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Nigéria : qui veut la peau de l’Emir de Kano ?

Photo de Abdelmalek Alaoui

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Publié le 29 avril 2017 à 12:27 - Mis à jour le 29 avril 2017 à 12:46

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« Vous pouvez suspendre un homme, mais vous ne pourrez jamais suspendre la vérité ». Cette phrase prémonitoire , l’actuel Emir de Kano, Muhammad Sanusi II, l’a prononcée alors qu’il venait d’être limogé de ses fonctions de gouverneur de la banque centrale en Février 2014, soit quelques mois avant de monter sur le trône de l’Emirat de Kano, au nord du Nigéria,. Aujourd’hui, l’étau judicaire se resserre autour de l’ancien banquier, une personnalité qui dérange les autorités fédérales comme l’Etat central....

C'est par un courrier lapidaire, signé de la main du surintendant de la police, Sulaiman Gusau, que la salve judiciaire s'est enclenchée. Dans ce dernier, l'Emirat de Kano, et l'Homme à sa tête, sont invités à s'expliquer sur l'utilisation de 4 milliards de Naira (environ 16 millions d'euros), qui lui auraient été légués par son prédécesseur, Alhaji Ado Bayero. A ce titre, des fonctionnaires de l'Emirat, dont des collaborateurs du premier cercle de Sanusi, sont convoqués pour comparaître devant l'agence fédérale anti corruption, la Kano State Public Complaints and Anti-Corruption Agency (KSPCACA), dès ce mardi 2 mai.

Immédiatement après l'annonce du déclenchement de cette investigation, les partisans de Sanusi ont dénoncé une tentative d'écarter cette personnalité du jeu politique nigérian, teintée d'une initiative destinée à l'intimider et le faire taire.

La riposte de Sanusi

Mais celui qui a présidé aux destinées de la Banque Centrale Nigériane, après une longue carrière internationale de banquier , n'est pas homme à se laisser intimider. N'attendant pas la convocation, son porte-parole, Alhaji Mahe Bashir Wali, a riposté et affirmé que les chiffres avancés sont faux et artificiellement gonflés. Il a ainsi donné des détails précis sur les avoirs de l'Emirat de Kano et leur utilisation, précisant notamment qu'une partie substantielle avait été consacrée à la construction de la ville royale d'Ado Bayero, laissant un solde de 893 378 927,38 millions de Nairas, un chiffre volontairement divulgué au centime près.

Un timing pas anodin

En creux, selon de nombreux spécialistes du Nigéria, le timing de l'ouverture de cet enquête n'est pas anodin. Sur fond d'incertitudes grandissantes sur l'état de santé réel du Président Muhammadu Buhari, les sorties critiques répétées de Muhammad Sanusi  à l'encontre du gouverneur de Kano ,Umar Ganduje, un proche de Buhari, et du pouvoir central de manière générale sont vues comme des menaces prégnantes et comme une tentative pour l'émir de se positionner sur la scène nationale en cas de d'ouverture de la succession présidentielle. Bien que l'émir de Kano n'ait jamais exprimé publiquement ses ambitions de briguer la charge suprême, d'aucuns lui prêtent cet agenda, d'autant plus que Sanusi multiplie les initiatives à portée sociale dans son Etat.

Un bras de fer Sanusi - Ganduje

La dernière sortie en date de Sanusi lors du Kaduna Investment forum d'avril a probablement été la goutte qui a fait déborder le vase. Lors de son intervention publique, Sanusi a critiqué vertement le projet de chemin de fer porté par le gouverneur de Kano qui devrait mobiliser près de deux milliards de dollars. Selon Sanusi, ce projet de rail, financé par les chinois, constituerait une « erreur de priorisation », ajoutant que « nous avons des gouverneurs, qui vont en Chine, passent un mois sur place, et reviennent avec une convention signée et de la dette ». Immédiatement après cette sortie, les partisans du puissant gouverneur de Kano s'en son pris violemment à l'émir sur les réseaux sociaux. Moins d'une semaine après, les accusations de mauvaise utilisation des fonds de l'Emirat faisaient surface...

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Un complot pour suspendre Sanusi de ses fonctions  ?

Il n'en fallait pas beaucoup plus pour que le rumeurs d'un vaste complot orchestré à la fois par Abuja et l'Etat fédéral à l'encontre de l'Emir de Kano fassent tâche d'huile dans cette région réputée instable du nord du Nigéria. Pour beaucoup, le souvenir de l'instabilité qui avait suivi son intronisation est encore vivace, sur fond de guerre de succession entre les héritiers pressentis de l'Emir précédent. Et c'est précisément sur le souvenir de ce début de schisme-intervenu au sein de la communauté musulmane soufie sur laquelle règne Sanusi-que ses adversaires souhaitent jouer pour diviser son camp. En effet, si les menaces judiciaires venaient à se matérialiser par une enquête suite à l'audition du 2 mai, l'on voit mal comment Sanusi pourrait se maintenir dans sa position, ce qui pousserait le gouvernement fédéral - seulhabilité à le faire- à le suspendre, officiellement pour laisser l'enquête suivre son cours sereinement. Autre option, Sanusi pourrait de lui même se démettre de ses fonctions.Or , dans les deux cas, ceci lui ôterait un avantage précieux pour la suite des évènements, car dépourvu de l'aura spirituelle très importante dont jouit traditionnellement le leader Tijani de Kano, Sanusi deviendrait un simple justiciable. Selon l'un des proches conseillers de Sanusi, joint par La Tribune Afrique « Si l'enquête venait à se poursuivre, il y aura une galvanisation des supporters de Sanusi. Tout le monde sait que cet homme est incorruptible et un excellent gestionnaire. Les commanditaires de cette tentative de déstabilisation sont en train de jouer avec le feu ».

Une personnalité qui divise

Mais cet avis n'est pas partagé par tout le monde, notamment par certains autres monarques traditionnels, qui affichent de plus en plus leur irritation grandissante à l'endroit de l'Emir de Kano et de ses sorties tonitruantes. Ce serait notamment le cas du très influent Sultan de Sokoto, Alhaji Muhammad Sa'ad, réputé pour jouer le rôle de médiateur entre les monarques traditionnels et les gouverneurs de l'Etat Fédéral lorsque des tensions apparaissent. En privé, le sultan de Sokoto aurait affirmé avoir demandé à l'Emir de Kano, à plusieurs reprises,  de tempérer ses flèches à l'encontre du gouvernement fédéral.  Autre acteur clé scruté par tous mais très timide depuis le déclenchement de l'enquête : le puissant conseil des Ulémas, sorte de haut conseil religieux qui regroupe les théologiens. Ce dernier n'a toujours pas donné de position officielle. Dans ce contexte, les rares messages de soutien, comme celui du Président du barreau Nigérian, Alhaji Abubakar Mahmoud, sont mis en avant par les soutiens de Sanusi. Reste une inconnue de taille : comment réagira l'association des gouverneurs des provinces du nord du Nigéria, la Northern States Governors Forum, NSGF, dirigée par le gouverneur de l'Etat de  Borno, Kashim Shettima ?  Selon le journal nigérian « The Sun », ce dernier serait en train de fournir des efforts « démesurés » afin de trouver une issue à l'amiable à ce bras de fer.

La Tribune Afrique

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