« Qu'il pleuve ou qu'il neige, cette séance ira jusqu'au bout. Et normalement ! ». A bout de souffle, Moustapha Niasse, l'octogénaire président de l'Assemblée nationale, a dû jouer des coudes pour aller au bout d'une séance très agitée qui s'est soldée par la validation de la commission ad-hoc qui va statuer sur la levée de l'immunité parlementaire de Khalifa Sall, déposée par Serigne Bassirou Guèye, le procureur de la République, sur la table des députés.
Au cours d'une plénière désertée par l'opposition dans une assemblée largement dominée par la coalition présidentielle, le vote à 116 voix pour et 1 seule voix contre été expéditif. Onze de ses pairs parlementaires vont donc constituer le grand jury qui va auditionner le maire de Dakar, incarcéré depuis le 7 mars dernier sur des allégations de détournements de deniers publics de la «caisse d'avance municipale ».
Avec son élection en tant que député lors des législative du 30 juillet dernier, Khalifa Sall et ses avocats ont invoqué l'immunité parlementaire que lui confère sa nouvelle qualité de député pour obtenir une liberté provisoire dans l'attente de la tenue de son procès. Mais toutes les requêtes de la défense se sont heurtées au mur de la non-rétroactivité de cette immunité, érigé par Massamba Sall, le doyen des juges, Bassirou Guèye, le procureur de la République et la Cour d'appel.
La suite de la procédure ? Après audition, la commission devrait présenter un rapport à l'hémicycle qui devra voter la levée ou non de l'immunité. Seulement, la probabilité de cette audition est sérieusement compromise avec le refus catégorique de Khalifa Sall de se présenter devant ses « onze juges ».
Mais pour l'heure, l'immunité parlementaire de Khalifa est en train de devenir un cas d'école à enseigner dans les amphis des facultés de droit. Au-delà, elle pose à la justice sénégalaise, une équation qui fera date dans les annales de sa jurisprudence. Peut-on lever l'immunité d'un député alors qu'il était incarcéré au moment de jouir de ce bouclier de protection constitutionnalisé ?
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Pour autant, la probabilité de voir cette audition se tenir est sérieusement compromise. Khalifa Sall a indiqué qu'il ne se présentera pas devant ses « onze juges ». Du côté de son état-major politique, on dénonce une levée d'immunité destinée à désarmer complètement le député-maire afin de pouvoir le condamner à une peine lourde.
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En cas de condamnation, le casier judiciaire de Khalifa Sall serait entaché, ce qui aurait pour conséquence de le rendre inéligible pour la présidentielle qui se profile en 2019. Au sein de la garde rapprochée du maire, on dénonce une manœuvre du pouvoir de Macky Sall. Une de plus pour écarter habilement un adversaire politique ?
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