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Togo : l'arrestation d'un imam pro-opposition enflamme une partie du pays

Photo de Mounir El Figuigui

Emmanuel Atcha, à Lomé

Publié le 17 octobre 2017 à 15:13 - Mis à jour le 17 octobre 2017 à 15:13

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L'arrestation à Sokodé (nord) d'un imam proche du président du Parti national panafricain, Tikpi Atchadam, a conduit à des affrontements violents entre les forces de défense et la population. Des évènements qui se sont étendus à Bafilo, toujours au nord et à Agoè (sud). A la veille des manifestations programmées par l'opposition et interdites par les autorités, le pays est sous haute tension.

La nuit du lundi 16 au mardi 17 octobre 2017 au Togo a été des plus mouvementées. Alors que l'imam Alpha Hassan Mollar -de son vrai nom Djobo Mohamed Alassani- a été arrêté par les militaires à son domicile dans la soirée autour de 18h30 (GMT) à Sokodé (région centrale, 337 km de Lomé vers le nord du pays), les jeunes de la ville se sont déchaînés.

L'arrestation ayant eu lieu en présence de sa famille et alors qu'il a été emporté dans un fourgon militaire, l'information s'est rapidement répandue telle une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. De manière spontanée, la population est sortie massivement pour réclamer sa libération. Les jeunes ont érigé des barricades et ont brûlé des pneus sur la route nationale N°1.

D'après les sources officielles, les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes pour la dissuasion des manifestations. Certaines sources ont pourtant parlé de tirs à balles réelles dans la ville, la nuit, lors des échauffourées. Ce matin, le bilan est déjà lourd.

Alpha Hassan Mollar n'est pas qu'un simple Imam. Très écouté et respecté dans la région centrale par la jeunesse, il est aussi le représentant du Parti national panafricain (PNP) de Tikpi Atchadam, qui a commencé ce mouvement de protestation le 19 août dernier contre le pouvoir. Son arrestation a eu des incidents jusque dans deux autres régions. Dans la région de la Kara, plus proche, à Bafilo, le climat était délétère. Les manifestants ont envahi les rues et fait beaucoup de dégât. Même scénario à Agoè dans la région maritime au sud du pays, à 10 km de la capitale Lomé. Là aussi, les forces de défense ont fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser -même si très difficilement- les manifestants.

Attroupés non loin de la maison du ministre Gilbert Bawara, des jeunes avaient bloqué la circulation et brûlé des pneus. Pendant ce temps, le siège du PNP dans la localité se faisait incendier et les habitants passés à tabac, occasionnant plusieurs blessés assez graves. Une situation presque inédite dans cette localité.

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Trois morts, plusieurs blessés et des biens publics et privés incendiés

Tentant d'expliquer l'opération de la nuit d'hier, le gouvernement s'est fendu aujourd'hui en fin de matinée d'un communiqué :

«Sur réquisition du parquet, M. Djobo Mohamed Alassani, imam d'une mosquée de Sokodé, un des dirigeants du Parti PNP, a été interpellé dans la journée du 16 octobre 2017 en fin d'après-midi. Cette interpellation est intervenue suite aux incitations et aux appels répétitifs à la violence, au meurtre et à la sédition de la part de cet imam».

Le gouvernement a aussi fait son bilan et parle de plusieurs blessés et plusieurs édifices et biens publics et privés saccagés ou incendiés. On parle du siège de Togo Télécom, société d'Etat de télécommunications, de la Poste et de maisons de personnalités proches du pouvoir.

«Dans la foulée, des bandes organisées et structurées se sont livrées à des actes de violence inouïs, de pillages, de vandalisme et de destruction de biens publics et privés à Sokodé, Bafilo et dans certains quartiers de Lomé. A Sokodé, deux militaires en faction au domicile d'une personnalité ont été lynchés et exécutés et leurs armes et munitions ont été emportées. Un jeune a également trouvé la mort et une vingtaine de blessés enregistrée parmi les civils et les forces de sécurité», poursuit le gouvernement dans son communiqué.

Les autorités ont promis faire appliquer la loi afin décourager ces «agissements» : « Ces actes à visée terroriste tendent notamment à déstabiliser les institutions de l'Etat et à semer la terreur au sein de la population. Ils nuisent gravement à la cohésion et à la paix sociale et portent atteinte à l'unité nationale (...) Les auteurs et les commanditaires de ces actes qui ne visent qu'à compromettre l'unité nationale seront recherchés et poursuivis conformément à la loi».

Pour l'heure, le climat n'est toujours pas serein. Les barricades ont repris et les incidents continuent alors que les forces de l'ordre aussi continuent de tenter de libérer la circulation.

Pouvoir et opposition se rejettent la responsabilité des évènements

Aucun camp ne voudrait endosser les responsabilités des violences de la nuit. Au micro d'une radio locale ce matin, le ministre de la Sécurité et de la protection civile, le colonel Damehame Yark, s'est voulu très accusateur : «L'iman a été effectivement interpellé hier soir. Ce n'est pas la première fois qu'il est accusé. Il a été à plusieurs reprises rappelé à l'ordre par l'Union musulmane et par certains dignitaires de la ville de Sokodé sur ses prêches. Ceux-ci sont très mauvais. Il appelle à la violence, au meurtre. Le comble a été atteint le vendredi 13 octobre  au cours du prêche de la prière où il a appelé les fidèles à tuer les militaires (...) On s'en souvient de ce qui s'est passé le 19 août 2017 contre les militaires». Le ministre a également déclaré :

«Voilà quelqu'un qui est censé être un guide, un éclaireur et un exemple qui demande cela aux fidèles. Nous pensons que ce n'est pas une bonne chose. La justice a demandé de l'interpeller et c'est ce qui a été fait hier. Le Parquet a exploité l'audio de son prêche et a demandé à la gendarmerie de l'interpeller. Et les gens se sont déchaînés sur les biens publics et privés».

Selon lui, la tension est vive dans le pays. Il a appelé les populations à se ressaisir, les exhortant à l'honneur. «Nous leur demandons de se ressaisir. Notre pays ne mérite pas ce qui se passe à Sokodé, à Bafilo et un peu partout. L'appel à la haine ? On est tous les mêmes, on se connaît, on vit depuis des années et des années. Quelqu'un va apparaître d'un seul coup et dire prenez... il faut qu'on se ressaisisse. Cela ne nous honore pas», a insisté le ministre, manifestement manquant de mot. Des déclarations traitées de curieuses par l'opposition.

«De manière imprévue, on a coupé le courant dans toute la ville. Et trente minutes après, on s'est rendu compte que l'imam Alpha Hassan Mollar, très reconnu dans la ville, a été enlevé. Enlevé puisque sa maison a été saccagée et sa chambre à coucher a été saccagée. Et il a été pris devant ses femmes et ses enfants dans l'obscurité. C'est après que la population été informée et les choses se sont ensuite passée d'une manière incontrôlée dans toute la ville. Voilà ce qui s'est passé», relève le député de la circonscription, Ouro Akpo Tchagnawo.

«J'ai reçu des audios par rapport à son prêche. L'imam de Sokodé est un leader d'opinion. Quelqu'un qui a des connaissances coraniques immenses, qui a une formation spirituelle très élevée et qui devant chaque situation met chacun devant ses responsabilités. Dans cette situation, il ne fallait pas procéder de cette façon-là. Si l'on suppose que dans ses prêches il a dit des choses qu'il ne fallait pas, il faut respecter la procédure judiciaire. Et l'imam est dans une corporation où il y a des règles», a pesté Ouro Akpo Tchagnawo qui explique que la population s'est sentie humiliée avec cet acte. L'arrestation musclée dénoncée par le député est corroborée par plusieurs témoins qui affirment que l'imam a été jeté dans un fourgon militaire.

Haute tension à la veille des manifestations de l'opposition

Les évènements de la nuit d'hier présagent des journées de demain mercredi et de jeudi très tendues, alors que l'opposition y prévoit des marches sur toute l'étendue du territoire. Le gouvernement qui a interdit les marches aux jours ouvrages n'arrête pas d'insister.

«Pour nous, les meetings sont des manifestations. Quand l'opposition dit qu'elle va manifester les 18 et 19 octobre, nous pensons que ce seront des meetings et les forces de l'ordre seront au lieu des meetings pour les encadrer», a laissé entendre le ministre de l'Administration territoriale, Payadowa Boukpéssi.

Une mesure que l'opposition traite d'illégale. Celle-ci maintient les marches sur les deux jours et dit compter sur le peuple pour faire fléchir le gouvernement.

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Déjà hier matin, des manifestants pro-opposition s'étaient rassemblés spontanément devant le siège de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) à Lomé. Selon un des manifestants, ils sont venus exprimer leur colère face au processus de recomposition de cette institution chargée d'organiser les prochaines élections au Togo. Contestant la procédure de la CENI qu'ils qualifient de «frauduleuse», ils seront vite dispersés à coup de gaz lacrymogènes par les forces de l'ordre dépêchées sur les lieux.

Emmanuel Atcha, à Lomé

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