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Algérie : dimanche surréaliste autour de la candidature de Bouteflika

Photo de Ibrahima Bayo Jr.

Ibrahima Bayo Jr.

Publié le 04 mars 2019 à 10:45 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 23:53

Bouteflika

Bouteflika

Reuters

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Sur fond de protestations de la rue, l’Algérie a vécu un dimanche marqué par des coups de théâtre dont seule la politique détient le secret. Entre un dépôt contesté de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika assorti d’une promesse contradictoire, l’étrange justification de l’ambassadeur algérien à Paris, la vraie fausse candidature du cousin de Rachid Nekkaz, la présidentielle d’avril réunit tous les ingrédients d’une foire aux surprises.

L'avant-goût de ce que les politiques algériens ont donné ce dimanche 3 mars laisse présager une campagne électorale ubuesque pour une présidentielle du 18 avril 2019 tout aussi caricaturale. Dans la nuit de dimanche 3 mars au lundi 4 mars, des milliers de manifestants ont envahi les rues à Alger pour leur première manifestation de nuit en réponse au dépôt de la candidature à un cinquième mandat d'Abdelaziz Bouteflika.

Promesses de renouveau «devant Dieu et le peuple algérien»

Apathique à la clameur de la rue qui gronde, le président sortant a confirmé sa candidature. Peu avant minuit ce dimanche, c'est Abdelghani Zaalane, son directeur de campagne qui s'est présenté au siège du Conseil constitutionnel pour déposer le dossier de candidature d'Abdelaziz Bouteflika. «Le candidat Abdelaziz Bouteflika m'a mandaté, conformément à [...] la loi électorale pour déposer sa candidature à l'élection présidentielle», fait savoir le mandataire à la presse. La primeur de la lettre qu'il lit ensuite pour le compte de son candidat a déjà été donnée dans le journal télévisé de 20h.

«J'ai écouté et entendu le cri du cœur des manifestants et en particulier des milliers de jeunes qui m'ont interpellé sur l'avenir de notre patrie», énonce le président sortant hospitalisé en Suisse pour des examens médicaux de suivi de l'AVC qui l'a cloué sur un fauteuil roulant depuis 2013. Dans cette lettre-communiqué, Abdelaziz Bouteflika y prend trois promesses de renouveau majeures, «devant Dieu et le peuple algérien».

D'abord, en cas d'une réélection qui prolongerait le pouvoir qu'il occupe depuis 1999, le président s'engage à organiser une «conférence nationale» inclusive afin de permettre «des réformes politiques, institutionnelles, économiques et sociales, devant constituer le socle du nouveau système».Ensuite, de soumettre au référendum populaire, une nouvelle constitution qui devra consacrer une «nouvelle République».

Autre promesse présidentielle sans fixer la date et sans réponse à la demande de la rue de ne pas se représenter : «Je m'engage à ne pas être candidat à cette élection qui assurera ma succession dans des conditions incontestables de sérénité, de liberté et de transparence».

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Un faux Rachid Nekkaz et un ambassadeur «zélé»

Même si le directeur de campagne du président sortant assure que 19 700 parrainages d'élus nationaux et locaux et plus de 5 millions de parrainages d'électeurs ont plébiscité la candidature du président, Abdelwahab Derbal, président de la Haute instance indépendante de surveillance des élections (HIISE) a jeté un gros pavé dans la marre de la polémique. «[...] La loi est claire [...] Lors des législatives, les dossiers doivent être déposés par les têtes de liste ou, en cas d'empêchement, par le second. Pour les élections présidentielles, c'est le candidat qui doit déposer», affirme-t-il dans une vidéo d'ALG24. Une déclaration qui pose le problème d'irrégularité dans le dépôt de la candidature du président algérien.

Ce n'est pas la seule déclaration qui a retenu l'attention de ce week-end ubuesque marqué par des coups de théâtre. Dimanche soir, un faux «Rachid Nekkaz», cousin du vrai, mécanicien de son état, s'est présenté à la presse au Conseil constitutionnel en tant que candidat devant des journalistes médusés.

L'homme d'affaires -le vrai Nekkaz- un temps plébiscité comme une alternative au pouvoir en place, s'est bien rendu au Conseil constitutionnel en début d'après-midi avant de s'éclipser au profit de son cousin. Le Franco-algérien a déjà tenté de se porter candidat à la présidentielle française et par deux fois à la présidentielle en Algérie où il n'a pu justifier d'une résidence de 10 ans sans interruption comme le veut la loi. Et pourtant, au moment où il feignait un «enlèvement» sur sa page Facebook, Rachid Nekkaz (le vrai) était présenté comme le «directeur de campagne» de son «sosie».

La palme du coup de théâtre revient à Abdelkader Mesdoua, ambassadeur d'Algérie en France. Sur les antennes de la télévision française Cnews, le diplomate ayant mis un peu trop de zèle a assuré que l'absent le plus présent de cette dernière journée de dépôt des candidatures est bien vivant. «Je crois et je le dis en toute certitude, bien entendu, [Abdelaziz Bouteflika] est vivant. Pour celui qui connaît Abdelaziz Bouteflika, c'est lui qui décide. Ce n'est pas le système qui le désigne. Il a probablement fait son évaluation et à la suite de son évaluation, il a décidé d'être candidat». Et l'ambassadeur de déclarer plus loin : «Il n'a pas sa santé de 20 ans, mais il a toute la tête de ses 20 ans».

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Le président sortant a, semble-t-il, choisi de passer outre les injonctions d'une rue en colère et de mener «son ultime combat pour une transition générationnelle en Algérie». Reste à savoir si le mal compris, que l'on a plus aperçu depuis une brève sortie, a les moyens de ses ambitions.

Ibrahima Bayo Jr.

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