Silencieux dans sa chemise en pagne et enroulé dans une écharpe vert olive, l'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo est apparu serein dans le prétoire numéro 1 de la chambre d'appel de la CPI. Malgré les onze rejets de ses demandes de liberté en un an et demi de procédure, les partisans de l'ancien de chef de l'Etat ivoirien s'accrochaient encore à l'espoir de voir leur champion libéré.
Que nenni ! Dans l'examen de la douzième requête de liberté provisoire de la défense, le juge polonais Piotr Hofmanski demande au TPI de réviser sa copie lors des onze requêtes de demandes de liberté provisoire introduites par la défense, toutes rejetées. La chambre estime que plusieurs erreurs, notamment sur la présomption et sur ces arguments pour décider du maintien en détention, ont été commises.
Incarcéré depuis six ans pour sa responsabilité supposée dans des crimes commis lors des violences post-électorales 2010-2011, l'ancien chef de l'Etat ivoirien ne va pas quitter sa cellule de 10 mètres carrés du pénitencier de Haanglanden, dans le quartier de Scheveningen aux Pays-Bas, tant que le TPI n'aura pas revu sa copie des rejets de requêtes de la défense. Retour à la case départ !
En un an et demi de procès, le TPI a onze fois rejeté les demandes de liberté provisoire de l'ancien locataire du Palais du Plateau. Insensible à l'âge avancé de Laurent Gbagbo (72 ans), encore moins à sa santé fragilisée par une arthrose et un rhumatisme, le TPI indiquait qu'avec une liberté provisoire, Laurent Gbagbo pourrait s'appuyer sur son solide réseau bâti pendant ses années de pouvoir pour prendre la poudre d'escampette «vers un territoire hors de la compétence de la Cour».
Avec la décision de la Chambre d'Appel, la CPI, déjà en déliquescence avec certains Etats africains, nous a habitués à son sport favori : tourner en rond. En rendant la décision de renvoyer le TPI à sa paperasse, le juge Hofmanski pouvait réciter les arguments utilisés par le TPI. Il n'est pas exclu que les mêmes arguments soient reconduits, voire affinés ou étayés.
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Finalement sur le fond, c'est-à-dire sur l'épineux dossier de la responsabilité crimes commis lors des violences post-électorales qui ont coûté la vie à 3 000 personnes et valu à Laurent Gbagbo son séjour carcéral, on aura avancé peu et parlé beaucoup. Laurent Gbagbo et son co-accusé Charles Blé Goudé sont-ils les seuls responsables de ces crimes ? Ou vont-ils en partager la responsabilité avec d'autres accusés ? A-t-on avancé sur les preuves étayant les suspicions de crimes contre l'humanité ?
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Autant de questions que la CPI n'a pas encore le temps d'analyser, trop occupée sans doute à colmater ses «erreurs» pointées par le juge polonais. Pendant ce temps, le procès fleuve s'éternise davantage. Aux six ans de détention de Laurent Gbagbo depuis sa «livraison» à la CPI et aux dix-huit mois de procédure, pourraient s'ajouter sept autres années de procès supplémentaires pour évacuer le dossier. Une durée qui commence à réveiller l'impatience des partisans de Laurent Gbagbo !
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