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Urgences à l'hôpital: ce qu'il faut faire

Jean Rottner

Publié le 19 janvier 2017 à 11:15 - Mis à jour le 19 janvier 2017 à 12:04

Le Quotidien Numérique

13 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Il faut bien sûr désengorger les urgences à l'hôpital, en articulant les soins avec la médecine de ville. Mais pas seulement. Par Jean Rottner, maire de Mulhouse (divers droite) et urgentiste

Véritable interface avec la médecine de ville, parfois seul exutoire dans un parcours de soins désorganisé ou incohérent, porte d'entrée bien trop étroite de l'hôpital, les urgences occupent une place particulière dans notre système de santé.

Elles sont un peu le reflet de notre société consumériste et même l'expression de ses dysfonctionnements. La France semble le découvrir à chaque épidémie, à chaque épisode caniculaire. Ce n'est que la face visible d'un malaise constant et beaucoup plus profond qui gangrène l'appareil hospitalier. Il est aujourd'hui grand temps de trouver des solutions à ces incohérences récurrentes.

Les 35 heures ont tué l'hôpital public

Les 35 heures ont tué l'hôpital public, qui ne dispose, en France, d'aucune capacité à s'adapter, en agilité, aux réalités sanitaires épidémiques, lesquels constituent autant de séismes structurels qui l'ébranlent un peu plus à chaque secousse.

Les spécialités médicales les plus exigeantes sont trop faiblement valorisées, entrainant, pour les jeunes praticiens, un engouement naturel vers des disciplines où les gardes sont absentes et où le temps de travail peut s'organiser en fonction de sa vie privée.

La pression d'une réorganisation sanitaire mal expliquée, et uniquement orientée vers une vision budgétaire des prises en charge, encourage encore plus la désertion de l'hôpital public. Elle rend bien plus chaotique encore le parcours des patients usagers des services d'urgences qui, faute de relever d'une tarification à l'activité rentable parce qu'ils sont souvent âgés et poly-pathologiques, deviennent en réalité indésirables au système.

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Pression budgétaire

Les directeurs d'hôpitaux ne semblent disposer que d'une seule directive de la part des autorités sanitaires : celle de fermer des lits afin de réaliser des économies.

Cette pression vient fort naturellement, se fracasser sur la réalité du quotidien. Celle d'une épidémie de grippe plus forte que de coutume par exemple. La conviction qu'il faut "rationaliser" pour mieux soigner a trouvé ses limites. Cette course effrénée vers toujours plus de concentration n'est pourtant synonyme ni d'économies, ni de qualité des soins.

Mais finalement ce n'est pas très grave. Les 10 personnes âgées de plus 90 ans qui attendent aux urgences depuis plus de 12 h auront peut être un lit sous 48h.... et ne viendront pas se plaindre.

Pour toutes ces raisons, les vocations médicales dans les services d'urgence se font plus rares, pour des raisons pragmatiques et à tout le moins compréhensibles, a contrario du « succès » des urgences auprès de la population.

Solutions du côté de la médecine de ville

Face à cela, il y a besoin d'un courage politique pour offrir un cadre d'emploi innovant, et de nouvelles modalités d'exercice aux professionnels : moindre pression médico légale, renvoi possible des patients sur la médecine générale par des infirmières formées et diplômées en médecine d'urgence, forfait de réorientation vers la médecine de ville, participation financière à la prise en charge lors d'un passage non justifié en sont quelques exemples.

Solutions à l'hôpital

Mais toutes les solutions ne se résument pas au seul lien avec la médecine de ville. L'hôpital doit savoir trouver, en son sein, des solutions, ne serait-ce qu'en reconnaissant, enfin et clairement, le rôle prioritaire des urgences dans l'organisation générale et quotidienne des soins et la gestion des lits d'aval.

Les urgentistes n'attendent plus le « grand soir ». Pragmatiques, femmes et hommes d'action, ils demandent au gouvernement d'agir au quotidien, loin des grandes déclarations d'intention et des effets d'annonce.

Les Français doivent pouvoir être accueillis dans les services d'urgences avec efficacité et dignité. J'ai été urgentiste. J'ai consacré presque 15 ans de ma vie à cette médecine passionnante. Une médecine qui associe haute technicité, esprit d'équipe et humilité constante face au destin.

La reprise d'un souffle de vie est plus qu'une satisfaction, c'est une espérance qui renaît. Une mort à annoncer est plus qu'un échec, c'est une cicatrice souvent indélébile. Le gyrophare de nos véhicules est, encore et toujours, le symbole d'une communauté solidaire. La lumière de nos salles d'accueil est, bien trop souvent, la seule qui brille pour accueillir nuit et jour toutes les fragilités.

À lire également

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Gageons que nos stratèges nationaux permettront le maintien de cette lueur en écoutant les soignants, et en ne sacrifiant pas l'offre de soins d'urgence par des réformes inadaptées qui ne résisteront pas à l'épreuve du temps et des faits : écouter les soignants c'est avant tout respecter les malades...

Jean Rottner

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