A Bordeaux l’élu Michel Duchène analyse la réécriture urbaine du port de la Lune

Jean-Philippe Déjean

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J. Philippe Déjean

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Dans "La grande métamorphose de Bordeaux" (Editions de l'Aube - 232 pages - 22 €), écrit en collaboration avec Maryvonne Ssossé, Michel Duchène, vice-président de Bordeaux Métropole en charge des grands projets d'aménagement urbain, retrace le virage historique qui a propulsé Bordeaux dans sa dimension urbaine actuelle.
Après avoir été un des leaders du MAN (Mouvement Anti-Nucléaire) pendant sa première vie politique, Michel Duchène a ensuite tiré un trait sur ce combat. Sans doute parce qu'à part celui de Plogoff (Finistère), rien n'a arrêté les chantiers de construction des centrales nucléaires de l'ère Giscard. Même s'il reste écologiste Michel Duchène rallie l'équipe RPR de Jacques Chaban-Delmas à la mairie de Bordeaux, avant de poursuivre avec Alain Juppé. Deux hommes politiques dans lesquels il reconnait d'authentiques Gaullistes avec lesquels il s'est entendu.
Alors qu'en 1995 Alain Juppé ne peut échapper à l'image d'un inflexible Premier ministre mis à terre par un puissant mouvement social, son élection à la tête de la mairie de Bordeaux marque le début d'un changement de style.
Alors que l'ère Chaban-Delmas s'est achevée en 1994 avec un dossier municipal aussi sulfureux qu'explosif, celui de la construction d'un métro, combattu avec opiniâtreté par de nombreux élus de tous bords et deux associations très actives, Aquitaine Alternative et Trans'Cub, avec sa figure de proue Denis Teisseire, Michel Duchène n'y voit qu'une péripétie dont il juge qu'elle était sans avenir.
Il est vrai que c'est Alain Juppé qui a mis fin à ce projet finalement jugé dispendieux pour les finances publiques et inefficace comparativement à l'option du tramway, qui à prix égal permet de couvrir deux fois plus de distance.
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Michel Duchène est d'autant plus convaincu du côté pro-tramway d'Alain Juppé que ce mode de transport est un choix de ville de surface : un outil qui a très fortement contribué à restructurer la ville de Bordeaux. "Il n'y qu'à voir ce qui se passe à Toulouse pour comprendre. En choisissant le métro, la municipalité toulousaine a un peu perdu en perspective. Les installations urbaines de surface ont pris un coup de vieux à Toulouse et on y trouve beaucoup plus de voitures en centre-ville qu'à Bordeaux" juge l'élu.
Malgré l'expertise d'un Francis Cuillier et la volonté des élus d'en finir avec cette ville aux murs noirs, dévorée par la circulation automobile depuis 1958 et l'abandon du tramway par Jacques Chaban Delmas, il fallait un modèle de référence pour avancer vers la nouveauté. Et visiblement sur ce terrain aussi, rien n'allait de soi.
Une ville, même portuaire, n'est pas une sorte d'être vivant qui évolue de lui-même mais une structure modelée par la volonté et la main de l'Homme : c'est la conviction profonde des artisans de la transformation bordelaise. Car aux Etats-Unis Portland est un peu considéré comme l'antithèse de Houston, une ville que les autorités laissent quasiment pousser d'elle-même.
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Impulsée par le maire de Bordeaux avec la planification de la création de toute une série d'écoquartiers, l'intégration de l'écologie dans l'urbanisme de la métropole bordelaise provoque parfois l'apparition de contradictions plutôt explosives. En particulier à Bordeaux Bastide, sur la rive droite, avec l'Ecosystème Darwin. Cette zone d'activité écologique et collaborative unique en France s'affronte avec les promoteurs du gigantesque écoquartier Bastide Niel, où 3.400 logements sont en train de sortir de terre, et dans lequel Darwin se retrouve enclavé. Sujet brûlant que Michèle Duchène balaie presque d'un revers de la main.
Notons que Michel Duchène, par ailleurs adjoint au maire de Bordeaux, est désormais l'un des rares élus à défendre le principe d'une densification de l'habitat pour éviter l'étalement urbain.
Jean-Philippe Déjean