Quand les déséquilibres d'un pays font sa force

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, quand les déséquilibres d'un pays font sa force

L'économie française n'est pas la seule à souffrir d'un déséquilibre de ses comptes courants. Le Royaume-Uni, l'Australie, la Nouvelle Zélande, le Canada et les Etats-Unis, sont aussi structurellement dans le rouge avec un déficit encore plus profond que celui de la France et s'en accommodent.

Déficit courant et hyper-attractivité

Deux cas de figures se présentent. Certains pays, comme l'Australie et la Nouvelle Zélande font partis des économies les plus ouvertes au monde aux investissements directs étrangers et trouvent le financement nécessaire pour couvrir leurs déficits courants depuis plusieurs décennies sans réels problèmes. Leur déficit courant, n'est au fond que le revers de la médaille de leur hyper-attractivité. Il n'en reste pas moins qu'ils se mettent en état de dépendance financière à l'égard du reste du monde ce qui peut les exposer à un risque de liquidité, doublé d'un risque de change. Le Mexique en 1995 et plus encore la Thaïlande en 1998 en sont les parfaits exemples. L'économie thaïlandaise a continuellement été déficitaire dans les années 80 jusqu'en 1997, moment où le baht thaïlandais et la bourse décrochent et font fuir les investisseurs étrangers. Sans financements extérieurs, la consommation privée, l'investissement, la dépense publique, tout lâche, la crise est générale, le PIB chute de plus de 10% en seulement deux ans. L'Australie et la Nouvelle Zélande ne sont pas dans cette séquence mais leurs positions extérieures nettes c'est-à-dire la différence entre leurs actifs sur le reste du monde et leurs passifs sont dans la zone rouge, bien au-delà du seuil d'alerte fixé pour les pays européens par la Commission européenne.

Ces pays qui jouent de l'effet de levier

Il existe un second bloc de pays emmené par les Etats-Unis qui comprend le Royaume-Uni et le Canada. Il n'y a pas nécessairement corrélation entre des déficits parfois lourds et les positions extérieures nettes. Ces pays dépensent plus qu'ils ne produisent, mais la qualité et la valorisation des actifs qu'ils acquièrent sur le reste du monde fait plus que compenser ou compensent en grande partie la montée de leur endettement et se retrouvent avec une position extérieure nette proche de l'équilibre voire positive pour le Canada. Ces pays bénéficient en quelque sorte de l'effet de levier. Leur endettement à taux faible leur permet d'acquérir des actifs à haut rendement et à fortes plus-values. Dans ce domaine, les Etats-Unis sont imbattables. Privilège du dollar, ils agissent en véritable « banquier du monde » avec une gigantesque activité d'intermédiation et de transformation des échéances. Ils aspirent d'abord une part considérable de l'épargne mondiale qui vient majoritairement s'investir dans des actifs sans risque, en particulier les bons du trésor. Ces ressources empruntées au reste du monde, sont en partie utilisées pour financer des investissements directs plus risqués dans le reste du monde ou des achats d'actions dont la valeur représente aujourd'hui plus de 90% du PIB contre moins de 20% jusqu'au début des années 90. Des investissements qui rapportent. Les américains tirent plus de 800 milliards de revenus de leurs actifs détenus à l'étranger. Bien entendu, il faut soustraire les revenus sortant du pays, mais le solde reste très positif avec un excèdent d'environ 200 milliards de dollars.

Même si la France est en déficit structurel, sa situation n'a encore rien d'alarmant. Sa position extérieure demeure en deçà de la zone de risque définie par la Commission. Force est de constater pourtant que sa position tend à se fragiliser qu'elle ne dispose pas des immunités que je viens d'évoquer. Son attractivité ne lui permet pas de couvrir facilement ses déséquilibres courants. Et la valorisation de ses actifs à l'étranger ne compense pas la montée de son endettement sur l'étranger. Et c'est bien par la restauration de sa compétitivité et de son attractivité qu'elle pourra s'extirper d'une pente qui pourrait devenir très vite glissante.

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Commentaires
a écrit le 25/12/2018 à 15:43 :
on ne peut pas juger un pays simplement sur les flux d'investissements et financiers avec l'étranger. une économie ne peut pas être simplement basée sur ça. il faut regarder investissement public/privé, compétences/R&D, fécondité, taux d'épargne, classe moyenne, santé, effort de Défense, etc...
UBS disait en avril dernier que la France a les meilleures perspectives économiques en zone Euro du fait notamment de la démographie, de bonnes compétences ou d'un bon niveau d'investissement (notamment en R&D). le problème de la France est d'être trop équilibrée/développée par rapport aux autres pays. c'est la France qui devrait se plaindre de ses partenaires, plus que les US.
on ne peut pas dire qu'être un pays déséquilibré est une force. c'est encourager la course à la médiocrité, en suivant UK, US, Allemagne, Canada, Japon, Europe Sud, etc...
si tout le monde s'engage dans la course à la médiocrité - comme c'est le cas - les investissements à l'étranger et les flux qui en résultent vont devenir de moins en moins intéressants. il ne restera plus que la France comme opportunité d'investissement. :-)
et l'agitation actuelle des marchés annonce peut-être une nouvelle crise, et une dévaluation des actifs et baisse des flux financiers à venir.

Xerfi disait il y a quelques jours que Espagne/Portugal remontaient la pente en matière de pouvoir d'achat. alors que le taux d'épargne des ménages chute depuis 2009. je comprends pas bien. l'institut statistique portugais vient de dire que le taux est à 4%, un record de faiblesse (https://econews.pt/2018/12/21/households-savings-decrease-rate-reaches-twenty-year-low/).

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