates ou avec le soutien des libéraux et des écologistes. Mais cela reviendrait à reconduire les conservateurs, qui ont été sévèrement battus aux élections. En outre, les écologistes sont très sceptiques envers cette possibilité.

La seconde voie ouverte serait de former une coalition entre les sociaux-démocrates, les Verts et les libéraux du FDP. Cette alliance associerait les valeurs progressistes dont sont porteurs le SPD et les Verts au pragmatisme économique que le FDP affirme incarner. Ce scénario, qui a les préférences des partis concernés et des électeurs, verrait la mise en place d'un gouvernement assez comparable à celui qui a déjà dirigé l'Allemagne sous Willy Brandt.

Un tournant social et écologiste en Europe ?

Le SPD doit son succès à sa capacité retrouvée à obtenir le soutien des ouvriers et des chômeurs. Il s'agit là une forme de réconciliation avec ses origines pour ce parti qui a bâti sa campagne sur le thème du « respect » dû aux travailleurs, aux chômeurs et aux « petites gens ». Le SPD a pris ses distances avec les années Schröder, marquées par la réduction des allocations chômage et l'adaptation à la mondialisation. Son objectif affiché, une fois au pouvoir, est de mener une politique de redistribution plus importante, ce qui passe par une augmentation des impôts pour les foyers les plus riches.

Le SPD nourrit de nombreux projets pour relancer la construction européenne, en rupture avec les années Merkel. Dans leur programme, les sociaux-démocrates disent aspirer à une « Europe souveraine », ce qui constitue une petite révolution dans le langage de la gauche allemande qui, historiquement, parlait plus volontiers de valeurs universelles que de souveraineté. Pour le SPD, les Verts et le FDP, il s'agit certes de maintenir l'alliance avec les États-Unis, mais aussi de créer une politique de défense européenne. Les libéraux veulent même une armée européenne commune soumise au contrôle des euro-députés. Le but est de donner une véritable souveraineté stratégique à l'Europe, en ligne avec les projets d'Emmanuel Macron en France.

Au niveau économique, le programme européen du SPD repose sur deux volets : le projet d'une union sociale et fiscale, et la création d'un fonds commun d'investissement entre les pays membres de l'UE. Cela implique la mise en place d'aides entre les pays européens, la fin de la concurrence fiscale entre les États et l'élaboration d'un plan financier pour effectuer le passage vers une économie écologique et numérique. Une telle politique passerait par le soutien aux entreprises européennes de l'Internet voire par le démantèlement des géants américains du secteur.

Les Verts sont proches de ces propositions, mais ils vont encore plus loin. Ils proposent des investissements de 500 milliards d'euros sur les dix années à venir rien qu'en Allemagne afin d'arriver à une économie climatiquement neutre, un objectif qu'ils jugent possible d'atteindre en 2040. Au niveau de la politique européenne, ils prônent plus de transparence en ce qui concerne l'influence des lobbies sur les instances européennes, une plate-forme européenne rassemblant des médias publics. Ils veulent aussi renforcer les droits en Europe en assurant des standards sociaux minimum partout sur le continent en encourageant par exemple la cogestion, l'introduction de salaires minimaux et la création d'une assurance-chômage européenne.

Les sociaux-démocrates et les Verts considèrent en outre qu'il faut donner au Parlement européen un pouvoir de contrôle sur les politiques économiques de l'Union afin de conférer à celles-ci une légitimité démocratique. Le FDP aussi entend renforcer l'Europe de manière significative, pour un faire un État fédéral doté d'une Constitution commune, d'un catalogue de droits fondamentaux et d'institutions fortes, avec un Parlement européen renforcé.

Des projets qui doivent encore devenir réalité

La gauche progresse. La droite s'effondre. Mais on peut se demander dans quelle mesure l'Allemagne rompra totalement avec la politique d'Angela Merkel, d'autant plus que la chancelière avait somme toute fait de nombreux compromis : relance économique en 2008, aides (conditionnelles) à la Grèce durant la crise de l'euro, sortie du nucléaire et accueil des migrants en 2015.

De plus, c'est Olaf Scholz, une personnalité centriste, qui a les clés de l'avenir du pays. Il était ministre des Finances dans le gouvernement de Merkel depuis 2018. Homme plutôt discret et appartenant à l'aile conservatrice de son parti, il a été longtemps rejeté par une partie du SPD, qui ne le trouvait pas suffisamment ancré à gauche.

S'il devient chancelier, il est impossible à ce stade de connaître sa politique dans le détail. Mais les partis outre-Rhin signent un contrat de coalition qui incite aux compromis et qui devra prendre en compte les attentes des libéraux, hostiles à l'augmentation des dépenses publiques. Le SPD, les écologistes et le FDP veulent maintenir le « frein à l'endettement » même si les Verts et les sociaux-démocrates veulent faciliter les investissements publics.

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Quant au vieillissement de l'électorat allemand, il encourage plutôt à des politiques mesurées et consensuelles. Au plan européen, le SPD devra sans doute faire face à la résistance de nombreux pays pour créer un gouvernement de la zone euro ou une éventuelle politique industrielle européenne. La gauche veut relancer l'Europe, mais les défis devant elle sont nombreux.

The Conversation ______

Par Pierre Baudry, Docteur et enseignant agrégé, Université de Bourgogne - UBFC.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Pierre Baudry

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