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RDC : Kabila resserre l’étau sur une opposition dispersée

Photo de Ibrahima Bayo Jr.

Ibrahima Bayo Jr.

Publié le 10 avril 2017 à 11:14 - Mis à jour le 10 avril 2017 à 11:14

Le Quotidien Numérique

04 juin 2026

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Après une journée « villes mortes » réussie, cela devait être la démonstration populaire du Rassemblement d’opposition. La grande marche du 10 avril prévue par l’opposition a été interdite par les autorités congolaises sans fournir de raisons convaincantes. Manœuvre de dissuasive ou volonté d’affirmation de puissance de Joseph Kabila ? En tout cas avec la nomination d’un Premier ministre dans les rangs de l’aile dissidente du Rassemblement d’opposition, le chef de l’Etat congolais reprend la main dans le...

A Kinshasa, c'est un silence de cimetière interrompu par moment par ceux qui ont décidé de braver l'interdiction de manifester. Les commerçantes ont déserté les marchés, les taxis sont absents des grandes artères. Seuls les taxis-motos transportent les rares Kinois qui s'aventurent, par nécessité ou par survie, dans les rues de la capitale.

Manifestations interdites, les récalcitrants dispersés

En apparence, le calme matinal de ce lundi 10 avril ressemble à la journée « villes mortes » organisée la semaine dernière par l'opposition. Ce devait être pourtant un jour de manifestation pour le Rassemblement qui comptait initier une série de marches pacifiques entre le 10 et le 24 avril.

Cette série de marches dont la première devait être initiée avait pour objectif d'appeler la population dans plusieurs villes du pays à réclamer le départ de Joseph Kabila, principal obstacle, selon l'opposition, à une transition démocratique au Congo. Mais au final, le pouvoir a pris les devants.

La police congolaise a annoncé, dès dimanche 08 avril, que la manifestation était interdite au motif qu'elle comporterait « les germes d'une insurrection ». Par conséquent « tout rassemblement de plus de dix personnes sera dispersé », annonçait la police congolaise dimanche. Peu avant, Félix Tshisekedi, président du Rassemblement et un des initiateurs de la marche, accusait le président congolais de « multiplier les manœuvres politiciennes qui enfoncent davantage la RDC dans le chaos ».

Pouvoir et opposition se toisent depuis les évêques ont rendu leur soutane devant le constat d'échec de leur médiation pour l'application de l'accord de la Saint-Sylvestre. Joseph Kabila qui avait pris leur relais a nommé Bruno Tshibala comme Premier ministre de cohabitation conformément à sa promesse lors d'un discours au Congrès quelques jours plus tôt. Mais, cette nomination décriée par l'Union européenne comme « non conforme à l'esprit et à la lettre de l'accord du 31 décembre », est loin de calmer les rues congolaises.

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Ce lundi matin, des citoyens ont bravé l'interdiction de manifester de la police et se sont rassemblés notamment à Bukavu (sud-est) pour « marcher jusqu'au palais présidentiel », selon le mot d'ordre de la manifestation. Mais à peine s'étaient-ils rassemblés que la police les a dispersés à coup de gaz lacrymogènes. Même scénario à Goma où des échauffourées ont éclaté entre manifestants et forces de l'ordre. Des pneus ont été brûlés et des grenades assourdissantes tirées.

A Limeté, la marche avec à sa tête Félix Tshisekedi n'a pu effectuer que quelques mètres avant d'être dispersée. Par dérision, les mauvaises langues annoncent même que le président du Rassemblement aurait pris la poudre d'escampette pour sauter dans le premier avion vers Paris.

Opposition dispersée face à un Kabila décidé à rester au pouvoir

La tension ne retombe pas dans le pays. L'opposition dénonce la nomination de Bruno Tshibala, exclu de l'UDPS quelques jours plus tôt pour avoir pris la tête de la fronde contre l'aile dirigé par Felix Tshisekedi. Elle se dit plus déterminée et mobilisée que jamais pour le départ de Joseph Kabila. Mais a-t-elle encore la vitalité et la cohésion nécessaire pour continuer le combat ? Rien n'est moins sûr.

En fin tacticien, l'homme du Palais de la Nation a su jouer sur les divisions du « panier de crabes » de l'opposition pour amoindrir sa force de frappe. Les premiers signes de divisions qui naissent au sein de l'opposition ne manqueront pas de s'accentuer dans les jours à venir. Le pouvoir l'a bien compris et continue de resserrer l'étau sur une opposition qui n'arrive pas véritablement à s'entendre autour d'un projet commun. Pire, elle a sacrifié l'intérêt supérieur de la nation sur l'autel des postes politiques et des considérations carriéristes.

En nommant le Premier ministre de son choix, en violation ouverte et flagrante de l'accord politique, Joseph Kabila montre que le maître du jeu politique en RDC, c'est lui. Il décrédibilise un à un ses adversaires politiques devant une communauté internationale sourde aux cris de détresse du peuple auxquels elle répond avec des communiqués de circonstances et des condamnations de salons.

Le risque est grand de voir la première alternance démocratique et pacifique du pays depuis son indépendance être remise à plus tard. Aujourd'hui, il ne faut être dans le secret du ciel pour annoncer un probable report, à une date inconnue, des élections prévues fin 2017.

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A l'approche de cette date butoir, -presque aucune condition n'est remplie pour s'acheminer vers l'échéance électorale notamment la présidentielle qui devra choisir le successeur de Joseph Kabila. En attendant, l'« héritier du Mzee » va s'ajuster confortablement sur son fauteuil du Palais de la Nation et s'apprête à acter son glissement !

Ibrahima Bayo Jr.

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