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Crise au Togo : le dialogue de la dernière chance démarre à Lomé

Photo de Mounir El Figuigui

Emmanuel Atcha

Publié le 20 février 2018 à 10:56 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:18

Togo Brigitte Adjamagbo Jean-Pierre Fabre

Togo Brigitte Adjamagbo Jean-Pierre Fabre

Reuters

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Les travaux du dialogue politique inter-togolais ont démarré ce lundi 19 février à Lomé en présence du président ghanéen Nana Dankwa Akufo-Addo. Vingt-septième du genre depuis 1991, cette rencontre de dix jours entre les membres de l'opposition et du pouvoir est considérée comme «la dernière chance» pour trouver une issue à la crise politique qui secoue le pays depuis plus de six mois.

«Le peuple togolais est debout et il espère. Il est debout et il nous attend», c'est avec ces mots que le président ghanéen, Nana Akufo-Addo, a ouvert les travaux du dialogue politique entre l'opposition et le pouvoir qui a débuté ce lundi 19 février à Lomé. Principal médiateur de la crise politique, le numéro 1 ghanéen a appelé la classe politique togolaise à faire preuve de «compréhension mutuelle», lors des négociations qui devraient venir à bout de la crise qui mine le Togo depuis plusieurs mois.

«Je ne suis pas Togolais et donc je ne peux pas prendre position dans cette affaire. Je peux seulement assister, apporter mon effort dans la recherche d'une solution durable pour votre pays», a précisé Nana Akufo-Addo avant d'ajouter qu'il n'est pas venu «avec une baguette magique» et «non plus pour imposer une solution».

Seul chef d'Etat dans une salle à laquelle la presse n'a eu que trop difficilement accès (certains médias n'y sont même pas parvenus), il sera resté jusqu'à la fin de cette première journée du dialogue inter-togolais. A l'issue des travaux, une conférence a été donnée pour présenter à la presse nationale et internationale les avancées essentielles de ce tout premier jour : les discussions entre les deux parties devront durer dix jours comme conclu et plusieurs questions y seront évoquées, notamment les mesures d'apaisement et de confiance (à examiner de manière prioritaire par les participants), le rétablissement de la Constitution de 1992, l'implication du rétablissement de la Constitution de 1992, la transition, l'organisation du référendum portant révision de la constitution de 1992, les réformes constitutionnelles et électorales, etc.

Gnassingbé et Atchadam, les deux grands absents

Pour cette rencontre à huis clos, conformément aux dispositions prises lors des préalables, les deux parties sont représentées par 7 personnes pour un total de 14 délégués. Pour l'Union pour la République (UNIR) parti au pouvoir, on notera la présence des ministres Gilbert Bawara et Payadowa Boukpessi, du conseiller du chef de l'Etat, Christian Trimua, Atcholé Aklesso (secrétaire exécutif de Unir), Malick Natchaba (Président de la jeunesse Unir), l'ancien ministre Charles Kondi Agba et le député Tsegan Yawa.

Du côté de la coalition des partis de l'opposition, on retrouve le chef de file de l'opposition, Jean Pierre Fabre, la coordinatrice de la coalition, Brigitte Adjamagbo-Johnson, les chefs de partis tels que l'ancien premier ministre Yawovi Agboyibor, Aimé Guogue, Dodzi Apevon et Antoine Folly et ensuite Ouro DzikpaTchatikpi du Parti national panafricain (PNP) de Tikpi Atchadam.

On peut ainsi relever trois grandes surprises : l'absence du président Faure Gnassingbé et de Tikpi Atchadam, le leader du PNP, considéré comme celui qui a donné un nouveau souffle à l'opposition ; ou encore la présence de l'ancien directeur de cabinet de Faure Gnassingbé, ancien ministre de l'Administration territoriale et porte-parole du gouvernement, Pascal Bodjona.

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Des avancées, mais l'essentiel est encore à venir...

Au premier jour du dialogue politique, l'on a pu enregistrer quelques avancées : le gouvernement a annoncé la libération par grâce présidentielle de 45 personnes détenues dans le cadre des manifestations anti-gouvernementales. Quant aux personnes détenues dans le cadre des incendies criminels des grands marchés, elles seront jugées et remises en liberté provisoire dès le mercredi 21 février.

Pour arracher ces décisions, comme on pouvait s'y attendre, l'opposition aussi a dû céder à quelques revendications, puisqu'elle a accepté de suspendre les manifestations durant la période du dialogue. Le gouvernement suspendra aussi ses manœuvres en vue de l'organisation des élections législatives et locales.

Pourtant certains observateurs préconisent déjà de la prudence. «Ces questions sont mineures. Les vrais sujets de discorde sont encore attendus. On verra ce qui se passera quand l'opposition demandera que Faure Gnassingbé ne se représente plus en 2020. Il faut éviter d'applaudir de si tôt. Le plus dur n'est pas encore passé. Il bien loin, encore devant», a laissé entendre un ancien ministre ayant souhaité garder l'anonymat.

Les Togolais encore sceptiques

Vingt-septième dialogue du genre, ce dialogue national n'aurait pas grand intérêt aux yeux des Togolais. « Moi j'attends de voir ce qu'il en sortira. L'arrivée de Tikpi Atchadam a fait bouger les lignes. Je crois que cette fois-ci, ça peut être différent », nous déclare Muriel Adam, un jeune pro-opposition.

«L'essentiel n'est pas de dialoguer. Le principal est plutôt d'appliquer les décisions du dialogue après. Depuis fort longtemps, aucun des camps n'a vraiment jamais appliqué les décisions et le gouvernement est le plus grand fautif. Ce dialogue va échouer comme les autres », lance Venceslas Yao, professeur d'histoire et géographie au CEG. «Ils ont commencé ? Ah, désolé, je ne savais même pas. Dialogue ? Ne me faites pas rire. Et vous croyez que Faure Gnassingbé va vous appliquer les accords obtenus ? Pas le temps, je dois chercher à manger. Je ne fais pas de politique. Je suis déçu de tout ce monde. Pas le temps !», nous confie avec humour un taximan de la capitale qui a requis l'anonymat.

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Notons que le dialogue a été suspendu avant de reprendre ce vendredi 23 février avec des points précis qui seront débattus autour de la table des négociations, telles que la limitation du mandat présidentiel et le rétablissement de la Constitution de 1992.

Emmanuel Atcha

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