Que peut encore la France face à l'Allemagne ?

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, que peut encore la France face à l'Allemagne ?

Que peut la France face à l'Allemagne ? L'imiter dirons certains.

Et qu'est-ce que l'Allemagne. Un pays qui dégage chaque année l'équivalent de 7 à 8% de son PIB en excédent courant. Quand la France est en léger déficit. Un pays qui dégage un surplus budgétaire et dont la dette publique converge maintenant à vive allure vers le seuil des 60% à horizon 2019-2020, Quand la France devrait plafonner encore longtemps au voisinage de 95 à 100%. On peut ramener cela au revers de la médaille d'un pays qui vieillit plus que l'autre, et qui constitue par nécessité une épargne de précaution. On peut à l'inverse fantasmer sur la vertu financière de ce pays et préconiser la même discipline pour la France en s'arrêtant à la surface financière des choses. Coupons nos dépenses publiques, allégeons nos impôts, modérons nos salaires et le reste suivra. A la clé, rétablir la compétitivité et la soutenabilité financière d'une économie malade.

La grande longueur d'avance de l'économie allemande ne risque-t-elle pas de rendre vain tous nos efforts?

Aujourd'hui, l'Allemagne est un pays qui vit sous le régime d'une devise sous-évaluée. Et même nettement sous-évaluée, puisque l'Allemagne est en zone de confort avec un euro qui peut atteindre les 1,30, ce qui n'est pas le cas de la France. La machine à excédents n'est donc pas prête à s'arrêter. Et cette machine à excédent a l'assise industrielle que l'on sait. On peut toujours se joindre à l'incantation des économistes : baisser les salaires et monter en gamme. Cela ressemble à une injonction paradoxale dans le cas français. Peut-on vraiment remonter notre écart de spécialisation industrielle qui est permanent depuis l'après-guerre en cassant la demande intérieure, monter en gamme en déportant la demande vers les produits low-cost en faisant subventionner la baisse des charges par la partie la plus exposée de notre économie ? Peut-on monter en compétence en subventionnant le travail peu qualifié ou en compressant les salaires ? Peut-on surtout le faire sur un horizon raisonnable.

L'avantage pris par l'Allemagne est inquiétant, car il a tout de l'avantage cumulatif

L'excédent courant n'est pas que financier. Il est une arme redoutable pour consolider l'avantage réel déjà constitué par l'économie allemande. Car l'économie allemande c'est un noyau dur industriel, plus rentable que le nôtre et qui se renforce par effet d'agglomération et par une plus forte capacité à autofinancer l'investissement. Qui surexploite le levier de rentabilité que lui confère la sous-traitance à l'est. Qui dispose de multinationales qui ont la même voilure que les multinationales françaises et qui lui procurent peu ou prou le même niveau de revenu de l'étranger.

Et ces profits sont aujourd'hui utilisés pour capter des rentes là où l'Allemagne de dispose pas d'avantage: le tourisme par exemple. Où certes l'Allemagne est très déficitaire mais se rattrape en faisant main basse sur les structures hôtelières à l'étranger ou en prenant possession d'aéroports. Ce qu'elle perd en déficit touristique, elle le retrouve en revenus dégagés à l'étranger.

Idem pour l'excédent budgétaire allemand, qui lui confère aujourd'hui une capacité d'impulsion contra-cyclique dont la France ne dispose pas. Autrement dit, les investisseurs allemands vivent dans un monde moins incertain que les investisseurs hexagonaux.

Converger vers l'Allemagne ne lui suffit plus

Face à cette Allemagne qui est devenue l'épicentre productif de l'Europe, la France tend à être reléguer à la périphérie. Et cela veut dire qu'elle doit concevoir sa fiscalité en fonction de cette perte de centralité. Elle doit se doter d'un avantage relatif par rapport à cette dernière. Baisser la pression fiscale donc, sans sacrifier les investissements stratégiques... mission presque impossible.

Face à cela, la France peut certes jouer en défense et limiter la casse. Mais on pressent bien que le rééquilibrage ne peut être une partie gagnée, que si l'Allemagne bute sur les limites et les contradictions de son propre système. Si la montée en gamme rapide des émergents fragilise son option hyper-industrielle. Si l'affaiblissement de ses débiteurs fragilise la qualité de ses créances, si elle ne parvient pas à sortir de son ornière démographique par l'immigration... Bref si l'Allemagne devient sa propre ennemie.  Et si surtout la France, grâce à sa vitalité entrepreneuriale parvient à jouer dans le même temps, le coup d'après.

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a écrit le 18/10/2016 à 7:35 :
Il faut harmoniser les fiscalités, et pour la France, tenir compte de la démographie pour le financement des retraites. Cela revient à basculer la fiscalité du travail sur la fiscalité énergétique. Il est urgent de s'intéresser à cette question. Qui en est capable?
a écrit le 17/10/2016 à 17:48 :
pas cool cet article, au moment ou on nous dit par ailleurs que l'industrie semble redémarrer en France (Trendéo et enquête ManpowerGroup) et que le nombre d'entreprises exportatrices a pas mal augmenté en 2015 !
la France n'a pas de pétrole, mais elle a des idées. les Français sont doués. il manque cependant aussi la confiance/la fierté/l'esprit conquérant (il faut en finir avec 1940, je suppose). c'est peut-être en train de changer.
il y a 2 ans, il y avait un article du FT sur les difficultés de VW pour recruter en Germanie.
il y avait aussi des articles sur des gros problèmes avec leur nouvelle plate-forme MQB, il me semble. les déboires du groupe ne sont pas susceptibles d'être dus entre autres à des problèmes de ressource humaine ?
chez Germanwings, ils ont peut-être embauché un fou parce-qu'ils ont de plus en plus de mal à recruter ?
quid des difficultés sur leurs gros chantiers de construction ?
la ressource humaine doit commencer à devenir rare dans les pays de l'Est aussi.
en 2014, leur programme "make it in Germany" pour attire des gens qualifiés non européens avait été un échec. l'OCDE disait que plus de la moitié des immigrés d'Europe du Sud repartaient dans l'année suivant leur arrivée.
c'est pour cela qu'ils veulent mettre leurs seniors au travail ?
si vraiment ce problème démographique devient très compliqué, est-ce bon pour la France ?
a écrit le 17/10/2016 à 14:49 :
Autant de pauvres et de chomeurs en France qu'en Allemagne (faux travailleurs a 1€/h non déclaré au chomage) !
a écrit le 17/10/2016 à 14:13 :
L’Allemagne « Qui dispose de multinationales qui ont la même voilure que les multinationales françaises et qui lui procurent peu ou prou le même niveau de revenu étranger. »
Votre vidéo montre une valeur plus élevée en 2015 du niveau de revenus français.
Vous omettez totalement de dire que pour arriver à ce niveau là, le rapport entre populations est de 66/80,5 millions, donc les multinationales françaises performent bien plus que les allemandes.
66 x 1,22 = 80,5 (~ 4/5).
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Le surplus ou déficit du commerce extérieur sont à étudier de plus près.
Exporter énormément avec peu de cash en retour, est-ce la solution ?
Revenus net de l’étranger en $
L’Allemagne, a bien plus d’entreprises que la France, notamment PME et ETI.
Mais au résultat :
2012 : + 38,04 milliards
2013 : + 43 96 milliards
2014 : + 58,74 milliards
Allemagne
2012 : + 84,22 milliards
2013 : + 81.28 milliards
2014 : + 81.85 milliards
Il semblerait que l’Allemagne est statique alors que la France est fortement dynamique depuis 2013.
Et là encore il faut tenir compte du rapport entre populations.
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Et l’investissement français est bien reparti à donf, notamment celui provenant de l’étranger, ceci malgré la série d’attentats qui a endeuillé notre Nation.
Dans le domaine des investissements et des startups, la France est bien plus recherchée et dynamique que sa voisine.
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Et cette année, les entreprises françaises (petites et grandes, deal de plus de 10 M) tournent en moyenne à plus de 2 acquisitions à l’étranger par jour ouvré. La France va certainement réaliser 2 records cette année, celui du nombre d’acquisitions à l’étranger et celui de la somme (XX Mrd€) des achats réalisé à l’étranger, dont une grande partie aux Etats-Unis.
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L’Allemagne est parfaite, peu de chômage, de dettes, les meilleures entreprises du monde, une balance commerciale extraordinaire, peu de dépenses militaires et sécuritaire, peu de dette sociale, etc.
Mais alors, comment ce fait-il qu’en 2015 et 2016, alors que la France est frappée durement par les attentats, notre performante voisine n’ai que quelques 10ème de points de croissance en plus ??????????????!
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Ce n’est pas parce que la France a été nulle durant une quinzaine, au minimum, qu’elle n’a pas les capacités à rebondir et à enfumer l’Allemagne (et le Royaume-Uni).
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Il faut faire confiance à nos entreprise, aux jeunes pousses, aux fonds français qui prennent de l’ampleur, à la recherche publique qui est toujours au TOP, et se mettre à bosser pour certains (politiques, salariés, syndicats et patrons), une presse plus sérieuse, des élus plus sérieux, tout euro dépensé doit servir l’emploi, la recherche, le design, innovation, rattraper le retard pris sur certaines infrastructures, évidement anticiper, impératif augmenter les budgets dans la recherche (privé et public), bosser plus collectif à l’export, monter le niveau de certains enseignements, l’enseignement doit être dynamique, donc profs non-largués par les évolutions rapides des industries et services, accompagner encore plus les jeunes entreprise, faciliter le crédit, baisser l’imposition sur les PME, oublier un peu l’IdF qui s’en sort plutôt bien, mettre le paquet ailleurs, et surtout continuer à augmenter les marges sans toucher aux salaires, avec un seul objectif, le haut de gamme, seul moyens de contrer les émergents, etc.
Un vrai programme……..
Réponse de le 17/10/2016 à 14:58 :
J'ai oublié une couche essentielle
L'Allemagne étant bien plus énergivore que nous, c'est 3x plus d'hydrocarbures. La baisse du cout des ces derniers a donc plus profité à l'Allemagne. Et même raisonnement pour la baisse des minerais.
Tous comptes faits, notre voisine est vraiment nulle !
Réponse de le 18/10/2016 à 7:40 :
Il s'agit bien d'un problème lié au prix de l'énergie; mais c'est surtout pour la consommation des ménages. Le prix de l'énergie électrique est plus élevé en Allemagne qu'en France. C'est un point à étudier.
a écrit le 17/10/2016 à 14:03 :
@l'autre : "troll"
a écrit le 17/10/2016 à 14:02 :
Affligeant cet article, sans un chiffre, uniquement des lieux communs et des préjugés, et la confusion permanente entre les comptes publics et l'économie générale !!! Y a plus d'industrie en France !!! Journalistique et complètement faux.. Personne ne regarde la valeur de la production industrielle INSEE : € 889 milliards en 2015... Soit 40% du PIB... Allez voir !!!, et 19,5% de la valeur ajoutée (Banque Mondiale). Pour le reste, l'Allemagne a gagné en 1989 ,15 millions d'habitants de plus.. Alors comparons ce qui est comparable !!! A périmètre identique, la France est en meilleure position qu'en 1963 lors du Traité de l'Elysée... Ce qui est dramatique, c'est cette outrance constante dans l'ignorance...
a écrit le 17/10/2016 à 11:54 :
Merci pour cette analyse qui confirme que notre europe est aux abois et qu'au finale la solution la plus raisonnable pour sortir de notre crise économique dans laquelle notre europe, sans solution à long terme, ne fait que nous enfoncer un peu plus tous les jours c'est de sortir de cette union européenne dans laquelle rien n'est possible, tout est mortifié.

Plus les jours passent et plus ils démontrent que l'europe est une impasse.

Mais nos politiciens sauront ils se sortir de la dépendance avec l'oligarchie financière européenne afin de se mettre enfin à penser à sauver leurs peuples ? De part la compromission totale entre hommes d'affaires et politiciens c'est bien mal parti.

Vite un frexit.
a écrit le 17/10/2016 à 11:37 :
"Que peut encore la France face à l'Allemagne ?"

Appitoyé de lire un tel titre guerrier... Est-on revenu en 14-18? en 39-45?

La réalité c'est que la France et l'Allemagne, pourraient, devraient, pour le bien des deux pays, refonder l'Europe, sur un modèle intégré, fédéral.
Les nations européennes isolées sont condamnées à périr à court ou moyen terme, ou devenir des protectorats américains. Si quelqu'un en doute encore, qu'il regarde les chiffres, qu'il regarde l'histoire...
Réponse de le 17/10/2016 à 16:30 :
tout à fait, j ai été horrifié par le titre.la seule question qui vaille, c est que peuvent faire la France et l Allemagne ensemble dans les décennies à venir.
Réponse de le 21/10/2016 à 17:47 :
Merci!Tout à fait d'accord avec vous! Le contenu de l'article est loin d'être inintéressant mais "l'angle d'attaque'' est éminemment critiquable.Cela ne sert qu'à perpétuer chez certains esprits faibles la xénophobie et l'illusion que les difficultés de la France seraient provoquées par ses voisins...

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