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« Débat citoyen » Macron-Etudiants : symbole du gouffre France-Afrique

Photo de Ibrahima Bayo Jr.

Ibrahima Bayo Jr.

Publié le 29 novembre 2017 à 09:00 - Mis à jour le 29 novembre 2017 à 09:00

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Deux heures de discours et d’échanges et au final, un mot : cacophonie ! Le « débat citoyen » d’après-discours entre Emmanuel Macron et les étudiants présents dans l’amphithéâtre Kadhafi de l’Université Joseph Kizerbo, s’est fait dans un dialogue de sourds, tantôt sous les huées, tantôt sous les applaudissements. Mais il illustre bien le gouffre qui sépare encore la France et les pays africains.

Emmanuel Macron le savait très bien. En ouvrant pour la première fois pour un président français la possibilité à des invités de lui poser des questions, il a prêté le flanc à entendre des positionnements qui n'allaient pas lui plaire. Qu'à cela ne tienne !

Le « débat citoyen » instauré par le président français après son discours de politique africaine s'est fait dans le tumulte. Mais il illustre le paradoxe d'une relation France-Afrique à cheval entre l'admiration et le rejet, qui n'a pas encore fait le « solde de tout compte » du passé. Voici le verbatim non exhaustif de cette séance de questions-réponses plus révélateur de ce fossé que l'heure et demie de discours d'Emmanuel Macron.

L'élimination jalouse de Kadhafi ...

« La France va-t-elle reconnaître sa responsabilité dans l'élimination jalouse de Mouammar Kadhafi ? », lance une étudiante burkinabè au président français qui fait le parallèle entre le nombre trop peu élevé d'étudiants burkinabè boursiers en France que celui trop élevé à son goût des soldats français présents sur le sol de son pays.

Ayant décelé « une revendication un brin haineuse » dans cette interpellation, Emmanuel Macron dit répondre avec « bienveillance » que « ce discours qui consiste à dire, dès qu'il y a un problème, que c'est toujours la France, n'est pas un discours qui permet de tourner la page, d'aller de l'avant pour notre relation ». « Président de la République, je n'aurais pas soutenu l'intervention [française] en Libye. (...) Je ne crois pas aux solutions militaires quand elles ne s'inscrivent pas dans une vision diplomatique et une solution politique construite sur le terrain », reconnaît Emmanuel Macron. Réponse sèche mais flatteuse pour l'opinion publique française d'Emmanuel Macron sur la question des soldats : « Vous ne devez qu'une chose pour les soldats français: les applaudir ! » lance le locataire de l'Elysée sous les applaudissements.

...et la réponse qui a conduit au « boycott » temproaire de Kaboré

La même étudiante avait soulevé le paradoxe de l'énergie avec des climatiseurs disponibles -à la surprise générale- dans l'amphithéâtre le jour de la venue  de Macron. « Vous m'avez parlé comme si je suis le président du Burkina Faso. Vous me parlez comme si je suis encore une puissance coloniale », a répondu à raison Macron en ajoutant « je ne veux pas m'occuper de l'énergie au Burkina Faso. C'est le travail du président [Kaboré] ».

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Un manque de tact diplomatique qui a provoqué le départ de la salle du président Roch Marc Kaboré pendant quelques minutes en plein cœur de la séance de questions-réponses. « Du coup, il [Roch Marc Kaboré] est parti réparer la climatisation », ironise Macron. Il reviendra plus tard.

Franc CFA, question qui fâche et la réponse alambiquée

Sans maîtrise du sujet, un étudiant lance « a quand le transfert de nos tonnes d'or, déposées auprès du Trésor français pour soit-disant assurer la convertibilité du Franc CFA qui porte toujours la marque coloniale ? ». Réponse dans une tirade tant ironique que paternaliste, « le Franc CFA ? La France n'en n'est pas le maître, elle en est le garant ». Dans une posture De Gaullienne, il renvoie la balle dans le camp des 16 chefs d'Etats de la zone CFA après un long cours sur la finance du Franc CFA

« Le franc CFA, c'est un choix des Etats membres de la zone CFA. Si le président burkinabé décide de ne plus y être, il n'y est plus. Ce sont les Etats africains qui sont les maîtres de leur destin. N'ayez pas ce discours de revendication postcolonial, il n'y a pas de joug, il n'y a pas de Français qui utilise l'or du Burkina Faso. Je n'utilise pas l'or du Burkina Faso pour faire quoi que ce soit, il n'est pas chez moi, il est chez vous. J'accompagnerai la solution portée par l'ensemble des pays de la zone franc. Je suis favorable au changement de périmètre et au changement de nom. C'est les pays qui décident. C'est pour la France un non-sujet mais pour vos dirigeants un vrai sujet. »

Déclassification des archives Sankara, François Compaoré dans les valises de Macron

Au milieu des questions maladroites, une étudiante « sauve l'honneur » en posant une question d'ordre judiciaire sur la déclassification des « archives sur la mort de Thomas Sankara ». « Je pensais, Monsieur le président, que vous amèneriez dans vos valises, François Compaoré, le frère cadet de notre ex-président », ironise interpellatrice.

Emmanuel Macron rappelle ici la mise sous contrôle judiciaire du frère du président , arrêté fin octobre à Paris alors qu'il se dérobait à la justice burkinabè. Cette dernière a déposé une demande d'extradition vers le Burkina du frère présidentiel. Emmanuel Macron demande d'attendre le verdict de la justice française.

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Sur le premier point, la « plupart des archives sont accessibles pour tout le monde puisque nous sommes après 25 ans après les faits » mais -car il y a un mais- les archives classées « secret-défense » seront « déclassifiées pour être consultées en réponses aux demandes de la justice burkinabè », répond Macron. Vu les dédales des procédures de collaboration judiciaire, la lumière est loin d'être faite sur l'assassinat de Thomas Sankara. A l'image de cette relation France-Afrique qui cherche encore les rails pour repartir.

Ibrahima Bayo Jr.

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