Tel Netflix, l'industrie du gaming joue la carte du streaming

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Stadia, le cloud gaming by Google.
Stadia, le cloud gaming by Google. (Crédits : STEPHEN LAM)
L'industrie des jeux vidéo est passe de faire disparaitre les supports physiques pour une transition numérique totale ! Par Abdelmoutalib Solbi, Consultant mc2i Groupe

Pour ceux d'entre vous qui étaient adeptes des jeux vidéo dans les années 90, vous devez avoir le souvenir vif de vous-même soufflant dans la fente d'une cartouche d'un jeu espérant désespérément que cette action - étrangement efficace parfois - la ramènera à la vie. Puis, quelques années plus tard, vous avez peut-être vécu l'expérience frustrante de voir un autre de vos jeux vidéo bloqué en plein écran de chargement, réalisant que ce bug final était dû à une micro-rayure sur le CD... Et dire que vous aviez fait la queue, il y a tout juste quelques semaines, pour l'acheter à sa sortie !

Aujourd'hui, tout cela paraît lointain. En effet, depuis quelques années, vous choisissez tous les jeux qui vous font envie en quelques clics, depuis le confort de votre canapé, sur différentes plateformes en ligne. Plateformes présentes sur vos consoles, PC ou smartphone.

Ainsi, vous avez, en moins d'une décennie, assisté à la dématérialisation du jeu vidéo. Le format physique du jeu est en constante perte de vitesse, impactant ainsi les résultats des différents distributeurs dans le monde qui peinent à rivaliser avec la facilité d'accès, le gain de temps et la multitude de produits en ligne qu'offre le format dématérialisé. Néanmoins, à un rythme beaucoup moins soutenu, vous achetez toujours une console ou un PC tous les trois ou cinq ans pour pouvoir vivre ses expériences virtuelles. Et si même cet achat était amené à disparaître ?

L'arrivée de Stadia by Google sur le marché du jeu vidéo :
les dernières heures de la console de jeu ?

La promesse de Google avec son offre Stadia est la suivante : mettre fin à la nécessité d'avoir un support console ou PC pour jouer à ses jeux vidéo. Cette promesse sera rendue possible par un contexte favorable :

  • Adoption de la fibre par les ménages
  • Taux de pénétration des téléviseurs 4K en constante croissance
  • Déploiement à venir de la 5G

En effet, Stadia c'est du cloud gaming. Autrement dit, la puissance de calcul nécessaire pour faire fonctionner les jeux sont dans les serveurs de Google et non dans les puces d'une console. Vous aurez donc la possibilité de jouer sur n'importe lequel de vos écrans (TV, smartphone, laptop, etc.). C'est, en quelque sorte, du streaming de jeux vidéo avec, potentiellement, un impact similaire à celui de l'avènement de la VOD sur les acteurs traditionnels de l'industrie. Depuis les fabricants des composants électroniques aux distributeurs spécialisés ou généralistes, l'intégralité de la chaîne de valeur sera transformée. Nintendo, Sony et Microsoft sont les acteurs majeurs de ce marché depuis plusieurs années maintenant. Comment vont-ils réagir à l'arrivée imminente de Google d'autant plus qu'il se murmure qu'Amazon aussi voudrait se joindre à la partie ? Les deux premiers ne disposent pas de l'infrastructure nécessaire pour offrir une expérience Cloud Gaming satisfaisante, mais Microsoft prépare déjà le terrain avec le lancement prochain d'un service similaire à celui de Stadia. Mais la force de frappe financière et le nombre de serveurs sont-ils les uniques vecteurs de succès ?

La nostalgie que vous avez de certains jeux ou le plaisir que vous prenez à vous divertir encore sur des jeux récents sont avant tout le résultat d'expériences. Ces expériences sont celles d'un contenu créé par des directeurs artistiques, des développeurs, des scénaristes et bien d'autres.

Quid de la qualité des contenus proposés dans ce nouveau format ?

Le succès d'un Netflix a été rendu possible par leur catalogue vaste et leurs créations originales. La technologie ne semble être qu'un moyen d'accès ou une extension du champ de possibilités de création. Par conséquent, la véritable pierre angulaire dans l'industrie du divertissement restera toujours liée à la quantité et la qualité du contenu. Microsoft et Sony ont multiplié le développement de leurs propres franchises de jeux et le rachat de studios capables de leur apporter du contenu supplémentaire. Nintendo continuera à créer des jeux acclamés de tous et à remporter les Awards du secteur. La présence historique de ces acteurs traditionnels leur confère une légitimité mais surtout du contenu passé, présent et à venir. Par ailleurs, il n'est pas exclu que tous se rallient autour de la puissance technologique de Microsoft pour créer une barrière à l'entrée qui risque d'être infranchissable même pour des géants comme Google ou Amazon.

À l'avenir, vous continuerez probablement à jouer à vos jeux vidéo préférés créés par les grands noms de cette industrie, mais vous n'aurez plus à supporter le bruit de votre console qui surchauffe ou les nœuds indénouables constitués par la multitude d'appareils branchés à votre téléviseur. Vous vous connecterez à une application à laquelle vous accéderez grâce à un abonnement mensuel pour choisir à partir d'un catalogue de jeux plus vaste que jamais. Mais cet avenir sera-t-il si proche que ce que les grands acteurs nous promettent ?

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Commentaires
a écrit le 12/11/2019 à 22:37 :
Dommage de ne pas avoir abordé deux points particulièrement importants que sont l'économie de la souscription chez les éditeurs de jeux vidéos "triple-A"et les partenariats en cours et à venir.
La plupart des éditeurs de AAA ont désormais déployés leurs offres de souscription basées sur leurs catalogues (Origin, Uplay+, etc...) qui, même si elles ne sont pas forcément rentables, permettent de se mettre en ligne de bataille pour l'arrivée du streaming.
L'avenir de ces éditeurs sur le streaming ne peut passer que par le partenariat avec des géants de l'infrastructure cloud (AWS, Azure, Google). Ces derniers apportent l'infrastructure, tandis que les éditeurs, apportent le catalogue et la vision du marché (par exemple Stadia x Ubisoft).
A noter quelques stratégies légèrement différentes comme Apple qui prend la main sur le mobile (Apple Arcade), et Shadow, l'outsider français du cloud computing orienté gamer, qui vient de signer un partenariat avec l'hébergeur OVH pour passer la seconde sur le déploiement de ses offres.
a écrit le 02/11/2019 à 17:44 :
"Déploiement à venir de la 5G"

si c'est pour mieux remplacer les 50 gigaoctets nécessaire à un jeu vidéo là les gars si le but de la 5G c'est de nous mettre des micro-ondes partout il va quand même falloir se poser la question et se donner les moyens d'y répondre sérieusement via de véritables indépendants concernant les conséquences sur notre santé. Un client mort n'est pas un bon client !

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