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Tournée du Prince Charles : l’Afrique, « matelas d'amortissement » d’un Royaume-Uni post-Brexit

Photo de Ibrahima Bayo Jr.

La Tribune Afrique

Publié le 05 novembre 2018 à 16:02 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:20

Ghana

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Le Royaume-Uni en a conscience, il lui faudra plus que l’entregent de ses dirigeants pour convaincre une Afrique où elle cherche des relations commerciales pour atténuer les effets du Brexit à venir. Sans titre officiel mais non moins «Représentant de Sa Majesté», le Prince Charles s’essaie à la diplomatie parallèle. Après la Gambie, il se rend au Ghana et au Nigéria… dans les pas de Theresa May et de la réorientation de la diplomatie commerciale de Londres!

C'est une anecdote que la Reine Elisabeth II a dû raconter à son prince héritier de fils. Selon les traits grossis par la série à succès « The Crown», les pas de foxtrot exécutés par Elisabeth II avec Kwamé Nkrumah comme partenaire de danse, ont changé le cours de l'Histoire. En 1961, en pleine Guerre Froide, la Princesse Elisabeth représente son père lors d'une visite au Ghana où sa danse avec le leader de l'indépendance de cette ex-colonie est restée dans les annales.

La "Tea diplomacy" du Prince Charles

Plus d'un demi-siècle plus tard, le Prince Charles se souviendra sans doute de cette anecdote lorsqu'il ira boire le thé avec Nana Osei Tutu II, le roi des Ashante-formé au Ghana et à Londres. Après la Gambie où il a entamé sa tournée ouest-africaine depuis ce mercredi 31 octobre 2018 avec sa visite à Adama Barrow et à son Administration, l'héritier du Trône du Royaume-Uni est au Ghana avec comme arguments la « tea diplomacy » pour promouvoir un rapprochement plus étroit entre Accra et Londres, chez ce roi « prescripteur ». Une conjonction astrale puisque le leitmotiv du Ghanéen Nana Akufo Addo peut se résumer ainsi: moins d'aide et plus de partenariats.

C'est peut-être par des visites de ce genre, paramétrées et mises en musique par le Foreign Office, que la diplomatie britannique compte renforcer sa présence en Afrique où elle cherche à développer ses relations économiques et commerciales. Alors l'Afrique, « matelas d'amortissement» des effets post-Brexit ? Sans être ingénus, les Africains hochent la tête en signe d'affirmation.

Sans cachet diplomatique, une tournée qui sert le plan post-Brexit de Londres

Si les visites du Prince Charles en Gambie, au Ghana actuellement et au Nigéria (les 6 et 7 novembre) ne revêtent pas de cachet diplomatique officiel, leur concordance avec la tournée de Theresa May en Afrique du Sud, au Nigéria et au Kenya en août 2018. Dans un plan de reconquête de parts de marchés en Afrique, le «10 Downing Street» signe un chèque d'investissements de 4 milliards de livres sterlings. De l'aveu même de la Première ministre britannique, l'objectif affiché est de faire que «le Royaume-Uni devienne le premier investisseur des pays du G7 en Afrique». En concurrence directe avec l'Allemagne, les Etats-Unis et la Russie et même la France qui tentent de se (re)déployer sur le Continent.

Londres qui doit trouver un accord avec l'UE avant le 29 mars 2019 pour enclencher le Brexit voté par référendum en 2016, doit donc trouver un nouveau schéma de coopération dans lequel ses ex-colonies en Afrique, dont une vingtaine de membres du Commonwealth, ont une place de choix. Toute la diplomatie britannique, et même la « Maison Windsor», est vent debout pour servir cette réorientation des relations commerciales et économiques.

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La tournée du Prince Charles entre dans le cadre de cette politique pilotée depuis Londres. Sa prochaine escale à Abuja, au Nigéria, première puissance économique sur le Continent, en est l'illustration la plus aboutie. Il faut juste espérer que les Africains sachent aussi tirer partie de cet intérêt maintes fois formulé par les puissances étrangères.

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