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Bénin : des législatives sans l’opposition

Aboubacar Yacouba Barma

Publié le 06 mars 2019 à 11:26 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 23:52

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La Commission électorale nationale autonome (Cena) du Bénin a rendu public, mardi 5 mars, la liste définitive des partis autorisés à prendre part aux législatives du 28 avril prochain. Sur les 7 listes qui ont pu déposer leurs dossiers, seuls deux formations de la majorité présidentielle ont été retenues. L’opposition dénonce des manœuvres politiques du régime qui se défend et pour l’heure, seule la médiation de la dernière chance entre les deux parties conditionne sa participation à ce scrutin décisif.

C'est peut-être la médiation de la dernière chance qui se déroule ce mercredi 6 mars au Palais de la Marina de Cotonou, entre le président Patrice Talon et les représentants des différents partis politiques du pays. A l'ordre du jour et bien que boycotté par l'opposition, la rencontre vise à trouver une issue à la crise qui secoue le processus électoral en vue des législatives du 28 avril prochain, afin notamment de garantir une plus grande participation des partis politiques.

La veille en effet, la Commission électorale nationale autonome (Cena), a publié la liste définitive des partis autorisés à participer à l'élection des 83 députés qui siégeront à l'Assemblée nationale. Sur les sept listes qui ont pu déposer leurs dossiers, seuls deux, ont obtenu le quitus de la commission. Il s'agit du Bloc républicain (BR) et de l'Union progressiste (UP), deux formations de la majorité présidentielle dont les dossiers ont été jugés « conformes et recevables », selon les explications à la presse du président de la Cena, Emmanuel Tiando, qui s'exprimait à l'issue des délibérations.

Sur les cinq dossiers rejetés par la Cena, plusieurs formations du camp présidentiel ont été exclues de la course au Parlement mais aussi et surtout ceux de l'opposition. Il s'agit notamment du Parti du renouveau démocratique (PRD) de l'ancien président Nicéphore Soglo, mais aussi celle de l'Union socio-libérale (USL) de l'homme d'affaires et ancien allié du chef de l'Etat, Sébastien Ajavon. En exil depuis que des procédures judiciaires qu'il conteste ont été ouvertes contre lui, le dossier déposé par son parti a été rejeté pour « dossier incomplet et défaut de certificat de conformité ».

L'opposition hors course

Bien avant cette procédure, d'autres poids lourds de l'opposition politique ont été recalés pour ne pas s'être conformés aux dispositions du nouveau code électoral qui impose l'obtention d'un certificat de conformité auprès du ministère de l'Intérieur, ainsi qu'un quitus fiscal auprès des services des impôts. C'est le cas de Forces cauris pour le développement du Bénin (FCDB) de l'ancien chef de l'Etat, Thomas Boni Yayi, qui n'a pas pu rassembler à temps tous les documents exigés par les nouveaux textes en vigueur.

Les partis dont les listes n'ont pas été retenues « pourront adresser un recours devant la Cour constitutionnelle », selon les explications du président de la Cena. Certaines formations comptent bien saisir cette voie mais beaucoup parmi les grandes formations de l'opposition, anticipent déjà un rejet de leurs recours. Il faut dire qu'au sein de l'opposition, c'est le régime qui est indexé pour « orchestrer des machinations visant à l'écarter des élections législatives ».

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Plusieurs leaders de l'opposition ont d'ailleurs annoncé qu'ils boycotteraient la rencontre de ce mercredi 6 mars convoqué par le chef de l'Etat. Il faut dire que le lundi 25 février dernier, une rencontre avec le chef de l'Etat et les partis politiques a eu lieu sur les conditions du déroulement du processus électoral, et le président Patrice talon s'est montré ferme et clair sur le fait qu'il ne se substituera pas à la loi et à la justice pour faire plaisir à ses opposants.

« L'absence de l'opposition sera malheureuse, mais cela ne sera pas de ma faute », avait alors rétorqué le président Talon, aux partis politiques qui dénonçaient les nouvelles règles du jeu électorales. Pour le chef de l'Etat béninois, la présence de l'opposition ne dépend que d'elle, « l'administration ne devrait pas fermer les yeux sur les irrégularités contenues dans les dossiers rejetés ».

Médiations

La CEDEAO qui compte anticiper sur une crise post-électorale a déjà envoyé une mission de médiation entre les différents acteurs du processus électoral. Pour l'heure pourtant, les regards sont tournés vers le Palais de la Marina pour l'ultime négociation qui a été boycottée par l'opposition. Pas de quoi garantir la participation de cette dernière, un fait qu'a dénoncé la plate-forme électorale des Organisations de la Société Civile (OSC), qui dans un communiqué en date du mardi 5 mars, a alertés sur les conséquences de cette « situation exceptionnelle ». Selon la plate-forme, « cet état de chose fausse les règles du pluralisme démocratique et est contraire à tous les instruments internationaux et régionaux ratifiés par le Bénin en matière électorale, de démocratie et de bonne gouvernance ».

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La balle est dans le camp du pouvoir qui va devoir convenir des modalités de sortie de crise pour un scrutin consensuel. A défaut, c'est une dure épreuve pour le Bénin, qualifié de modèle de démocratie dans la sous-région, même si pour Patrice Talon, en poste depuis mars 2016 et dont c'est les premières législatives, il en va de l'état de droit et de l'assainissement du milieu politique qui est appelé à se soumettre aux règles de bonne gouvernances et aux lois du pays.

Aboubacar Yacouba Barma

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