Budget : la chambre régionale des comptes recadre le département de la Charente

Maxime Giraudeau

Photo d'illustration
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Incapable de voter son budget. Voilà le titre qui collera à la peau du département de la Charente à cause des querelles politiques ayant rongé son assemblée ces derniers mois. Le territoire de 350.000 habitants a ainsi été privé de son budget 2025 qui devait s'élever à 615 millions d'euros. Placé le 22 avril dernier sous tutelle de la préfecture, le département a ensuite été passé au crible de la Chambre régionale des comptes.
Après avoir planché durant un mois, la juridiction financière a présenté ses conclusions ce 13 juin à Bordeaux. Les magistrats, confrontés à une situation inédite en France métropolitaine, ont délivré deux messages. D'abord, qu'elle n'est « pas un gouvernement des juges » et aussi qu'elle « n'a pas de tronçonneuse mais des calculettes », référence aux craintes de shutdown à l'américaine. Une façon de dire que la chambre reste à distance des joutes politiques et qu'elle est surtout là pour que tout revienne à la normale au plus vite.
Le budget proposé par la juridiction s'élève à 609,3 millions d'euros, disséqué en trois types de dépenses : obligatoires, engagées et justifiées. 80 % d'entre elles sont des dépenses obligatoires fait remarquer la chambre. Parmi elles, le versement des allocations RSA, APA, PCH mais aussi des indemnités des élus et les paies des 2 200 agents de la collectivité. Ces dépenses, comme celles que la juridiction identifie comme déjà engagées (environ 70 millions d'euros à destination des associations, de la voirie ou concernant le Contrat de plan État-Région) sont donc maintenues. « Nous proposons un budget qui soit suffisamment réaliste et qui permette la continuité du service public », défend Vincent Léna, président de la chambre régionale.
La version du budget que les élus ne sont pas parvenus à voter a été jugé « sincère » par les magistrats. Ce qui les conduits à reprendre en quasi intégralité la copie. Seuls cinq millions d'euros de dépenses sont retoqués ou retranchés, dont une subvention au pôle des métiers de l'image Magelis supérieure aux années précédentes. Malgré les déboires politiques, le département jouait bien la précaution budgétaire. « Depuis quelques années, il y a eu une propension très forte au recrutement et à l'investissement. Le budget initialement proposé en 2025 était quant à lui très prudent », note Vincent Léna.
La préfecture de la Charente dispose de vingt jours pour valider ou rectifier la proposition de la chambre. En cas de validation, grâce aux économies indiquées et au reliquat du budget 2024, l'assemblée départementale disposerait de 40,5 millions d'euros à redistribuer lors de son retour dans l'hémicycle. Il incombera aux élus de faire preuve de plus de responsabilité désormais, alors que quatre représentants de la juridiction ont été mobilisé à temps plein durant un mois.
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« On n'est pas les mieux placés pour décider l'orientation d'un budget départemental. Il ne faut pas banaliser cet exercice, c'est un rôle qu'on ne veut pas jouer », souligne Vincent Léna, tout en tendant la main aux collectivités en difficulté pour les accompagner à travers des missions de conseil « dans une période de contraintes renforcées ».
Maxime Giraudeau