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Raffineries : le secteur d'activité français où les rémunérations moyennes sont parmi les plus élevées

Patrice Roussel

Publié le 15 octobre 2022 à 06:54 - Mis à jour le 15 octobre 2022 à 08:32

Des travailleurs en greve se rassemblent devant la raffinerie de totalenergies

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OPINION. « Les salariés des raffineries sont-ils mal payés ou trop payés ? » « Leur grève est-elle justifiée ou exagérée ? » Le débat enflamme les plateaux de télévision alors que ces salariés bloquent le pays pour obtenir une augmentation de 10% de leurs salaires... Par Patrice Roussel, professeur en sciences de gestion, Toulouse School of Management Research (université Toulouse Capitole - CNRS)

Nous avons voulu en savoir plus en décryptant les données diffusées chaque année par l'INSEE, sur les rémunérations des Français, dans chaque secteur d'activité. Des statistiques qui fournissent des informations précieuses permettant de comparer et se faire une juste idée. L'économie française est répartie en 16 secteurs agrégés par les statisticiens de l'INSEE, dont un correspond précisément au secteur du raffinage du pétrole, auquel était adjoint un secteur qui n'existe plus, la « cokéfaction ».

Le raffinage est précisément le secteur d'activité où les rémunérations moyennes, toutes primes comprises, sont les plus élevées de tous les secteurs d'activité, devant le secteur « finances-assurances », qui d'ordinaire attire les regards.

Pas facile d'expliquer rationnellement ce premier rang. Les raffineries ne sont généralement pas situées dans des territoires où le coût de la vie est particulièrement élevé, comme Paris ou la frontière suisse. Le niveau de diplôme requis dans ce secteur n'est pas très différent d'autres secteurs industriels à forte intensité capitalistique.

Cela a à voir avec la méthodologie de l'INSEE. Lorsqu'on entre dans le détail des autres secteurs économiques, il est possible d'identifier en leur sein, quelques professions particulièrement rémunératrices, davantage en moyenne que le raffinage. On peut citer notamment la promotion immobilière de bureau, la réassurance, la gestion de fonds...

N'en demeure pas moins que, d'après l'INSEE, en moyenne, les salariés des raffineries gagnent 1.600 euros de plus que la moyenne des salariés français, soit 4.000 euros net chaque mois à comparer à la rémunération moyenne dans le pays, qui est de 2.400 euros net.

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En brut annuel, primes comprises, ces salariés des raffineries (hors dirigeants) reçoivent en moyenne 69.000 euros, soit quelque 30.000 euros de plus que la moyenne des salariés français des secteurs privés et semi-publics.

Dans ce contexte, même si leur employeur a profité de la guerre en Ukraine pour faire des profits records, cela ne laisse pas d'étonner que des salariés si bien traités bloquent le pays pour obtenir encore une augmentation de 10%.

L'effet de stupéfaction de la grève

Pour le comprendre, il est nécessaire d'analyser la stratégie de la CGT, à la manœuvre dans cette grève, qui veut établir un rapport de force à la veille du débat sur les retraites et s'affirmer comme un interlocuteur incontournable des pouvoirs publics face à la CFDT qui lui a pris le leadership. Il s'agit aussi d'impressionner en vue des prochaines élections professionnelles, début décembre.

La grève ? C'est pour la CGT un outil de choix, dans ses bastions qui sont, tous, des secteurs où l'arme du blocage est efficace. Comme ces grèves sont très régulières, et que les conflits, historiquement, sont presque toujours réglés par une hausse des rémunérations, celles-ci s'y sont envolées. Au bénéfice des salariés en place. Au détriment de l'emploi. De nombreuses raffineries ont été fermées en France, remplacées par des installations espagnoles, italiennes.

En réalité, coexistent en France, 5,5 millions de salariés protégés, travaillant dans de grandes structures, avec une activité à forte valeur ajoutée et/ou des capacités de nuisance sur le reste de l'économie, et 11,5 millions de salariés, sensiblement moins payés, œuvrant dans les autres secteurs. Or, dans le mouvement de grève actuel, ce sont les premiers, les plus favorisés, et non les seconds qui manifestent bruyamment leur colère.

Les salariés des raffineries cumulent, en effet, les avantages au-delà des rémunérations évoquées plus haut : mutuelles performantes, chèques-restaurant, sans compter un ensemble considérable de services fournis par les comités d'entreprise. Ils reçoivent des sommes records au titre de la participation et de l'intéressement aux bénéfices (7.000 à 9.000 euros versés à chacun cette année).

Grâce à leur Compte épargne temps, ils peuvent partir à la retraite jusqu'à trois ans avant l'âge légal, en touchant un capital, grâce à la liquidation de leur Plan d'épargne retraite collectif et à la vente de leurs actions. On le sait peu, mais Total est la seconde entreprise européenne en matière d'actionnariat salarié.  Ses équipes (plus de 100.000 personnes) se partagent près de 7.000.000.000 euros d'actions et les dividendes qui vont avec.

Les compagnies pétrolières ont réalisé de superprofits grâce à la guerre en Ukraine. La question posée aujourd'hui est de savoir ce qu'elles doivent en faire.

Donner encore plus à des salariés déjà très gâtés, comme le réclame la CGT ? Il serait aussi possible de taxer ces superprofits pour soutenir les populations les plus fragiles ou inciter les compagnies à investir massivement dans la transition écologique.  Débattons-en !

Patrice Roussel

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